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De la Place Saint Nicolas à la Citadelle (Bastia, Haute-Corse, France)
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Heure locale

 

Mercredi 19 septembre 2018

 

Thérèse et moi sommes arrivés hier soir à Bastia (Haute-Corse) à bord d'Air Corsica. Première découverte sur place, un petit aéroport propre et bien équipé, se trouvant à une vingtaine de kilomètres de la ville. Bastia est, avec ses 45000 habitants, la deuxième ville de l'île derrière Ajaccio, et est la capitale de la Bagnaja, c'est à dire la région du nord-est de l'île, qui s'étend du cours du Golo au Cap Corse. Nos premiers contacts avec les habitants sont très conviviaux : les gens s'arrêtent volontiers pour répondre à nos questions et sont serviables. Il nous suffira de quelques minutes pour atteindre l'office du tourisme depuis notre hôtel et nous procurer un plan de la ville mentionnant un circuit touristique, de la place Saint Nicolas à la Citadelle, notre promenade du jour.

Longue de 280 mètres (par 80 mètres de large), la Place Saint-Nicolas tire son nom d'une église et d'un ancien hôpital qui s'élevaient à cet endroit au Moyen-Âge. Elle fut créée au 18è siècle lorsque l'ancien terrain vague fut transformé en lieu de promenade, jusqu'à s'appeler d'abord place Narbonne, en l'honneur du comte de Narbonne, général français envoyé dans l'île par Louis XV. La place sera rebaptisée ensuite Champ de Mars sous la Révolution et servira pour les entrainements militaires, puis elle portera le nom de Place de Rivière à partir de 1816 en souvenir du marquis Charles de Rivière, Gouverneur de la Corse sous la Restauration. Durant la Monarchie de Juillet, l'endroit recevra le nom de place Louis-Philippe en l'honneur du roi. Les platanes qui ornent les bords de cette place datent de 1898, plantés deux ans avant l'achèvement des travaux d'agrandissement, et neuf ans avant la plantation de cinquante palmiers. Le kiosque à musique, lui, sera installé en 1907 et se dresse encore aujourd'hui sur l'esplanade.

Sur cette même place, nous apercevons le monument aux morts (ci-dessous), œuvre des sculpteurs bastiais Louis Patriarche et Jean-Mathieu Pekle. L'ouvrage rend hommage aux morts des guerres depuis 1870 jusqu'à 1945. La Corse paiera un lourd tribut lors de la Grande guerre, avec 11000 morts, d'où cette idée d'ériger un tel monument, lequel sera achevé en 1925. L'ensemble évoque un passage de l'histoire corse du 18è siècle, celui du sacrifice du peuple corse, avec la représentation d'une veuve venant apporter son dernier et jeune fils au général Paoli, alors qu'elle en a déjà perdu deux lors de la guerre d'indépendance.

Autre monument de la place, celui de Napoléon 1er, constitué d'une statue monumentale de huit mètres de haut en marbre de Carrare. Celle-ci fut réalisée par le sculpteur Lorenzo Bartolini, et sera achevée en 1814, l'année de la chute de l'Empire. Elle restera alors à l'abandon près d'un demi-siècle dans l'atelier de l'artiste jusqu'à ce qu'un contrat de rachat de ladite statue soit conclu entre la ville et les héritiers du sculpteur florentin. Napoléon est ainsi représenté en Jupiter, roi des dieux de l'Olympe.


 

A l'extrémité de la Place Saint Nicolas, nous empruntons la rue Napoléon, rue désormais piétonnière, sur laquelle s'élève l'Oratoire de la confrérie Saint Roch, confrérie fondée en 1588. Le décor intérieur de l'édifice (ci-dessous) retrace l'ambiance de certains oratoires baroques de Ligurie, dont les murs sont recouverts de damas de soie rouge et de lambris de noyer ciré. Autres points remarquables : le retable architecturé du maitre-autel, le tableau du maitre-autel et deux niches vitrées dans la nef qui contiennent des statues de procession. La statue de Saint Roch se trouve quant à elle sur la gauche.

Dans la même rue et à deux pas de là, se trouve un autre oratoire, celui de la confrérie de l'Immaculée Conception, elle aussi fondée en 1588. Sa façade (deuxième photo) est agrémentée d'un portail baroque datant de 1704 et d'un revêtement de plaques de marbre de Carrare qui furent posées en 1858 et 1859.


 

La Corse recèle un impressionnant patrimoine religieux. L'Eglise Saint Jean-Baptiste est classée monument historique depuis l'an 2000 et est la plus grande église de l'île. L'intérieur de l'édifice est richement doté avec un maitre-autel de marbre, le trône épiscopal de Monseigneur Matteo Guasco, natif de Bastia, qui fut le dernier évêque de Sagone. On y aperçoit également la plus précieuse des chaires à prêcher de l'île, en marbre blanc et incrustée de diapre de Sicile, de jaune de Sienne et de vert de Polcevera. Autre curiosité, la tribune des grands orgues, œuvre du maitre-menuisier bastiais Giovan Battista Terrigo, qui a l'allure d'un galion de l'époque baroque. Quant aux autels latéraux, ils sont ornés de tableaux baroques issus surtout de l'Ecole génoise.

A côté de la Citadelle, se dresse enfin la cathédrale Saint Marie de l'Assomption, bâtie entre 1604 et 1619 sur l'emplacement d'une ancienne petite église. Son clocher s'élève à une quarantaine de mètres du sol et fut construit en 1620. Sur place, on trouve de nombreuses œuvres d'art comme ce retable sur bois de l'Assomption (en photo ci-dessous) de Leonoro dell'Aquila datant de 1512, ou encore un maitre autel en marbre polychrome du 18è siècle, les grandes orgues de la Maison Serassi de Bergame, la statue en argent de l'Assomption, des stalles en noyer réalisées par un certain Giuseppe Fontana en 1871, et sept anciens chapeaux d'évêques accrochés en hauteur au-dessus des stalles du choeur, qui témoignent du décès de sept évêques à Bastia et au cours de leur épiscopat. L'édifice a été classé dans son ensemble au titre des Monuments historiques en l'an 2000.


 

Thérèse et moi descendons maintenant vers le vieux port (ci-dessous) qui a encore aujourd'hui conservé tout son charme d'antan, et qui est niché entre la Place du Marché (à visiter tout particulièrement le dimanche) et la Citadelle. Les deux clochers de l'Eglise Saint Jean-Baptiste dominent cet endroit qui accueillit jadis la flotte génoise, avec ses navires royaux et impériaux. Ces derniers ont depuis laissé la place aux bateaux de plaisance et aux embarcations de pêcheurs qui viennent ici débarquer leurs prises très tôt le matin.

Nous marchons le long de ce port jusqu'à atteindre notre première épreuve physique de cette promenade, l'escalier Romieu (deuxième photo), ouvrage monumental qui ouvre les portes du jardin du même nom situé en contrebas du Palais des gouverneurs et du bastion Saint Charles. Ce jardin fut aménagé en 1874 et 1875 à un endroit où ne se trouvaient alors que des amas rocheux et des buissons sauvages. L'escalier Romieu, lui, constitue le plus bel ornement du quai Sud du vieux port et fut conçu d'après les plans de l'architecte bastiais Paul-Augustin Viale, entre 1871 et 1873. Cet escalier offre des courbes harmonieuses et est agrémenté de vases sur piédestaux, d'une fontaine, d'une niche à statue et de jolies rampes en fer forgé.


 

Quelques essoufflements plus tard, nous atteignons enfin le Palais des gouverneurs (ci-dessous) dont l'édifice primitif fut fondé par le gouverneur génois, Leonello Lomellini dès 1380. Il s'agissait alors d'une construction fortifiée (appelée « Bastia ») qui donna plus tard son nom à la ville. La bâtisse actuelle fut construite par le gouverneur Raffaello Grimaldi en 1488, puis achevée par Andrea Spinola. Sur place, se trouvaient les appartements privés du gouverneur, des salles publiques d'audience, une cour de justice, des bureaux ou greffes, trois chapelles, les prisons d'Etat et une caserne de soldats allemands. Le dernier gouverneur génois quitta ce lieu en 1768 et le Palais perdit alors son statut de résidence. On y installa le Conseil supérieur de l'Isle de Corse, puis l'endroit abrita le directoire du département durant la Révolution française, avant d'être transformé en caserne jusqu'en 1948. De nos jours, et depuis 1952, le Musée de Bastia a aussi trouvé refuge ici. Ce musée d'art et d'histoire offre au public de découvrir plusieurs expositions permanentes et temporaires. Je choisis donc de visiter celle consacrée à l'histoire de la Corse. Vaste programme qui permet de découvrir l'île sous ses aspects antiques et médiévaux, avant d'en apprendre davantage sur Bastia, jadis capitale du royaume de Corse sous la période génoise. Fondée par les Ligures, la ville ne verra naitre ses fortifications qu'à partir des années 1378-80. La ville naissance s'illustre d'abord avec le quartier Terra Nova (nouvelle terre) qui surplombe le vieux port (appelé Terra Vecchia, ou ancienne terre) et attire bientôt les populations de l'arrière-pays, Nebbio et Cap Corse. La cité connait un fort développement aux 16è et 17è siècles et équipe ses remparts de bastions. Et le quartier de La Punta de servir de trait d'union aux deux précédents quartiers au début des années 1670. Bastia concentre alors tous les pouvoirs politique, religieux et économique mais le 18è siècle et ses révoltes insulaires contre Gênes et les conflits internationaux freinent bientôt son expansion, alors que Bastia reste malgré tout la ville la plus peuplée de l'île avec ses 5000 âmes. A partir des années 1830, la ville ressemble de plus en plus à une ville européenne du 19è siècle tout en restant marquée par des influences française et italienne. Et de dépasser les 20000 habitants sous le Second Empire, puis d'inaugurer en 1872 un nouveau port avant de s'étendre vers le nord au point de doubler de surface en moins d'un siècle. La Seconde guerre mondiale ayant apporté son lot des destructions, Bastia se reconstruira à l'issue de ce conflit, jusqu'à développer son urbanisation dans la banlieue sud puis dans la vallée de Fango.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Musée de Bastia, Palais des gouverneurs, Cours Favale, Bastia. Tél : 04 95 31 09 12. Ouvert du 1er octobre au 30 avril (entrée gratuite) de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00, du mardi au samedi. Du 1er mai au 30 septembre (entrée 5€), de 10h00 à 18h30 du mardi au dimanche (et tous les jours en juillet et en août). Site internet : http://www.musee-bastia.com/
  • Office du tourisme, Place Saint Nicolas, Bastia. Tél : 04 95 54 20 40. Site internet : https://www.bastia-tourisme.com/











 



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