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Arcachon et sa Ville d'hiver (Arcachon, Gironde, France)
Heure locale

 

Samedi 5 mars 2011


 

Je ne pouvais pas visiter le bassin d'Arcachon sans m'arrêter à Arcachon ,station balnéaire. Cette ville a l'originalité de posséder quatre quartiers, nommés villes ( Ville de Printemps à l'ouest et face au bassin, ville d'été au centre, ville d'automne à l'est et la ville d'hiver). La ville comprend aussi les quartiers de l'aiguillon, des Abatilles et du mouleau.

J'ai souhaité me promener dans la ville d'hiver qui s'étend sur 110 hectares . Ce quartier a bénéficié d'une rare convergence au XIX ème siècle entre les intérêts financiers et les intérêts médicaux.

Tout commence par une opération immobilière des Frères Péreire ( Emile, principal actionnaire de la Compagnie des chemins de fer du Midi et Isaac). D'origine portugaise, les deux frères sont nés à Bordeaux et sont adeptes de la théorie de Saint Simon.

Une suite d'investissements va permettre la création de ce quartier d'Arcachon:

  • En 1835, on investit dans le chemin de fer

  • En 1852, les deux frères investissent dans la banque et rachètent la ligne de chemin de fer Bordeaux-La Teste.

  • En 1857, La ligne Bordeaux-La Teste est prolongée jusqu'à Arcachon.

  • En 1860-61, ils achètent 96 hectares de terrains forestiers de l'ancienne forêt usagère de La Teste.

  • En 1862, on débute les travaux d'une ville nouvelle conçue comme un parc urbain.

  • En 1863, ouverture du Casino

  • En 1865, il y a déjà 8 chalets construits sur le domaine d'Arcachon ( +7 en construction) pour le compte des Frères Péreire, et 15 chalets sont construits pour le compte de la Compagnie des Chemins de Fer du Midi.

  • En 1878, c'est un total de 96 villas qui est disponible sur le site ( en comptant aussi les villas d'autres investisseurs privés). Les techniques sont innovantes, l'eau est amenée à domicile par des pompes, on trace des kilomètres d'allées. Les chalets sont baptisés « villas » car le nom fait plus authentique et plait sous le Second Empire. Une riche clientèle afflue de la Belgique, de la Hollande, de Pologne, , de Russie, Angleterre et Ecosse.


 

Deux mondes ( celui des affaires et le milieu médical) se trouvent ainsi réunis dans la ville d'hiver. Plusieurs médecins ont d'ailleurs depuis donné leurs noms à des allées du quartier. La ville d'hiver devient un « sanatorium » ouvert, car on vante partout les vertus de l'air balsamique et du sirop à la sève de pin. La cure marine et térébenthinée est recommandée contre la tuberculose.


 

Les villas


 

Les premières villas arrivent par le train, en pièces détachées. Elles sont conçues par l'ingénieur Paul Régnauld. Les parpaings et les moellons sont directement taillés dans les carrières, et les éléments de bois sont prédécoupés. On construit alors des chalets à trois niveaux: un rez-de-chaussée rassemblant les dépendances et les chambres des domestiques, le 1er étage contenant la salle à manger et le salon, et le 2è étage qui accueille les chambres des maitres.

Les villas de deuxième génération (elles sont une centaine en 1878 et on en comptera 244 en 1889) expriment la variété des goûts des propriétaires. On y retrouve un mélange des styles et de nouvelles techniques modernes sont en gestation: on note l'influence britannique dans la conception du confort domestique. On sème en même temps une grande variété de plantes dans les jardins et les villas possèdent les noms de leurs propriétaires mais aussi des noms de saints, ou des noms féminins. Certaines villas changeront plusieurs fois de nom.


 


 

Itinéraires de promenade


 

La Société historique et archéologique d'Arcachon publie un petit fascicule contenant un grand nombre d'informations sur la ville d'hiver ( je me suis inspiré de ce livret pour cet article) ainsi que des itinéraires de promenade afin de partir à la découverte des villas.

Les circuits partent de la Place Mauresque ( où l'on retrouve, dans le parc, la statue Héraclés, créée par Claude Bouscau). Il y a le circuit de la petite montagne ( appelé ainsi car le quartier visité est bâti sur de vieilles dunes du même nom) et le circuit des semis. A noter que quelques villas offrent à leur entrée des panneaux explicatifs détaillés.


 

Nous partons de l'allée du Moulin Rouge et nous arrêtons devant la villa TOLEDO ( ci-dessous). Cet ancien gymnase et manège Bertini édifié en 1862 qui abritait également le Café des Dunes fut fermé puis transformé en villa par l'architecte Alaux. On peut y admirer un bel escalier en bois découpé.


 

Juste à côté, la villa MONGE est un ancien bureau de location où était installé un bazar.

ANTONINA jouxte la villa Monge et était surmontée d'un belvédère dont seule la base octogonale a survécu. Ses façades sont en briquettes autrefois non crépies et rehaussées de croisillons de bois.


 

Nous pénétrons ensuite dans l'allée Faust.

FAUST, SIEBEL et MARGUERITE rappellent le souvenir de Gounod qui, de 1859 à 1893 ( l'année de sa mort) vint se retirer à Arcachon. Il dirigea de temps à autre des messes en musique à Notre Dame d'Arcachon en tenant lui-même les orgues.

FAUST (photo ci-dessous) a été construite par l'architecte Alaux . En 1864,c'est l'un des premiers chalets locatifs de la Compagnie des Chemins de Fer du Midi. En 1878, elle est transformée par Blaquières, un architecte bordelais.


 

SIEBEL (ci-dessous) a aussi été construite par Alaux. C'est aussi un des premiers chalets locatifs appartenant à la Compagnie des Chemins de Fer du Midi. Elle est vendue en 1876 à un propriétaire hollandais. Elle est surchargée d'éléments en bois, et comporte 6 chambres de maitre et trois chambres pour les domestiques.


 

Toute proche, la villa ATHENA ( phot ci-dessous) s'appelait autrefois Villa Bellegarde. En août 1879, l'Archiduchesse Marie Christine de Habsbourg et sa mère y séjournent. On attend alors la première entrevue entre l'Archiduchesse et son futur fiancé, le roi d'Espagne Alphonse XII, lequel réside dans la villa MONACO, non loin de là , et sous le nom de Marquis de Covadonga ( car il est en visite privée). Il a alors 22 ans et vient d'être veuf ( il porte alors toujours le deuil de sa première épouse). Il mourra six années après s'être remarié avec Marie Christine et après lui avoir fait un fils, qui sera Alphonse XIII. Ce dernier ne viendra que trois fois à Arcachon.


 

On passe bientôt devant FRAGONARD, une des premières villas de la Compagnie du Midi, puis COULAINE, qui appartenait au Baron de Coulaine. Cette villa offre un exemple de villa à belvédère. Puis, BREMONTIER (photo ci-dessous). Construite en 1863 dans un parc de 8000 m², c'est un chalet de location avec salle de bains et six cabinets de toilette. Elle a toujours gardé son cachet d'origine.


 

Nous voici engagé dans l'allée Brémontier. Les villas qui s'y trouvent ont été construite par l'architecte Alaux en 1862. On trouve deux villas qui appartiennent à Lair Mac Gregor, un viel écossais original. Celui-ci acheta la villa Eugénie ( qu'il rebaptisera GLENSTRAE) puis fera construire la villa GRAIGCROSTAN ( ci-dessous) . Ce monsieur aimait faire une promenade quotidienne en calèche, recouvert de plusieurs plaids qu'il jetait au fur et à mesure sur son parcours. Ces couvertures étaient alors récupérées par des valets répartis tout au long du trajet.


 

Sur notre parcours, on trouve la villa SOUVENANCE ( ci-dessous) qui possède une galerie à charpente assemblée ainsi que que ornements en faïence.


 

Puis SILVABELLE ( ci-dessous) et son balcon ajouré et son pignon à encorbellement.


 

Nous arrivons bientôt sur la Place Brémontier ( du nom de l'ancien ingénieur des Ponts et Chaussées ayant œuvré sous le règne de Louis XVI à l'ensemencement des dunes). C'est le lieu de rendez-vous des équipages de chasse à courre. Car on chasse à l'époque le renard et le sanglier dans les forêts avoisinantes. Mais, loin de plaire à tout le monde, le cor de chasse sera d'abord interdit dès 1879 du 1er juillet au 30 septembre avant de l'être dans toute la ville en 1896.


 

Nous empruntons l'allée du Docteur Festal. Et tombons devant la Villa TROCADERO (photo ci-dessous). Construite en 1863, elle porta d'abord le nom de Graciosa. En 1900, elle fut habillée de bois ouvragé, avec un balcon aux angles arrondis. Ce nom de Trocadéro fait référence à la victoire aisée des Français sur les insurgés de Cadix en 1823, à l'époque de la Sainte Alliance.


 

On passe ensuite devant la villa MONACO, où résida le roi Alphonse XII.

Puis devant la villa NOEMI ( ci-dessous). Noémi est un vocable hébreu qui signifie « beauté » et qui était le nom d'une israélite aieulle du roi David. La villa porte ce nom depuis 1865. La construction est caractéristique de la Compagnie du Midi avec son balcon fermé et son appareil de briques.


 

MONTESQUIEU est une villa qui date de la même époque que ses voisines.

Tout près, voici MYRIAM et son style mauresque, puis CONDE (ci-dessous) qui fut l'une des premières constructions de la ville d'hiver.


 

Voici maintenant l'allée Pasteur. Et l'imposante villa ALEXANDRE DUMAS ( photo ci-dessous). Avec sa pierre de taille , et ses lignes de briques et ses tâches vives de faïence. Elle date de 1895, et Alexandre Dumas n'y vécut pas. Celui-ci déjeuna uniquement à Arcachon, au Buffet Chinois en 1865.


 

Nous pénétrons ensuite dans l'allée Alexandre Dumas, et tombons sur la villa MONTRETOUT, située à 28 mètres d'altitude. Elle domine ainsi la ville d'Arcachon et le bassin. Ce fut l'une des premières pensions de famille de la ville. On relève ses élégantes formes gothiques sans oublier une salle où l'on prenait des bains d'eau de mer.

On le voit de loin, et pour cause, il s'agit de l'Observatoire Saint Cécile , tour en acier, située sur un promontoire ( la colline Saint Cécile. Cet observatoire a été (comme le pont) exécuté par l'ingénieur Paul Régnauld. On admire la légèreté de ses lignes. C'est le promontoire idéal avec ses deux plate formes pour profiter d'une vue magnifique sur la ville d'hiver. L'Observatoire Saint Cécile est relié à une passerelle dont le tablier fait 32 mètres de long. Elle enjambe un ravin de 15 mètres et relie les collines Saint Paul et Saint Cécile.


 

Le deuxième itinéraire est le circuit des semis. Il part de la Place mauresque et nous conduit à la Place Turenne. Et là, se trouve la villa BAYARD (ci-dessous). Elle fut édifiée en 1867-68 et n'a pas été modifiée depuis mis à part le motif en bois découpé sous le pignon.


 

Nous empruntons l'allée Bouillaud ( du nom d'un des nombreux médecins qui vantaient les mérites de la médication marine et térébenthinée).

Nous admirons bientôt GIROFLE (ci-dessous) qui tire son nom de l'opérette Groflé Girofla. Elle fut construite en 1883 par l'architecte Pugibet, dans le style gothique. Elle est ornée d'une gargouille et d'un écu blasonné. En 1898, cette villa possédait déjà une salle de bain au premier étage.


 

Noyée dans la végétation, on aperçoit maintenant, la villa GOVERNADA (ci-dessous) avec la parfaite symétrie de ses deux façades identiques.


 

Nous arrivons ensuite sur la Place Fleming ( autrefois Place des Palmiers). Ce square fut créé en 1892 sur l'emplacement d'anciennes serres. Des concerts y étaient donnés par l'Harmonie municipale et ce lieu servit même de promenade dominicale aux habitants du quartier jusqu'à la seconde guerre mondiale. La Place Fleming était un lieu de rendez-vous pour les cavaliers qui partaient à la chasse traditionnelle ou pour un « Rallye Paper » ( un cavalier partait devant en lâchant derrière lui des petits morceaux de papier et les autres cavaliers devaient retrouver sa trace. Le temple qui abrite aujourd'hui l'église réformée depuis 1977 accueillait autrefois l'église anglicane Saint Thomas ( qui fut inaugurée en 1878). La ville d'hiver était , il est vrai, pauvre en commerces , mais il y avait de nombreux petits métiers et il était facile de se faire livrer à domicile.


 

Nous entrons dans la rue du Docteur Fernand Lalesque ( descendant d'une lignée de médecins de La Teste). Ce médecin s'illustra en écrivant une monographie « Arcachon,ville de santé ». Et est à l 'origine de la création des villas modernes « hygiéniques et de cure libre ».

Tout près de là se trouve la villa CARMEN (photo ci-dessous). Isabelle II, Reine d'Espagne, s'y installa en 1880. Une aubade fut jouée sous ses fenêtres par l'Harmonie municipale puis par l'orchestre du Casino. En 1889, Paul Doumer, futur Président de la République y vint en vacances.


 

L'OASIS (ci-dessous) est l'actuelle maison de retraite de la Banque de France. Anciennement Hotel Continental de la Forêt. C'est un bâtiment de type Napoléon III, érigé par l'architecte Pugibet, et qui comprend trois annexes: Les villas Trianon, Marly et Printemps. Cet hotel fut inauguré en 1889.

Les enfants d'Antoine d'Orléans, fils du Duc de Montpensier , y passèrent l'hiver 1894.

En 1905, Ch.Gordon, grand ténor russe y donne un concert au profit de la Croix Rouge impériale de Russie. On récoltera 100 francs de l'époque. La même année, Paul Deschanel, éphémère Président de la République y descend avec sa famille. A la fin de la première guerre mondiale, c'est là que les thés dansants initient les visiteurs aux années folles. En 1924, l'orchestre d'Eddy Elkins s'y produit.


 

Juste à côté, nous trouvons la villa VINCENETTE ( ci-dessous), qui s'appelait autrefois LOLA. Elle date de 1895. Et est désormais occupée par le syndicat intercommunal du bassin d'Arcachon. Elle fut habitée par Félix Trapeau, le traducteur des ouvrages d'Oscar Wilde. Son belvédère était ouvert à l'origine.


 

Nous terminons notre tour d'horizon des villas de la ville d'hiver par la villa REGINA ( ci-dessous) , ex-hôtel de la Forêt. Ce bâtiment prit le nom de Régina en 1881, puis deviendra Angleterre en 1905. On construisit d'abord un unique bâtiment auquel on rajouta ensuite deux ailes symétriques. Cet hotel fut fréquenté par des hôtes illustres comme par exemple les Grands Ducs de Russie, le compositeur Saint Saens (en 1903) et par Charles Lecoq (en 1912), l'auteur de « La fille de Madame Angot ». L'établissement était alors le fleuron de l'hôtellerie locale avec ses 63 chambres et son ascenseur hydraulique. Il offrait aussi un jardin d'hiver ( qui ferma dans les années 1980).


 

On s'en retourne par l'avenue Victor Hugo (anciennement avenue de l'Empereur, en souvenir de Napoléon III qui laça la station balnéaire en 1859) avant de rejoindre la Place Turenne et de terminer la promenade.

A la veille de la guerre de 1939, la Ville d'Hiver n'était plus habitée que par quelques familles de la haute bourgeoisie. Pendant trente ans, la Ville d'Hiver allait rester une belle endormie. Jusqu'aux années 1970, où, vogue de l'art 1900 et du modern style aidant, les revues spécialisées et la grande presse redécouvrirent ces chalets de la Belle Epoque. Si vous passez à Arcachon, ne manquez pas cette promenade!


 

INFOS PRATIQUES:


  • cette société édite un fascicule « Arcachon, la ville d'Hiver », qui peut être acheté à l'hôtel Régina au prix de 2 €. Il contient les informations utiles à votre visite et un plan du quartier en partie centrale.

 












 

 



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