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Exposition "Peindre les Courses, Stubbs, Géricault, Degas" (Domaine de Chantilly, Oise, France)
17 images disponibles
Heure locale

  

Lundi 16 juillet 2018
 
La ville de Chantilly (60) est internationalement reconnue comme la « capitale du cheval ». L'animal fait en effet partie du quotidien des Cantiliens depuis fort longtemps. Il suffit de se tourner vers l'hippodrome qui fut aménagé dans les années 1840 afin d'accueillir les courses hippiques pour s'en rendre compte, lui qui constitue un élément essentiel de l'attrait économique et urbain de la ville depuis le 19è siècle. Cet hippodrome, à la fois bordé par les Grandes Ecuries, la forêt et la vieille ville de Chantilly, offre un sol souple auquel l'endroit doit sa réputation mondiale. Et ce lieu d'accueillir chaque année, et depuis 150 ans, les plus prestigieuses courses d'Europe comme le Prix du Jockey Club, le Prix de Diane et quarante autres réunions .
C'est dans ce contexte que le Domaine de Chantilly a choisi de présenter l'exposition « Peindre les Courses », premier événement du genre dédié à Chantilly et au cheval. Le parcours de cette exposition se déroule autour de trois peintres, Stubbs, Géricault et Degas. De même, la manière dont le cheval est représenté en mouvement est un autre thème principal de cet événement. 
 
 
 
La visite débute avec une œuvre de George Stubbs, auteur de dessins anatomiques qui révolutionnent la représentation du cheval, et à l'origine des premiers grands chefs-d'oeuvre du Sporting Art. Ce peintre, pourtant méconnu dans notre pays, nous offre des portraits de chevaux et des scènes de galop remarquables. L'exposition se poursuit avec les travaux de Théodore Géricault, peintre français et cavalier. Formé à Londres, notre homme ramènera en France une tradition de peinture nouvelle notamment incarnée dans le Derby d'Epsom, prêté exceptionnellement par le Musée du Louvre. Et la vingtaine d'oeuvres de cet artiste rassemblée pour l'occasion, de nous permettre de découvrir la peinture au tournant des années 1830 entre France et Angleterre. Le peintre Edgar Degas est aussi abordé, lui qui trouve dans les courses un motif artistique de choix, au point d'en faire le sujet de nombreux dessins, sculptures et tableaux. D'autres œuvres d'Edouard Manet, Gustave Moreau, Ernest Meissonier, Paul Dubois ou Henri de Toulouse-Lautrec complètent ce panorama.
 
Tout au long du parcours, la scénographie, qui est signée Nathalie Crinière, replace ce sujet dans un environnement dynamique avec un jeu de courbes et de lignes droites venant évoquer l'élan du cheval au galop et le parcours du champ de courses, pour se terminer par une pièce blanche et l'animation de l'image, avec le cheval en mouvement accompagnant la naissance du cinéma. De son côté, le catalogue édité par Flammarion, aborde le sujet du cheval de course sous tous ses aspects. Le pur-sang, qu'il soit étudié sous l'angle biologique ou anthropologique reste avant tout un sujet d'artiste. Et l'ouvrage de faire la synthèse de ce vaste sujet en mettant en perspective les grands thèmes de l'exposition et les œuvres présentées.
 
 
 
Incontournable dans l'histoire de la peinture anglaise, George Stubbs demeure l'un des peintres de chevaux les plus célèbres, et donne ainsi ses lettres de noblesse au Sporting Art, ce genre artistique très anglais. Le peintre est également l'auteur d'une série de 24 dessins anatomiques représentant le cheval sous toutes les coutures. Cette série (première photo ci-dessous) servira de base à la publication de gravures en présentant une approche inédite de l'anatomie du cheval. Et chaque vue de se décomposer en cinq étapes anatomique (squelette, veines, ligaments, muscles et peau). Ses peintures, elles, représentent l'animal, tantôt à l'arrêt accompagné de son propriétaire ou de son jockey, tantôt représenté pour lui-même, mais toujours célébré pour sa rapidité et ses victoires. Le tableau « Portrait d'Assheton, premier vicomte Curzon, avec sa jument, Maria » (deuxième photo ci-dessous) est la seule peinture de Stubbs conservée en France. La scène montre le vicomte Curzon en train de mener sa jument par la longe. Entre les membres du cheval, on peut distinguer un manoir au milieu d'une campagne vallonée. L'artiste mêle alors l'art du portrait et du paysage, les deux grands tropismes de l'école anglaise.
 
 
 
 
Les courses de chevaux se feront plus fréquentes dans notre pays sous le règne de Louis XV, en tant que loisir aristocratique promu par quelques nobles souvent proches du roi, des êtres à la fois anglomanes et cavaliers émérites. Vitesse et prestige liés au cheval permettront de donner naissance à de grands défis avec, parfois, Chantilly comme destination. Objet de convoitise et de spectacle, l'animal et sa vitesse vont se concentrer principalement autour des nouveaux hippodromes comme celui de la Plaine des Sablons, inauguré en 1776 en présence de toute la cour, puis Fontainebleau. Les premières courses modernes voient le jour au 19è siècle et Chantilly s'impose dès les années 1830 comme l'unique champ de course à pouvoir rivaliser avec les champs de courses anglais, d'où l'implantation durable de prix prestigieux. Le dessin de Jacques Bertaux (ci-dessous) décrit ces premières courses françaises organisées de manière informelle, à une époque où les courses hippiques connaissent une vogue croissante. Malgré la mauvaise qualité du sol, les courses y prennent place, notamment à l'occasion des Fêtes de la Fédération. 
 
 
 
Autre artiste vedette de l'exposition, Théodore Géricault apparaît comme le protagoniste de ce passage des influences entre l'Angleterre et la France au tournant du 19è siècle. Il se rendra à Londres pour se former au cours des années 1820, puis ramènera en France ce goût pour les courses et les loisirs équestres. Notre homme, également séduit par l'art du paysage, passera des heures à croquer des chevaux dans les écuries de ses amis et hôtes. Sa peinture sera imprégnée de culture anglaise, au point d'importer dans notre pays les premières scènes de courses hippiques modernes à travers la nervosité du cheval de courses, l'agitation des hippodromes et la rapidité de la compétition, comme dans la peinture ci-dessous, une course de chevaux traditionnellement appelée « Le Derby de 1821 à Epsom ». Ce tableau exceptionnellement prêté par le musée du Louvre constitue la pierre angulaire de l'exposition : Théodore Géricault transpose la scène de course d'un contexte antique au cadre moderne, en confrontant ses premières scènes de courses à celle de son maitre et ami Carle Vernet, comme avec cette célèbre toile Le Derby d'Epsom . Les chevaux y sont représentés dans un galop volant, membres antérieurs et postérieurs tendus à l’horizontale et donnant une impression de lévitation. Ce galop, physiquement impossible, permet à l'artiste de peindre la sensation d'un mouvement rapide saisi dans l'instantané.
 
 
 
La dernière partie de l'exposition se penche quant à elle sur la dimension modernes des courses hippiques. Ce loisir devient bientôt un rendez-vous incontournable dans la France de la seconde moitié du 19è siècle mais aussi un motif prisé par les artistes. Et les peintres de consacrer de nombreuses œuvres à la figuration du cheval et du jockey, à l'arrivée de la course et à l'animal au galop. Ce dernier reste primordial dans la représentation de la réalité comme dans les travaux d'Eadweard Muybridge et Etienne-Jules Marey qui offrent aux artistes le mouvement complexe et  décomposé du fameux galop, qui rend l'ensemble si captivant. Dans la deuxième partie du 19è siècle, l'hippodrome et le cheval donnent naissance à un échange riche et dense entre artistes. Ernest Messonier étudie ainsi de prêt l'animal alors que d'autres préfèrent se pencher sur la fougue de la course ou la fébrilité des tribunes. Et la modernité de trouver un écho spécifique sous le pinceaux d'Edouard Manet, Henri-Toulouse Lautrec ou Gustave Moreau. Edgar Degas, lui, s'intéresse autant aux chevaux sur la piste qu'au public comme ci-dessous. Ce peintre découvrira d'ailleurs le sujet des courses et des chevaux grâce à son ami Gustave Moreau.
 
 
 
Le « Cheval au trot » de Jean-Louis-Ernest Meissonier (ci-dessous) décrit pour sa part l'intérêt de l'artiste pour la reproduction la plus authentique possible des allures équestres en cherchant à décomposer le mouvement du cheval dans sa réalité et à dépasser la perception de l'oeil humain. Notre homme innovera en menant plusieurs recherches autour du galop et du cheval, bien avant les travaux scientifiques d'Etienne-Jules Marey, inventeur du fusil photographique qui permettait de photographier un modèle vivant en mouvement sur douze poses successives, et bien avant la publication des œuvres du photographe Eadweard Muygridge dans la presse française en octobre 1878.
 
INFOS PRATIQUES :

  • Exposition « Peindre les Courses, Stubbs, Géricault, Degas », jusqu'au 14 octobre 2018, Salle du Jeu de Paume du Domaine de Chantilly (60). Entrée: 17€ . Site internet : http://www.domainedechantilly.com/fr/accueil/evenements/
  • Le catalogue de l'exposition retrace la manière dont le cheval et les courses hippiques se sont imposés comme des marqueurs de modernité. Il contient 240 pages et plus d'une centaine d'oeuvres en guise d'illustrations. 45€.
  • Une visite guidée en français est proposée du lundi au vendredi, à 16h00, du 15 juillet au 17 août. Les samedi, dimanche et jours fériés, d'autres visites sont organisées à 11h00, 15h00 et 16h30.
  • Un parcours enfant et un livret-jeu en français sont disponibles pour les jeunes de 7 à 12 ans.
  • L'application Artips (https://artips.fr/) permet de découvrir les anecdotes de l'exposition « Peindre les Courses », sur iOS et Androïd.
 




 



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