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Exposition "L'épopée du Canal de Suez, des Pharaons au XXIè siècle" (Institut du Monde Arabe, Paris, France)
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Lundi 9 avril 2018

 

Une nouvelle fois, l'Institut du Monde arabe nous surprend avec l'exposition « L'épopée du Canal de Suez, des Pharaons au XXI ème siècle » visible jusqu'au 5 août 2018. Et l'opportunité d'en apprendre davantage sur cette merveille qui réunit mers et continents est bien tentante, puisque le tout premier Canal fut creusé dix-huit siècles avant notre ère. L'enjeu de cette invention que l'homme a mené à bien des deux côtés de la Méditerranée est pharaonique, d'autant plus depuis le doublement du Canal de Suez officialisé en 2015. C'est donc à la découverte de ce canal commencé par Sésostris III il y a dix-huit siècles de cela que l'exposition nous convie en passant par le Nil, la Méditerranée et la mer Rouge, et de l'Occident à l'Orient, avec l'étroite collaboration de l'association des Amis du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez qui gère désormais le patrimoine culturel de l'ancienne compagnie internationale. L'histoire franco-égyptienne du canal nous invite ainsi à l'inauguration par le Khédive Ismaïl en présence de l'impératrice Eugénie d'une œuvre qui symbolisait le renouveau de ce grand pays qu'est l'Egypte. Et puis, on assiste aussi à la nationalisation de l'ouvrage par le président Nasser en 1956.

 

L'évènement réunit à la fois les personnalités puissantes, les défis surhumains, les anecdotes et les temps forts qui ponctuèrent l'histoire singulière de ce lieu rempli de symbole et jonction entre l'Asie, l'Afrique et l'Europe. D'entrée, on aborde l'inauguration du Canal de Suez en 1869 avant de remonter dans le temps, depuis le temps des Pharaons jusqu'aux travaux récents d'extension et de dédoublement du canal, en reprenant le développement historique de cette merveilleuse épopée, à l'aide d'objets archéologiques, de maquettes, de photographies et de films d'époque.

C'est sous Sésostris III, c'est à dire en 1850 avant J.C que sera entamé le creusement du premier canal reliant le Nil à la mer Rouge, 18 siècles avant notre ère, afin de permettre la navigation entre la Méditerranée et les mers du Sud. Ce canal antique qui était parfois ensablé mais était systématiquement remis en état, poursuivra son développement vingt siècles durant jusqu'à devenir une fois pour toutes inutilisable. Plusieurs projets verront alors le jour, de Constantinople à Venise, sans jamais aboutir. Le visiteur admirera plusieurs œuvres anciennes montrant l'importance du Canal pour l'Egypte et découvrira l'audace de ce chantier pharaonique grâce à des maquettes. Un plan-relief sera ainsi créé pour l'exposition universelle de 1878, mais également des modèles réduits de machines et des bateaux de l'époque, des gravures, des photographies et des films qui relatent la vision contrastée qu'Egyptiens et Européens se feront plus tard de cette réalisation.


 

Peu à peu, on accède à l'Egypte moderne (1797-1849) qui renait après avoir été confrontée à la modernité européenne par Bonaparte. Elle reprend vie dès 1806 sous le règne de Méhémet Ali et de ses descendants, une dynastie qui prend de plus en plus de distance avec l'Empire ottoman et modernise le pays à tour de bras avec l'aide d'experts français. Ferdinand de Lesseps, qui fera partie de ces experts, restera un personnage inclassable, à la fois diplomate et aventurier de génie. Il portera à lui seul le lourd projet déjà étudié par les ingénieurs de Bonaparte, d'après des plans dessinés par l'ingénieur italien Luigi Negrelli, puis par les Saint-Simoniens : un Canal de pleine mer traversant l'isthme de Suez. Et Ferdinand de Lesseps de se lancer dans l'aventure aux côtés de Saïd Pacha (petit-fils de Méhémet Ali et souverain égyptien du moment). Une aventure qui se poursuivra jusqu'en 1869 sous l'impulsion du Khédive Ismaïl Pacha, son neveu, qui lui succèdera en 1863. L'évocation du canal est présentée lors de l'exposition à travers de nombreuses archives de l'Association du souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez comme des sculptures, des photographies, des plans, des gravures, des peintures et des dessins.


 

C'est alors que naissent les convoitises, à une époque où Ismaïl Pacha croit pouvoir affirmer que son pays n'est plus en Afrique mais en Europe. Et une période noire de s'ouvrir avec banqueroute, mainmise étrangère et occupation militaire anglaise dès 1882 à la clef. Quant au Canal, symbole mythique aux yeux des Européens, il est devenu une cause de servitude pour l'Egypte qui poursuit malgré tout son développement. On découvre cette mémoire contrastée grâce à des images, des films et des tableaux de l'époque. La zone du Canal, elle, s'enferme dans l'isolement, et forme une partie extra territoriale de l'Egypte, avec son propre mode de vie et son cosmopolitisme différent de celui du Caire ou d'Alexandrie. L'exposition nous permet alors de traverser le Canal comme on le faisait encore en 1920 sur la route des Indes ou de l'Extrême Orient à travers un astucieux panorama mobile.

Bientôt, l'Egypte laissera apparaître ses aspirations à l'indépendance : après la première guerre mondiale, le peuple se révolte en 1919 contre la présence de la Grande-Bretagne qui proclame un an plus tard une indépendance partielle et une constitution parlementaire. Et l'Egypte d'accéder à son indépendance en 1936, à la suite du traité de Londres, bien que la protection du Canal de Suez reste encore sous monopole britannique pour vingt ans seulement.


 

Après la seconde guerre mondiale, la sérénité, qui n'est alors qu'apparente, va laisser transpirer des velléités d'indépendance à l'intérieur du monde arabe. La révolte grondera bientôt et le visiteur de l'exposition se trouve plongé dans le discours au cours duquel Nasser annonce le jour de la fête nationale à une foule emportée par l'enthousiasme que le Canal de Suez est nationalisé. Ce moment-clé de l'histoire du canal est largement abordé depuis la mise en pratique de cette décision jusqu’aux souvenirs qu'elle suscite chez ceux qui en furent témoins en passant par l'opération militaire engagée par les Français, les Britanniques et les Israéliens, opération qui se terminera par un total fiasco.

Un nouveau monde émerge alors de 1956 à 1975 : la tentative d'expédition militaire franco-anglo-israélienne est contrecarrée par les Américains et les Russes et marque la fin de l'impérialisme colonial européen à une époque où Russes et Américains régentent l'Europe centrale ou l'Amérique latine. Le Canal de Suez, désormais égyptien, continue à fonctionner et les contentieux politique et financier disparaissent au fil du temps. Mais l'ouvrage redevient bientôt une zone de guerre avec d'abord la guerre des Six jours en 1967, puis la fermeture du fameux canal qui fut suivie de six ans de combats sporadiques mais meurtriers, et enfin la guerre de 1973 avec le franchissement du Canal par les Egyptiens. Au final, la navigation reprend ses droits et les accords de paix israélo-égyptiens sont signés.


 

S'ouvre ensuite le Canal du futur (1975-2018) avec l'élargissement, l'approfondissement et la modernisation de l'ouvrage. Le canal devient alors l'une des principales sources de devises pour l'Egypte, qui se lance en 2015 dans des travaux pharaoniques consistant ni plus ni moins au doublement de l'ouvrage et à la création d'une vaste zone industrielle et d'urbanisation destinée à accueillir des millions d'habitants. C'est cette Egypte futuriste que l'exposition nous invite à découvrir en fin de parcours, à travers des images filmées qui parcourent les 193 kilomètres de la mythique voie d'eau.

Les personnages incontournables de cette épopée du Canal de Suez sont nombreux : on trouve d'abord le Pharaon Sésostris III (ci-dessous), sous le règne duquel l'influence de l'Egypte s'étendait de Byblos jusqu'au sud de la Nubie. A cette époque, le commerce est déjà très développé entre le Proche Orient et le continent africain, et le tout premier canal qui sera bientôt creusé viendra renforcer les liens entre Méditerranée et mer Rouge.


 

L'avènement des temps modernes imposera la nécessité de la construction d'un canal encore plus grand afin de faire face à la concurrence portugaise dont le commerce emprunte la voie océanique par le sud de l'Afrique durant le XVI ème siècle, Des projets seront élaborés par Venise et l'Empire ottoman mais ne déboucheront sur rien jusqu'à ce que Bonaparte se rende en Egypte en 1798 avec ses savants et conduise la première étude de ce qui deviendra plus tard le Canal de Suez. Il faudra pour cela attendre la renaissance égyptienne en se dégageant de l'influence de l'Empire ottoman. Ce sera chose faite avec l'arrivée de Bonaparte qui permettra l'installation au pouvoir de Méhémet Ali venu du nord de la Grèce actuelle. Le nouveau souverain égyptien n'adhèrera pourtant pas immédiatement au projet de canal et il faudra l'intervention salutaire de Ferdinand de Lesseps, alors ami de Saïd Pacha (petit-fils de Méhémet Ali) pour convaincre définitivement le souverain du bien-fondé de ce projet.


 

Une mise en scène favorisée par l'apparition des premiers médias prendra place autour de la construction du Canal et l'ouverture de la célèbre vois d'eau, en 1869, sera célébrée par des fêtes somptueuses auxquelles assisteront l'impératrice Eugénie (ci-dessous) et le Khédive Ismaïl. Et c'est à la même époque que le Khédive Ismaïl Pacha commandera l'opéra Aida de Giuseppe Verdi sur la base d'une idée d'Auguste Edouard Mariette, fondateur avec Champollion de l'égyptologie. On doit à cet homme la découverte des sphinx près de Saqqarah ainsi que bien d'autres merveilles antiques.


 

L'impérialisme est alors à son apogée et provoquera l'échec du projet de renaissance de l'Egypte. En 1869, au moment de l'inauguration, ce pays possédait pourtant 44% des actions de la compagnie de Suez, mais le Khédive, trop endetté, sera contraint de vendre sa participation à l'Angleterre en 1875. Et les Britanniques d'occuper militairement le pays en 1882, faisant indirectement du Canal l'un des premiers enjeux de la lutte pour l'indépendance de l'Egypte.

Quelques années plus tard, le 14 février 1945, le président Roosevelt rencontrera le roi Ibn Saoud d'Arabie Saoudite, à bord du navire Le Quincy. Les deux hommes signeront alors le pacte de Quincy qui garantira à l'Arabie Saoudite la protection militaire des Etats-Unis en échange d'un accès privilégié au pétrole. 97 ans après l'ouverture du Canal de Suez, un certain Gamal Abdel Nasser décidera de nationaliser le canal le 26 juillet 1956. Cet événement ouvrira la porte à une période de conflits armés qui ne prendra fin qu'en 1975.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Exposition « L'épopée du Canal de Suez, des Pharaons au XXI ème siècle », du 28 mars au 5 août 2018 à l'Institut du monde arabe, 1 rue des Fossés Saint-Bernard, à Paris (5è). Tél : 01 40 51 38 38. Site internet : https://www.imarabe.org/fr/expositions/l-epopee-du-canal-de-suez . Ouvert du mardi au vendredi de 10h00 à 18h00, les samedi, dimanche et jours fériés de 10h00 à 19h00.
  • Merci à Frédéric Pillier (Agence Pierre Laporte) pour son aide précieuse et le prêt des visuels.

  • Le catalogue de l'exposition (160 pages, 22€, en coédition avec les éditions Gallimard) est en vente à la boutique.

  • Rencontres et débats autour de l'exposition : le 17 avril à 19h00 (Salle du Haut Conseil, niveau 9) Le Roman du Canal. Le 10 mai, conférence de Michel Serres : la traversée du Canal de Suez en 1956. Le 7 juin, Le Canal de Suez dans le prisme diplomatique.

 

 

 



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