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Le Col du Petit-Saint-Bernard et son Hospice (Séez, Savoie, France)
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Heure locale

 

Vendredi 4 octobre 2019

 

Il est un col qui domine Bourg-Saint-Maurice et ses environs : le col du Petit-Saint-Bernard. Ce col alpin sépare la Tarentaise de la vallée d'Aoste et s'élève à 2188 mètres d'altitude. Fréquenté depuis la plus Haute-Antiquité, ce lieu laisse de nombreuses traces archéologiques, comme ce vaste cercle de pierres (cromlec'h) encore visible de nos jours. Ici passèrent les Salasses et les Ceutrons, les Romains et même les Allemands qui firent de ce promontoire privilégié une base militaire. Saint-Bernard-de-Menthon, futur patron des alpinistes, arrivé ici au milieu du 11è siècle y bâtira un hospice destiné à assurer la protection des pèlerins contre les brigands et les caprices du temps. Il faut dire que ce refuge se trouve sur trois routes de pèlerinage, le Chemin de Saint Jacques de Compostelle, le Chemin de Saint-Martin-de-Tours et la Via Romana. Mille ans d'histoire m'attendent dans cet édifice rénové et destiné à accueillir tout un chacun.

 

Il faut vouloir s'y rendre, à ce col perché au bout d'une route à lacets depuis Séez. Heureusement, le soleil qui brille m'offre les meilleurs conditions pour admirer le paysage alentour et la circulation n'est pas trop dense sur cette route (le percement des tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus a depuis longtemps contribué à faire diminuer le trafic). Quelques 28 km me séparent du col et je me dirige à présent vers La Rosière, station de sports d'hiver perchée à 1850 mètres et sur un site dominant la vallée qui lui fait face (ci-dessous). Il est déjà tard et je souhaite m'arrêter pour déjeuner mais en ce début d'après-midi, rien n'est ouvert et l'office de tourisme communal de me conseiller de me rendre à...l'hospice ! Je reprends donc ma route et poursuis ma montée jusqu'au col qui domine des alpages à la végétation luxuriante en cette saison et des troupeaux de vaches qui paissent à flanc de montagne.


 

Mais au fait, pourquoi ce nom de Saint-Bernard attribué à ce col? L'endroit ayant servi à la création de la race canine Saint-Bernard (le chien du Saint-Bernard est plutôt associé au col du Grand Saint-Bernard) certains prétendent que le sommet aurait adopté ce nom pour cette raison. L'autre hypothèse évoque tout simplement l'action du patron céleste des montagnards (et par extension des skieurs et des alpinistes) à cet endroit. Toute précision historique à ce sujet sera la bienvenue pour compléter mon article.

Le restaurant de cette immense bâtisse (ci-dessous) qu'est l'hospice se trouvant au 3è étage, je gravis les marches jusqu'à être accueilli par une tablée de plusieurs convives qui achèvent leur repas. Un accueil chaleureux m'est aussitôt réservé et l'on me propose un plat chaud qui me fera le plus grand bien. L'endroit a été récemment repris par un Savoyard qui a pour seule ambition de conserver à l'hospice la mission qui fut toujours la sienne, à savoir accueillir les gens de passage et leur offrir l'hospitalité. Les pèlerins y trouvent ainsi le gite et le couvert à prix modeste, avec en prime, un somptueux décor alpin. Après m'être restauré, je monterai sur le toit de l'édifice pour admirer le paysage à 360° (voir ma vidéo).

 

Avant que Saint-Bernard n'érige l'hospice sur le territoire d'Aoste, une église et un hospice avaient déjà été saccagés par les Lombards au 6è siècle. La reconstruction de ces édifices se fit sur recommandation du Pape Adrien 1er, en demandant à Charlemagne de protéger les maisons hospitalières alpines, tout particulièrement celle du Mont Joux et de Colonne Joux (actuelle bâtisse). Plus tard, en 1752, le Pape Benoit XIV attribuera l'hospice à l'ordre de Saint-Maurice et Lazare, créé la même année par Grégoire XIII. Le bâtiment se trouve bien en France mais les murs ne sont pas français : lors du rattachement de la Savoie à la France en 1860, la totalité du plateau (y compris l'Hospice) fut intégrée au territoire italien. Ce n'est qu'en 1947, lors du Traité de Paris, que toute la partie occidentale de ce col fut restituée à la France, plus exactement à la commune de Séez, tout en concédant à l'Italie la propriété des murs.

Une petite exposition, située au 4è étage, relate l'histoire de l'Hospice, à laquelle l'abbé Pierre Chanoux contribua largement entre 1860 et 1909. Personnage à la curiosité insatiable, notre homme se préoccupa de botanique et fondera la Chanousia (ci-dessous), jardin botanique et véritable musée vivant à 2170 mètres d'altitude, et l'un des plus anciens jardins de ce type en Europe. Fondé en 1897, il offre de voir une flore alpine diversifiée.

 

Une autre exposition, consacrée cette fois à la météorologie, aborde les particularités climatiques locales à l'hospice. Quel pèlerin n'a t-il jamais scruté le ciel avant de prendre la route pour tenter de deviner de quoi le lendemain sera fait ? C'est encore à l'initiative de l'abbé Pierre Chanoux qu'un registre sera ouvert en 1871 pour collecter la direction et la force du vent, l'état des nuages, l'existence ou non de brouillard, la pression barométrique, les températures minimales et maximales, l'hygrométrie et les chutes de pluie ou de neige. Ces données seront archivées à Turin auprès de l'Ordre Mauricien pour les années allant de 1871 à 1920. Dès 1922, un petit observatoire météorologique richement doté, constituera la station modèle du moment, des installations malheureusement détruites lors de la Seconde guerre mondiale, tout comme certaines archives.

Autre initiative de l'abbé : l'érection de la statue monumentale de Saint-Bernard qui jouxte l'Hospice (ci-dessous), en l'honneur de celui qui porta les noms de Bernard de Menthon, Bernard d'Aoste ou Bernard du Mont-Joux. Né vers 1020, l'Archidiacre d'Aoste fonde trente ans plus tard un hospice au sommet du col du Mont-Joux, à savoir l'Hospice du Grand-Saint-Bernard. Puis, il en reconstruit un autre, à Colonne-Joux, celui du Petit-Saint-Bernard. Brillant prédicateur, Bernard de Menthon disparaitra à Novare, sera canonisé, puis déclaré patron des alpinistes par le Pape Pie XI en 1923. Quant à la colonne Joux, son nom s'inspire de Jovis (Jupiter en latin), divinité suprême dominante sur les cimes des Alpes, supplantant le dieu local Graius (dont les Alpes Graies portent le nom). Au Moyen-Âge, le col était déjà appelé Columna lovis. Taillée dans un bloc monolithique de serpentin, la colonne mesure 4,50 mètres et supporte en son sommet une statue de Saint-Bernard, œuvre du chanoine Chanoux. Cette statue remplace celle de Jupiter qui, dit-on, aurait été jetée à terre par Saint-Bernard qui combattait alors les vestiges du paganisme.

Au terme d'une vie bien remplie, l'abbé Pierre Chanoux nous quittait en 1909 et, conformément à son souhait, s'en alla reposer au col même, à l'intérieur d'une chapelle funéraire (en photo ci-dessous) d'où l'on peut voir l'Hospice, le jardin de la Chanousia et le Mont-Blanc.


 

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