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Le Musée d'Aquitaine (Bordeaux, Gironde, France)
Heure locale

 

Jeudi 3 mars 2011


 

Il était une fois le Musée d'Aquitaine, qui présente l'histoire de Bordeaux et de sa région de la Préhistoire jusqu'à nos jours. Ses collections sont issues de plusieurs musées et de dépôts différents qui se sont succédés depuis le XVIII ème siècle. Celles-ci ont été réunies en 1960 dans le musée d'archéologie qui prit en 1963 le nom de Musée d'Aquitaine. Occupant depuis 1987 les bâtiments de l'ancienne faculté de lettres et de sciences construits à la fin du XIX ème siècle, le musée figure sur l'emplacement du couvent des Feuillants où Michel de Montaigne fut enterré en 1592. Il compte environ 700000 pièces et les collections du musée sont organisées en trois domaines: Archéologie, histoire et ethnographie. Exposées sur 5000m², elles sont présentées selon un parcours chronologique et thématique privilégiant, selon les cas, la métropole, le pays bordelais ou les départements de l'Aquitaine.

Ce musée accueille chaque année plus de 100000 visiteurs et offre une programmation dynamique, avec des expositions permanentes mais aussi deux grandes expositions temporaires par an. Il possède également une bibliothèque spécialisée en histoire, histoire de l'art, archéologie, anthropologie et ethnographie régionale, européenne et extra-européenne.


 


 

Je choisis aujourd'hui de vous faire découvrir une nouvelle exposition: Bordeaux, le commerce atlantique et l'esclavage.

Les espaces consacrés au XVIII ème siècle viennent de faire l'objet d'une complète rénovation et montrent désormais les relations de Bordeaux avec le monde atlantique et accordent une place de choix au commerce négrier et aux conditions de vie des esclaves.

Bordeaux fut le deuxième port négrier français ( avec 11,4% des 4500 expéditions françaises à la côte d'Afrique). Loin derrière Nantes. Les armateurs ne sont pas tous autochtones car leurs origines géographiques et sociales sont variées. Issus très souvent de familles de marins, il viennent de l'ouest, du Pays basque à la Bretagne. Certains sont juifs d'origine portugaise, d'autres sont calvinistes aussi bien que catholiques. Et même franc-maçons.

Les capitaux mobilisés sont plus importants que pour une navigation en droiture. Ce n'est pas tant le prix du bateau que le prix du chargement pour la traite qui est onéreux. Il faut aussi compter l'eau, les vivres et la pacotille ( destinée à « arroser » les rois africains).

Ensuite il s'agit de rentabiliser le voyage en embarquant sur le trajet, et à partir d'endroits différents, suffisamment de captifs et ce, en un temps record.

De l'Afrique aux Amériques, il faut encore compter au moins un mois de mer. Et compter avec la mortalité de Noirs, de marins, les maladies, les mutineries éventuelles.

La vente des Noirs aux Antilles s'opérait après avoir « rafraichi » les captifs. Les capitaines organisent la vente comme ils l'entendent. Ils cherchent à ramasser le plus d'argent possible. Mais les esclaves sont surtout payés à crédit ou par l'échange de marchandises ( sucre, tabac, indigo).

Le profit réalisé est aléatoire , plus souvent lié qu'on ne le croit à la loterie. Les profits peuvent atteindre 60% mais aussi s'effondrer et provoquer la faillite de certains armateurs bordelais. Alors, on développe les assurances maritimes qui permettent de limiter les pertes. Les armateurs font aussi la chasse (déjà?) aux subventions publiques pour financer leur entreprise.


 

La traite bordelaise se déroula dans un ordre bien précis: Une première expédition a lieu en 1672 mais cela ne s'avère pas être un succès ( la concurrence est rude avec les Portugais qui , eux, pratiquent ce genre d'affaire depuis deux siècles!).En 1674, on expédie deux nouveaux navires en direction de la Martinique. Malgré les guerres avec les Anglais, le trafic décolle sous le règne de Louis XV. De 1707 à 1728, Bordeaux n'avait armé que 6 navires pour la côte d'Afrique (contre 218 pour Nantes), mais se rattrape de 1783 à 1792 en en armant 262.

C'est la guerre contre l'Angleterre ( plus que l'insurrection de Saint Domingue!) qui freinera le développement de ce commerce.

Bordeaux arme alors des corsaires pour la course, soit 163 navires de 1796 à 1801. Et contribuera ainsi aux pertes infligées aux flottes de Liverpool.

Bordeaux continuera à pratiquer la traite après la Révolution. En 1802-1803, la ville se hisse au premier rang français pour la traite. Après 1815, elle s'entêtera à participer à la traite illégale malgré les actions punitives anglaises. En 1826, l'armateur bordelais Otard participe à une dernière expédition mais le bateau est retenu en Martinique après avoir débarqué 118 captifs. On se tourne alors vers l'île Bourbon (coolie trade) en la personne des Frères Péreire qui exploiteront le filon jusqu 'au début du second empire.

Comparé à Nantes, l'activité de traite bordelaise occupait une place limitée dans le commerce maritime. La principale maison Gradis & fils , seuls dix navires ( sur 221) effectueront la traite. La première destination des expéditions bordelaises reste Saint Domingue car de nombreuses exploitations sont détenues sur place par des négociants de la ville. Il semblerait qu'on apporta à Bordeaux (en plus grand nombre qu'ailleurs) et en Guyenne davantage de Noirs. Un recensement de l'administration royales datant de 1777 en dénombra 208. Beaucoup de ces Noirs servaient de domestiques aux capitaines des bateaux. Aucun signe de racisme ne fut relevé vis à vis de ces personnes de la part des populations bordelaises.


 

Bordeaux sera aussi le point de rassemblement d'une poignée d'abolitionnistes et d'adversaires de la traite et de l'esclavage. A commencer par Montesquieu.


 

L'exposition « Bordeaux, le commerce atlantique et l'esclavage » s'articule autour de différents thèmes. O débute la visite en parlant de l'arrière-pays bordelais , puis de l'urbanisation de la ville qui devient rapidement une capitale régionale ( elle concentre alors plusieurs institutions politiques). L'essor des fortunes bordelaises est abordé avec parallèlement, la croissance démographique de la cité ( et l'augmentation des populations noires et de gens de couleur). Le développement du port de Bordeaux au XVIII ème siècle est bien sûr évoqué. On parle aussi de la marine à voile et de son apogée, du commerce en droiture.

On découvre ce qu'étaient les Antilles avant l'arrivée des Européens. , puis la traite des Noirs et les conditions de vie des esclaves. Le commerce négrier de Bordeaux est clairement posé et on parle aussi du passage du milieu. Saint Domingue est décrit comme l'eldorado des Aquitains car elle alimente à l'époque les trois quarts du commerce bordelais. Viennent les révoltes dominicaines et antillaises avec l'évocation des grandes dates de l'esclavage. Pour terminer, le métissage et les syncrétismes sont abordés. La Révolution française à Bordeaux permet de conclure cette visite fort enrichissante.


 

INFOS PRATIQUES:


Musée d'Aquitaine, 20,cours Pasteur, 333000 Bordeaux. Tel: 05 56 44 24 36.

musaq@bordeaux.fr et http://www.bordeaux.fr

Ouvert tous les jours (sauf les lundis et jours fériés) de 11h à 18h.

Entrée libre pour les expositions permanentes. Droit d'entrée de 5 € pour les expositions temporaires. Audioguides disponibles en anglais, espagnol et français pour certaines expositions: Prix de location, 2,50€.


 

Pour la rédaction de ce reportage, je me suis inspiré du livre d'Eric Saugera, « Bordeaux,port négrier aux XVII -XIX èmes siècles » aux éditions Atlantica. Disponible sur Amazon pour le prix de 20€, cet ouvrage pourra compléter avantageusement la visite au Musée d'Aquitaine sur le sujet de la traite.

 












 

 



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