Revoir le globe
Top


Saint Emilion sous roche (Saint-Emilion, Gironde, France)
Heure locale

 

Lundi 7 mars 2011


 

Saint Emilion est non seulement une cité visible de l'extérieur, mais il faut aussi compter avec la partie souterraine qui rassemble un certain nombre de curiosités.

On compte près de 200 kilomètres de galeries souterraines, creusées dans le calcaire, servant notamment d'endroit idéal pour conserver le vin.

Partons maintenant à la découverte des monuments souterrains de la ville.

En plein cœur du village, voici la Place de l'église monolithe (ancienne Place du Marché), face à l'église monolithe. Monolithe est un mot qui vient du grec et qui signifie « mono lithos « ( une seule pierre). Cette église a été creusée dans la roche calcaire et n'a pas été érigée. Plus tard, un immense clocher pesant 4500 tonnes a été construit entre les XII ème et XV ème siècles. De l'extérieur, rien ne laisse imaginer le volume de cette église dont tous les piliers sont monolithes d'où leur irrégularité. Sur la voûte, on peut encore apercevoir le puits par lequel passaient les cordes des cloches. Ce clocher, situé à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de ce puits ne repose pas directement sur l'église puisqu'il est excentré. On a découvert un jour des fissures sur la voûte et l'église fut fermée pendant quinze mois en 1990, le temps de couler 38 colonnes en béton dans deux des trois nefs existantes, histoire de renforcer le tout. En fait, le poids du clocher n'a rien à voir avec ces fissures. Le responsable est une source souterraine qui a fragilisé les piliers puisque l'eau est remontée par capillarité dans la roche calcaire. On a d'ailleurs, à l'occasion d'autres fouilles, découvert un extraordinaire réseau de drains datés de la fin du XI ème siècle destinés à évacuer l'eau en dehors de l'église, comme quoi les moines étaient déjà à l'époque, conscients des problèmes que pouvaient poser l'infiltration d'eau.

De 2000 à 2001, des corsets ont été installés afin de contrarier la pression de l'eau sur la roche. Les colonnes de béton ont ainsi pu être retirées en 2002.

Autrefois, l église monolithe avait un aspect très différent. L'ensemble des murs étaient probablement recouvert de peintures , tentures et sculptures en bois. A la Révolution, l 'église fut abandonnée, et l'absence d'entretien ainsi que l'humidité ont fait le reste: Le salpêtre, très recherché à l'époque car, entrant dans la composition de la poudre à canon, était récupéré régulièrement sur les murs, d'où la disparition des peintures. Seuls quelques peintures en bas-relief subsistent encore.

Sur la voûte de l'église, se trouvent deux anges munis de trois paires d'ailes chacun. Ce sont des Séraphins , anges très symboliques puisqu'ils étaient les célestes gardiens du trône de Dieu. Ils avaient ici la responsabilité de protéger les reliques des Saints patrons exposées un peu plus bas et aujourd'hui disparues.

Vers la sortie de l'église, on trouve plusieurs autels , postérieurs à l'église, datés du XV ème au XVIII ème siècle . En général, les autels sont orientés vers l'est , le levant étant le symbole du Christ Lumière, mais dans ce cas précis, la configuration de l'église creusée a fait que l'autel d'origine ne se situait pas vers l'est mais vers l'ouest. Les moines ont donc réorienté les autels afin de respecter la tradition.

L'église mesure 38 mètres de long , 20 mètres de large et 11 mètres de hauteur moyenne sous voûte. C'est la plus vaste église monolithe de l'époque médiévale en Europe. Elle a été réaffectée au culte dès 1838 et redevient ponctuellement un lieu de célébration.

La richesse de ce patrimoine construit ou creusé ainsi que la beauté du vignoble ont permis à Saint Emilion d'être classée, en 1999, au patrimoine mondial de l'UNESCO au titre des paysages culturels.


 


 

L'ermitage de Saint Emilion est le bâtiment le plus ancien du village. D'après un texte du XII ème siècle, La Vita Saint Emilionis, c'est à cet endroit que le moine Emilion aurait passé les dix-sept dernières année de son existence , entre 750 et 767.

Originaire de Vannes (Bretagne) Emilion atteignit la région des Combes (Ascumbas) qui présentait des cavités souterraines naturelles dues à l'érosion. Il trouva refuge dans une de ces cavités et vécut en ermite. Il rassemblera autour de lui des disciples, dont Valery qui, ayant contribué au développement de la vigne au VIII ème siècle, est depuis devenu le patron des vignerons.

Autrefois, l'entrée de la grotte était située côté sud. Un bâtiment ayant été construit au XVIII ème siècle à cet endroit, cette entrée a été condamnée et un autre accès à la grotte a depuis été aménagé.

Sur place, il existe deux balustres. Derrière l'un d'entre eux se trouve une source que le moine aurait utilisé comme fond baptismal au moment où il christianisait la population. A côté , on aperçoit ,creusé dans le roc, un siège de méditation (appelé aussi siège de fécondité). Si une femme stérile s'y assoit et fait le vœu d'avoir un enfant, il est dit que celui-ci se réalisera au cours des mois suivants. Au-dessus de l'autel se trouve une sculpture dédiée à Saint Emilion et qui date de 1946.


 


 

La Chapelle de la Trinité est située à côté de l'église monolithe. Elle a été construite au début du XIII ème siècle en hommage à Saint Emilion, mais seul le chevet date de cette époque. L'autre partie a en effet été modifiée en 1730. La base de ce chevet est romane alors que la voûte est de style gothique ( style plutôt rare à l'époque dans la région).

Les peintures qui recouvrent la partie supérieure du chevet datent du XIV ème siècle et sont bien conservées. Durant la Révolution française, les biens du Clergé furent confisqués . La Chapelle a donc été vendue à un tonnelier qui l'a trasformée pour y fabriquer des barriques. Le travail consistant à cintrer le bois des tonneaux en la chauffant avait dégagé une fumée qui provoqua un dépôt de suie sur les parois , recouvrant ainsi les peintures. Paradoxalement, cette suie a protégé les peintures contre les rayons ultra-violets et un nettoyage terminé en 1997 a permis de les redécouvrir dans cet état incroyable.


 


 

Au centre de la Chapelle apparaît un Christ en majesté entouré des quatre évangélistes , chacun étant représenté par son attribut: Le taureau pour Luc, le lion pour Marc, l'aigle pour Jean et l'ange pour Mathieu.

On trouve à droite du Christ, la Vierge et l'Enfant. Un homme est représenté à genoux. On pense qu'il s'agit du mécène qui a financé les peintures de la Chapelle. D'après la richesse de son habit, il devait être un personnage important. Depuis la Révolution, la chapelle n'a plus jamais été vouée au culte. On y a entreposé depuis sarcophages, pierres tombales et cénotaphes.


 

Les catacombes sont une autre curiosité de la cité. Il s'agit de cimetières souterrains. , probablement creusésaprès la mort d'Emilion et les sépultures seraient antérieures au creusement de l'église monlithe.

La coupole de l'église, elle, est plus récente et daterait de la fin du XI ème- début du XII ème siècle. On distingue , sculptés sur cette coupole, trois personnages s'extirpant de leur tombeau pour s'élever vers le ciel, symbole de la Résurrection. Autour du puits se trouvent des fenêtres ouvrant sur un escalier en colimaçon et taillé dans la roche. On pense que l'église monolithe, tout comme la coupole avaient été commandés par Pierre de Castillon, un seigneur local de la fin du XI ème siècle qui aurait participé à la première Croisade en 1099.

Deux catégories de personnes pouvaient être enterrées à cet endroit: Les membres les plus méritants de la communauté monastique et les plus riches notables de la cité comme l'attestent les enfeus ( niches funéraires) richement décorés. Les petites cavités servaient pour l'inhumation des nouveaux-nés.

Une autre galerie, datant sans doute du VIII ème siècle, montre une pierre tombale , laquelle est datée du XII ème siècle. Lors de la visite des catacombes, on ne voit qu'une infime partie des galeries puisqu'on estime à environ 80 hectares la surface des carrières souterraines ( soit environ 200 kilomètres) tant sous la ville de Saint Emilion que sous le vignoble. Jusqu'au XIX ème siècle, ce sont en effet des quantités énormes de pierre qui ont été extraites de ces carrières afin de construire les villages environnants ainsi que Libourne et une partie de Bordeaux. De nos jours, ces carrières servent de caves à vin puisqu'elles rassemblent les conditions idéales de température(13°) et d'hygrométrie (importante).


 


 


 

INFOS PRATIQUES:


 

  • Des visites du patrimoine souterrain de Saint Emilion sont proposées au public: En 45 minutes, un guide vous livre les secrets de la compréhension de ces lieux. Visites en français tous les jours de l'année, entrée: 6,80€. Contactez l'office du tourisme pour plus d'information: http://saint-emilion-tourisme.com/fr/

     












 



Retour aux reportages par pays