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Les Trésors de Corbara (Haute-Corse, France)
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Heure locale

 

Vendredi 28 septembre 2018

 

Région de Haute-Corse située dans le nord-ouest de l'île, la Balagne s'étire entre le Nebbio et le Filosoma et ses deux principales villes sont Calvi et l'Île Rousse. Plus précisément, cette région est délimitée par l'embouchure de l'Ostriconi et la Revellata et rassemble quelques 25 communes. C'est à Corbara que nous décidons de nous rendre ce matin car j'y ai repéré deux musées. Ce petit village côtier de moins de mille âmes est aggloméré autour de l'église-collégiale A Nunziata, à environ 273 mètres d'altitude. L'endroit vaut le détour avec ses fontaines, ses places, ses passages voûtés et ses lavoirs. Chose exceptionnelle, on y compte six édifices religieux (une collégiale, un oratoire et quatre chapelles).

Le village fut fondé en 816 par Guido de Sabellis, l'un des quatre princes romains exilés dans les armées de Charlemagne par le pape Léon III. Notre homme fut envoyé sur place pour libérer le royaume de Corse des envahisseurs sarrasins et reçut la province de Balagne en récompense de sa victoire.

Edifice baroque construit entre 1641 et 1751, l'église de l'Annonciation de Corbara deviendra collégiale en 1752. Notre guide, Jean-Baptiste Franceschini, nous fait découvrir les nombreux trésors abrités à l'intérieur, dont un maitre-autel en marbres polychromes datant du 18è siècle (en photo ci-dessous). Cet ensemble pèse huit tonnes et fut confectionné à partir de quatre marbres de Carrare différents. Derrière cet autel monumental, se trouve un lutrin franciscain de choeur en bois fruitier marqueté, du 18è siècle également. L'orgue baroque de 1890 (deuxième photo) qui fut restauré en 2011-2012 est l'oeuvre d'Antone Giuseppe Saladini de Speloncato, ébéniste, et d'Agati-Tronci de Ville di Paraso, facteur d'orgue et est particulièrement impressionnant. Autre curiosité, la chaire de l'église, en bois sculpté polychrome de 1750, et les fonts baptismaux en trois éléments.


 

Dans l'ancienne sacristie, se trouve le musée du Trésor qui met en valeur l'important patrimoine religieux dont cette église A Nunziata qui sera élevée au rang de Collégiale par la volonté du pape Benoit XIV le 15 mars 1752. Ce musée ouvrit ses portes pour la première fois au public en juillet 2003, à l'intérieur de deux salles de l'ancienne sacristie, et présente depuis aux nombreux visiteurs deux meubles du 17è siècle et une riche collection d'ornements sacerdotaux datant de la fin des 16è, 17è, 18è,19è et 20è siècles dont plusieurs furent restaurés. Thérèse et moi découvrons ainsi plusieurs tenues sacerdotales rassemblées à l'intérieur d'un chasublier orné d'un triptyque Renaissance. Ce meuble imposant fut conçu à partir de cinq essences de bois différentes dont le châtaignier, un bois réputé pour tenir les mites à distance. A l'intérieur, des chasubles en damas de soie de différentes couleurs dont certaines seront restaurées à Aubusson. Des tenues différentes correspondent alors à différentes périodes de l'année ou événements religieux : Carême et Avent, Résurrection, fêtes mariales... 152 vêtements sont ainsi tour à tour exposés pour le bonheur des amateurs d'art sacré. Le deuxième chasublier (en photo ci-dessous), lui, date également du 17è siècle et a la particularité d'intégrer un tabernacle pour recevoir les saintes huiles. J'y découvrirai une ancienne chasuble verte de la fin du 16è siècle réservée pour les temps ordinaires, puis une autre du 18è, brodée en fil d'or et d'argent et ornée de magnifiques cornes d'abondance. Cette tenue était portée à l'occasion des fêtes mariales. Autre pièce de valeur, cette statue de la Vierge écrasant le serpent, qui date du 17è siècle et qui fut réalisée en albâtre. Dans une vitrine, nous découvrons plusieurs objets de culte (calices, ciboires, pièces d’orfèvrerie des 17è et 18è siècles, des reliquaires du 17è et même la fameuse bulle du Pape Benoit XIV citée plus haut).

 

Le village de Corbara abrite aussi un musée privé, celui de Guy Savelli (en photo ci-dessous). Ce musée, qui a trouvé refuge au domicile de son auteur accueille depuis vingt ans des curieux, des passionnés d'histoire ou tout simplement des amoureux de la vie. Notre homme, personnage incontournable dans le petit village fut tour à tour guitariste de renom, puis boulanger, avant de devenir peintre autodidacte. Féru d'histoire, Guy Savelli passa une grande partie de sa vie à sillonner la Corse, son île natale, pour en rapporter des objets de toutes sortes, des documents et autres pièces qui avaient un lien direct avec l'île de Beauté. Son père, déjà collectionneur, transmettra à son fils le goût de rassembler livres anciens, cartes postales, tableaux, instruments de musique, pièces de monnaie, parchemins du Moyen-Âge... pour les partager ensuite avec le public.

Thérèse et moi sommes immédiatement conquis par l'homme de cœur qui nous ouvre sa caverne d'Ali Baba et nous présente d'abord ses collections de peintures, dont certaines sont constituées de dons de particuliers. Guy Savelli ne résiste pas au plaisir de faire fonctionner devant nous le Colibri, le plus petit phonographe du monde (deuxième photo), ou encore une guitare à deux manches, ou bien un étrange basson. Non sans nous préciser au passage que tous ces instruments sont en parfait état de fonctionnement. Tout au long de la visite (qui dure en moyenne deux heures), l'homme, intarissable, explique et détaille ses collections d'objets, tout en resituant chaque pièce dans son contexte historique : la boule de Moulins, une sorte de tonneau étanche (dont j'ignorais jusqu'ici l'existence!) nous est décrite comme étant un procédé de transport du courrier vers la ville de Paris utilisé lors du siège de la capitale pendant la guerre de 1870. Ces boules (dont Guy Savelli possède des lettres) furent dites de Moulins (Allier) car le courrier empruntant ce moyen de transport était d'abord centralisé dans cette ville.

Le musée privé de Guy Savelli est une ode à l'histoire de la Corse et au travail de cet homme qui, un demi-siècle durant, parcourut l'île à la recherche d'objets en tous genres. Ainsi, Guy vous contera t-il sans doute l'histoire passionnante et émouvante de la traversée en ballon de la Méditerranée par Louis Capazza, héros corse de l'aéronautique, à bord du « Galizos » le 14 novembre 1886, en 6H30 et dans de mauvaises conditions. Il est vrai que Guy a de qui tenir puisque son grand oncle, Tito Franceschini-Pietri, fut secrétaire de Napoléon III. Collectionneur de collections, Guy possède plusieurs pièces remarquables comme l'histoire de Filippini Anton Pietro, la plus ancienne histoire de Corse et un livre rare datant du 16è siècle. Ou encore des médailles de la garde corse du Vatican, une monnaie royale corse de l'éphémère roi Théodore 1er, une lettre manuscrite de Pascal Paoli du 18è siècle, une banquette corse en noyer avec un blason corse à tête de Maure, une pièce unique datant du 18è. De quoi vous faire découvrir la Corse comme vous ne l'avez jamais vue !

 

Nous redescendons de Corbara pour nous rendre à Algajola, qui fut habité dès le 16è siècle. L'endroit s'appelait alors l'Arpagiola (ou o Gabiola) et était un petit port de pêche avec un fort (ci-dessous) sur la mer. Les pêcheurs ont malheureusement disparu pour laisser désormais la place au tourisme. Nous nous promenons à l'intérieur du quartier ancien et apprécions le bord de mer avec ses rochers découpés.


 

Notre chemin du retour passe par Lumio, un village de 1100 habitants perché en hauteur, et qui offre une superbe vue sur la baie de Calvi. Les plus valeureux monteront à pied à 377 mètres d'altitude pour découvrir le village en ruines d'Occi, habité au 15è siècle par des gens qui désertèrent le littoral afin de fuir les Sarrasins. Occi déclinera ainsi aux 17è et 18è avant d'être rattaché à Lumio en 1852. Felice Giudicelli, qui en fut le dernier habitant, décèdera le 22 novembre 1918.

Thérèse et moi nous contenterons de visiter l'église de Lumio avec son orgue (photo ci-dessous) et son confessionnal. En levant la tête, nous apercevrons le campanile (deuxième photo) du village, qui est en quelque sorte le phare de l'endroit.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Musée du Trésor, à l'église de l'Annonciation, à Corbara. Tél : 04 95 63 06 50 (Mairie) et 04 95 46 15 53 (musée). Droit d'entrée : 3€ (gratuit pour les – de 15 ans). Prise de photos interdite même sans flash dans le musée du Trésor (autorisée dans l'église). Des visites de trente minutes sont organisées, qui présentent les différents pièces exposées, replacées dans leur contexte historique. Site internet : http://www.corbara.fr (mairie) et http://www.corbara.fr/modules.php?name=becmsGallery&sop=getAlbum&albumid=3&mmg=2,91 (musée)
  • Un grand merci à Jean-Baptiste Franceschini pour sa disponibilité et sa visite guidée.

  • Musée Guy Savelli, Place de l'église, Corbara. Tél : 04 95 60 06 65. Entrée libre. Ouvert du 15 avril au 20 juin tous les jours de 15h à 18h00, en juillet et en août de 16h à 19h, et de septembre à la mi-octobre de 15h à 18h. Un immense merci à Guy Savelli pour sa gentillesse et sa disponibilité à notre égard, qui a rendu possible cette visite impromptue.

  • Algajola : https://www.lescommunes.com/commune-algajola-20010.fr.html

  • Lumio : https://www.mairie-lumio.fr/Office-de-Tourisme_a31.html









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