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A la découverte des Villages de Balagne: Aregno, Pigna, Sant'Antonino, L'Île Rousse et Lama (Haute-Corse, France)
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Samedi 29 septembre 2018

 

Thérèse et moi poursuivons notre découverte de la Balagne à travers quelques uns de ses plus beaux villages : Aregno, Pigna, Sant'Antonino, L'Île Rousse et Lama.

En remontant très loin dans le temps, on remarque que , selon Ptolémée, les Cilebenses, l'une des douze nations qui peuplaient l'île, occupaient déjà l'ancien pays du Nebbio qui s'étendait alors sur la partie orientale de l'actuelle Balagne. Et notre homme de décrire Calvi comme le port le plus important de la Corse. Cette ville fournissait alors à Rome, durant l'Antiquité, de nombreux marins venus des régions de Balagne, du Cap-Corse, de Mariana et d'Aleria. Au Moyen-Âge, la Balagne sera envahie par les Sarrasins comme le restant de l'île, de 860 à 1030. La providentielle libération de la Corse viendra alors de seigneurs toscans et génois, qui, sans mandat du Saint-Siège, aideront les populations chrétiennes à se libérer du joug musulman. Et Calvi de se confédérer avec Gênes en 1278 et de lui rester toujours fidèle. Au 16è siècle, la province génoise de Balagna était formée de plusieurs pievi et un lieutenant représentant le pouvoir exécutif était à sa tête. Le 18è siècle sera plus mouvementé, tout particulièrement de 1729 à 1769, avant la cession de la Corse à la France : la province de Balagne prendra une part importante dans la révolte des Corses contre Gênes, Calvi restant l'unique fidèle du moment. Et la Balagne d'accepter de s'unir au soulèvement général contre Gênes en 1731, à l'exception de la pieve d'Olmia (Calenzana). La province recevra alors des troupes envoyées par l'empereur romain germanique afin d'aider la République de Gênes à rétablir l'ordre, mais le soulèvement persistera. A un moment donné, les rebelles corses décideront même d'offrir l'île à Philippe V, roi d'Aragon, mais le souverain occupé ailleurs déclinera l'invitation. Le conflit perdure et s'enlise jusqu'à ce que le lieutenant-colonel Francescu Rivarola, alors à la tête du régiment corse au service de l'Aragon ne débarque en 1735, à la plaine de la Verde (Costa Verde) avec fusils et munitions, permettant l'arrivée de troupes en Balagne et dans le Nebbio. Un armistice sera conclu au Campulori. Le 20 mars 1736, Théodore de Neuhoff est accepté comme roi de Corse et les Génois sont bannis à jamais de l'île. Quant à la France, elle prend position en 1738, et la Balagne d'accepter le nouveau règlement de gouvernement de la Corse qui est ratifié à Fontainebleau de cette même année.


 

Notre première visite a lieu à Aregno la piévane, qui est accroché sur les flancs du bassin de Nonza (ci-dessus) et offre de superbes paysages avec ses vergers d'agrumes et ses champs d'oliviers. Une fois par an, le village célèbre sa fête de l'amandier mais l'église romane de la Trinité & San Giovanni (ci-dessous) demeure la curiosité du moment. Ce monument historique pisan, de style roman du 12è siècle, avec ses sculptures primitives en haut relief et ses fresques murales datant du 15è est tout bonnement remarquable. Notre visite est un ravissement en ce début de matinée et le soleil offre encore des couleurs douces sur la pierre de cette chapelle qui fut longtemps le siège de la pieve et servit même de tribunal de première instance. Les assemblées coutumières se déroulaient alors à proximité de la chapelle. Construite vers l'an 1100, ce véritable bijou de l'art roman offre une façade constituée de blocs de granit de trois couleurs différentes, trois étant le chiffre de la perfection de la Trinité : le beige symbolise le Père, le vert, le Fils, et le roux le Saint-Esprit. Au-dessus de la porte, on observe un arc comportant sept claveaux foncés et huit claveaux clairs. Le chiffre sept invite l'homme à se tourner vers Dieu et le huit symbolise sa résurrection. L'intérieur de l'édifice offre deux fresques du 15è siècle (deuxième photo) et un magnifique autel (le reste des photos de cette visite sont disponibles dans l'album de cette sortie). L'endroit servait aussi de lieu d'inhumation pour les habitants du petit village, jusqu'au début du 19è siècle, au sein d'une sépulture commune appelée « arca ». L'édifice, situé au milieu d'un petit cimetière, fut classé au titre des monuments historiques dès 1883, puis restauré quatre ans plus tard. L'ensemble est formée d'une nef unique prolongée par une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four. Sa toiture, elle, est faite de tuiles romaines. Quant aux personnages humains figurant sur le fronton, on peut observer l'un d'entre eux extrayant une épine de son pied gauche.


 

A quelques kilomètres de là, se dresse le village de Pigna, à 230 mètres d'altitude et sur un piton rocheux lui-même situé au pied d'une montagne culminant à 562 mètres. C'est en 816 que Pigna fut édifié par Consalvo Romano. Depuis, les 95 habitants de ce lieu veillent sur les ruelles pavées et sur l'artisanat d'art qui sont les points forts du village. Cet artisanat fur développé dès les années 1960 par le peintre et sculpteur Toni Casalonga, auteur de l'émouvant bas-relief qui orne la fontaine. La musique occupe par ailleurs une place importante à Pigna : des artisans spécialisés dans la fabrication d'instruments permettent aux visiteurs qui le souhaitent de repartir avec leur boite à musique sous le bras. Ugo Casalonga excelle ainsi dans la réalisation de la cetera, cistre traditionnel corse, mais également de la guitare jazz et du clavecin. Je rencontre, sur la place de l'église, Madame le Maire qui me fait part des nombreux concerts donnés dans le village lors du festival Festivoce (http://www.centreculturelvoce.org/estivoce2/561-festivoce2018), lequel accueille bon an mal an une soixantaine de spectacles et des veillées musicales. Non loin de l'église, une modeste construction en terre, l'enclos A Vaccaghja (en photo ci-dessous), abrite désormais un auditorium. La Vaccaghja était autrefois un enclos pour bovidés qui fut construit en terre crue stabilisée, seul témoin restant de l'intense activité céréalière qui animait la Balagne. Quel bel exemple de reconversion d'un tel vestige en une œuvre culturelle actuelle ! Lors de notre courte promenade, nous découvrirons la superbe façade de l'hôtel U Palazzu (deuxième photo), un cocon de tranquillité pour celles et ceux qui souhaitent prendre quelque repos. L'église, elle, dissimule quelques curiosités comme de magnifiques fonts baptismaux, un chemin de croix fait de petits galets et un minuscule confessionnal d'un autre temps.


 

Nous prenons maintenant la direction de Sant'Antonino, l'un des plus anciens villages corses, datant du 9è siècle et situé au cœur de la Balagne. La route est sinueuse mais nous sommes maintenant habitués à la conduite de montagne. Ce qui me surprend le plus est de rencontrer des autocars qui parviennent à atteindre ce petit village pourtant niché à 500 mètres d'altitude entre mer et montagne. Nous devrons ainsi poireauter une vingtaine de minutes avant que l'autocar qui nous précède ne parvienne à pénétrer à l'intérieur du parking payant du village. Le ticket est payable dès l'entrée et mieux vaut avoir de la monnaie car s'en procurer n'est pas chose facile auprès du commerce jouxtant le parking. Un monnayeur serait le bienvenu.

Une fois paré pour la balade, à nous les demeures soudées les unes aux autres qui s'enroulent autour du piton granitique. Et de parcourir de vieilles ruelles traversant des voûtes successives avant de nous entrainer vers un ancestral four à pain et un ancien pressoir. Nous débouchons bientôt sur une placette sur laquelle se dresse la chapelle Notre-Dame de Lavasina (du même nom que la petite place) pour laquelle nous ne disposerons sur place d'aucune information historique. Dépités, nous poursuivons malgré tout notre ascension jusqu'à atteindre un belvédère offrant une vue imprenable sur le bassin de Nonza (deuxième photo). Jugez plutôt ! C'est aussi au sommet de ce village que se trouvent les vestiges des anciennes fortifications ainsi qu'une partie du donjon.


 

S'il y a un endroit qui nous a déçu, c'est bien l'Île Rousse. En ce samedi, c'est jour de marché au centre-ville mais nous arriverons quand même à circuler sans trop de difficultés mais pas à nous garer. Nous en serons réduits à stationner à l'entrée du port de commerce (le troisième de Corse par son trafic, après Bastia et Ajaccio), sur la presqu'ile de la Pietra (en photo ci-dessous). De là, nous apercevrons la tour de la Pietra, tour génoise bâtie sur l'île du même nom, le plus grand des îlots rocheux de porphyre rouge du petit archipel. Cette tour, en bon état, est accessible par la route qui mène au phare de la Piétra. Appelé aussi le phare de l'Île Rousse, l'ouvrage alluma son premier feu en 1857. Tour carrée peinte en blanc, l'ensemble dispose d'une lanterne de couleur verte alimentée par panneaux solaires et fonctionnant désormais de façon automatisée.

Lieu d'habitat pour l'homme depuis la plus haute Antiquité, l'Île Rousse fut un millier d'années avant notre ère une petite cité prospère et dépendante de la ville de Tyr (Phénicie). Alors surnommée Agilla, cette ville sera ruinée par la flotte phocéenne de Calaris (Cagliari) avant de devenir un comptoir romain jusqu'au 4è siècle. Au Moyen Âge, elle subira les invasions barbaresques et ne sera longtemps habitée que par des pêcheurs et des paysans. Le site étant même devenu l'asile ordinaire de corsaires, l'Office de Saint Georges, gestionnaire de la Corse à partir de 1453, réunira à la terre ferme l'Île Rousse (ou Île d'Or). Au 17è siècle, des magasins furent implantés pour faire du troc par voie maritime avec les villages côtiers balanins et au 18è siècle, l'Île Rousse sera l'enjeu des Corses révoltés contre Gênes. Plus tard, Pascal Paoli, qui venait souvent en Balagne, envisagera d'équiper la Corse d'un port au nord-ouest de l'île, histoire de couper le commerce maritime entre Gênes et Calvi. Et de convaincre le gouvernement de Balagne d'autoriser la création d'une enceinte fortifiée en 1765. De cette enceinte naitront deux grandes portes, l'une donnant accès à Algajola et l'autre, à Santa Reparata di Balagna. L'Île Rousse était née, et une partie du territoire de Monticello, toute proche, de contribuer à la construction de cette ville.


 

Lama sera l'ultime étape de notre périple balanin. Les premières maisons de ce petit village ont été érigées sur une sorte de nid d'aigle, et au pied d'une tour appelée A Torra. La particularité architecturale de Lama réside dans le mariage harmonieux de deux styles : le quartier médiéval, avec ses petites maisons aux toits terrasses collées les unes aux autres, ses ruelles et ses voûtes ici et là, et puis les grandes maisons bourgeoises d'inspiration toscane (comme la maison Bertola avec son belvédère toscan, ci-dessous en photo) bâties par de riches familles d'oléiculteurs au 18è siècle.

L'existence de Lama semble débuter en 1206. Lorsque Gênes, puissance coloniale de l'île décide de développer l'arboriculture en Corse au début du 17è siècle, le petit village qui possède des oliviers à l'état sauvage, va connaître le début de son âge d'or, avec l'ordre donné de greffer ces arbres en 1607. C'est le début de l'aventure oléicole de Lama, une aventure qui durera plus de trois siècles.


 

INFOS PRATIQUES :

  • Aregno : https://www.facebook.com/mairiearegno/
  • Pigna : https://www.pigna.fr/

    Il est conseillé de garer son véhicule à l'entrée du village car celui-ci se visite à pied.

  • Hôtel-restaurant U Palazzu à Pigna : http://www.hotel-corse-palazzu.com/fr/

  • Sant'Antonino : l'endroit est difficilement accessible mais les autocars de touristes s'y frayent malgré tout un chemin, puis vont, comme les autres, se garer au parking municipal (2€ le ticket de 24 heures) situé face à l'église du village. Aucun panneau d'information, ni plan du village ne sont disponibles. Le village fleuri laisse au visiteur libre cours à son imagination pour déambuler dans les ruelles comme il le souhaite. Attention à ne pas chuter lorsque vous atteindrez le point culminant du village (belvédère) car l'accès y est mal-aisé.

  • L'Île Rousse : https://mairie-ilerousse.fr/

  • Lama : http://lama.stationverte.com/






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