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Calvi et sa Citadelle (Calvi, Haute-Corse, France)
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Mercredi 26 septembre 2018

 

Ça y est, notre séjour à Bastia prend fin ce matin, alors que nous nous apprêtons à prendre la route pour Calvi. Thérèse a désiré apercevoir les paysages du désert des Agriates, ce territoire corse partagé entre les régions de la Balagne et du Nebbio. Nous quitterons donc Bastia pour Saint-Florent, puis passerons par le D81 qui délimite le sud des Agriates et nous fera traverser des paysages grandioses à travers la chaine montagneuse de la Serra di Tenda et ses contreforts avant que nous atteignions la jonction avec la N197, en passant par le col de Vezzu, situé à 311 mètres d'altitude. Thérèse est ravie et moi, j'ai les yeux rivés sur la route sinueuse pour ne pas finir ma course dans un ravin. Ce site fut occupé par l'homme dès le Néolithique comme en témoignent des fouilles archéologiques ayant permis de trouver les dolmens du Monte Revincu. Au Moyen-Âge, l'île sera touchée par la famine en 1584, une famine principalement due au fait que les habitants s'étaient retirés de leurs riches villages côtiers afin d'échapper aux Barbares, et s'étaient réfugiés lors des guerres précédentes dans les montagnes arides et stériles des alentours. Les Agriates joueront pourtant des siècles durant le rôle de grenier à blé de la Corse avant de retourner à l'état sauvage vers la fin du 19è siècle. La République de Gênes l'utilisa aussi pour nourrir sa population métropolitaine et l'arrière-pays fut donc longtemps cultivé de juin à octobre par des cultivateurs venus par mer depuis le Cap Corse ou la Balagne. On faisait alors les moissons puis on défrichait avant de pratiquer les labours et les semailles d'automne puis de s'en retourner chez soi. On cultiva ainsi blé, agrumes, oliviers et figuiers jusqu'au début du 20è siècle jusqu'à ce que l'écobuage et les incendies n'aient raison de cette plaine fertile.


 

Située au nord-ouest de la Balagne, Calvi se dévoile bientôt, elle qui fut d'abord une cité épiscopale romaine avant de devenir au 16è siècle un préside avec les Génois. La route côtière qui nous y conduit est limitée à 70 km/heure et laisse le loisir d'admirer le paysage. Notre hôtel ne se trouve qu'à une quinzaine de minutes de marche de la ville haute, là où s'élève la citadelle. Longtemps, cette ville se partagera en deux parties, la Haute ville (Citadelle) et la Basse ville. Calvi, répertoriée en tant que ville fleurie est une cité propre et très agréable, mais bien plus petite que Bastia.

Edifiée dès 1483 par les Génois pour protéger leur position financière en Corse, la citadelle nous accueille par sa porte unique donnant sur l'esplanade du 1er bataillon de choc et reste l'une des plus puissantes et monumentales enceintes de l'île. Celle-ci était jadis défendue par un fossé à pont-levis muni d'une herse. Aujourd'hui, le porche est surmonté d'une plaque de marbre portant l'inscription « Civitas Calvi Semper Fidelis », une inscription réalisée par le gouvernement génois pour remercier les Calvais de leur fidélité à la République de Gênes, 500 ans durant. Calvi demandera en effet protection à Gênes en 1278. Un petit bureau de l'office du tourisme nous conseille de suivre les numéros du circuit de l'audioguide habituellement proposé aux visiteurs. Et de découvrir les vieilles rues pavées de l'endroit avant d'apercevoir les installations du 2è REP de la Légion étrangère (1100 hommes) qui a investi le lieu depuis juin 1967, renforcé par le groupement de soutien de la base de défense de Calvi. Lors de notre promenade, nous serons surpris de constater que les paiements par cartes de crédit sont rejetés à une très forte majorité. Et pour cause, l'économie calvaise est essentiellement estivale et les frais d'installations bancaires (machines à carte bleue...) sont trop prohibitifs pour ces commerces qui ne fonctionnent réellement que quatre mois de l'année. Attendez-vous donc à régler vos dépenses par chèque ou en liquide.

 

Symbole de Calvi, la Citadelle fut érigée lors de l'occupation génoise. L'Office de Saint-Georges qui gère alors l'île décide de renforcer les défenses de la cité en 1483. On élève alors d'imposantes fortifications (ci-dessous) et l'on consolide celles-ci en 1545 devant la menace franco-turque. Ces murailles, composées de trois bastions (San Giorgio, Malfetano et Teghiale) et de courtines seront également complétées au 17è siècle, avant d'être classés Monuments historiques en 1992, tout comme la tour de sel (deuxième photo) d'abord appelée tour de la marine, qui s'élève au pied de la Citadelle, à l'extrémité du quai de Landry. Cette imposante tour fut autrefois un poste de guet où l'on entreposait le sel. Bâtie en 1495, elle sera plus tard rattachée à la Citadelle par un corridor. Son nom actuel lui sera donné lorsqu'elle deviendra le lieu de prélèvement des impôts ,dont les plus gros revenus étaient liés à la gabelle et aux taxes portuaires.


 

Sur la place d'armes, j'aperçois la caserne Sampiero (ci-dessous), autrefois appelée Castel Nuovo. Cette bâtisse, qui est la plus ancienne construction de la citadelle, est munie de deux tours et fut jadis la résidence effective des gouverneurs génois aux 16è et 17è siècles, avant de servir désormais de mess des officiers de la Légion étrangère.

Cette Haute ville recèle de beaux monuments mais ceux-ci sont, selon moi, insuffisamment mis en valeur. On cherche ainsi des (rares!) panneaux d'information sur tel ou tel lieu, sans parler qu'il est impossible d'accéder à l'intérieur de la majorité des édifices. Ainsi, nous passerons devant l'Oratoire de Saint-Antoine sans pouvoir y pénétrer. Au-dessus de la porte en bois, je remarque un linteau en ardoise représentant Saint Antoine Abbé et son petit cochon, accompagnés de Saint François d'Assise, de Saint Jean-Baptiste et des membres de la confrérie Saint Antoine. Datant de la fin du 15è siècle, cet oratoire est depuis le début occupé par la confrérie de Saint Antoine Abbé, dans le but charitable d'aider les plus démunis. L'endroit (deuxième photo ci-dessous) de style Renaissance, est composé de trois nefs et abrite un ensemble de fresques du 16è siècle qui le situe en bonne place parmi les chapelles à fresques remarquables en Corse. A l'intérieur, se trouve aussi un Christ en croix, en bois polychrome et en argent repoussé, datant de la fin du 17è. D'origine ligure, ce Christ est traditionnellement porté en procession lors de la Semaine sainte. L'Oratoire abrite enfin deux statues en bois polychrome du saint patron, Saint Antoine Abbé, dont l'un remonterait à la fondation de la confrérie au 14è siècle et le deuxième, assis et bénissant, daterait du 15è siècle. Au fond de l'édifice se trouve un retable représentant le Christ entre la Vierge et Saint Jean, Vierge de l'Annonciation et l'archange Gabriel, ouvrage italien du 15è siècle.


 

Un peu plus loin, se dresse l'ancien Palais des Evêques de Sagone, un édifice bâti au 16è siècle qui servait de résidence d'été aux évêques lorsque Calvi dépendait de l'évêché de Sagone. A l'époque, la Corse comptait cinq évêchés (contre un seul de nos jours, celui d'Ajaccio). Au début des années 1920, un aventurier russe prénommé Tao, ami du Prince Youssoupoff, vint en vacances à Calvi et devint bientôt propriétaire de la maison. L'endroit est désormais reconverti en piano-bar fréquenté par des clients huppés.

Autre maison, celle de Laurent Giubegga, qui naquit à Calvi en 1733 et deviendra l'un des premiers avocats de la cité. Un jour notre homme se liera d'amitié avec un confrère, Charles Bonaparte, lequel le désignera comme parrain de son second fils....Napoléon. Ce dernier séjournera dans la célèbre maison en mai et juin 1793, juste avant de devenir Empereur. Il y restera avec toute sa famille afin de fuir Ajaccio et le gouvernement paoliste. Peu de temps après, les Bonaparte embarqueront sur un navire depuis Calvi et à destination de Marseille pour échapper à leurs opposants.


 

La cathédrale Saint Jean-Baptiste occupe quant à elle le point le plus haut de la citadelle. De style baroque classique, celle-ci fut érigée au 16è siècle, puis élevée au rang de pro-cathédrale par le pape Grégoire XIII en 1576. Sa forme en croix grecque est surmontée d'une jolie coupole et l'une des œuvres les plus remarquables se trouve dans l'abside, derrière le magnifique maitre-autel en marbre polychrome avec son crucifix (ci-dessus), un triptyque en bois sculpté qui fut réalisé par Barbagelata en 1498. A gauche du maitre-autel, s'élève la chapelle du Rosaire, à l'intérieur de laquelle se trouve la superbe statue de Notre Dame du Rosaire (ci-dessous), qui représente la Vierge Marie. Cette statue, d'origine péruvienne, est portée en procession et habillée différemment selon les manifestations religieuses.


 

En sortant de la cathédrale, et non loin des remparts, nous nous arrêtons devant le pan de mur de la maison natale de Christophe Colomb. Une plaque symbolise l'endroit même si d'autres villes, dont Gênes, revendiquent elles aussi l'honneur d'avoir vu naitre le grand navigateur. Comme on a jamais retrouvé l'acte de baptême, le mystère reste entier.


 

Des travaux de rénovation sont actuellement en cours afin de restaurer la Citadelle et de mettre en sécurité remparts et parapets des bastions. Ces travaux devraient permettre une amélioration de l'accessibilité de l'ensemble du site et l'ouverture au public de la tour de sel (avec la création d'un point de vue panoramique et d'un lieu d'exposition) et du passage reliant cette tour aux remparts. Enfin, des reprises des fissures et des dégradations sont prévues suite aus dégâts occasionnés par la végétation, la forte hygrométrie et le sel marin.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Office du tourisme de Calvi, Chemin de la Plage, Port de plaisance, à Calvi. Tél : 04 95 65 16 67. https://balagne-corsica.com/
  • Visite audioguidée de la citadelle : 7€ par personne et 11€ pour 2 personnes. Chasse au trésor : 4€ par enfant. Le guide patrimoine « Promesse d'une rencontre » regorge d'informations historiques sur Calvi et sa région. Prix : 2€

  • Les commerçants de Calvi n'utilisent que très peu la carte bancaire comme moyen de paiement. Prévoyez de l'argent liquide.

 

 










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