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Croisière sur l'Odet (Finistère, Bretagne, France)
Heure locale

 

Mardi 5 avril 2011


 

Rien de tel qu'une croisière pour s'évader. Ce matin, j'embarque sur l'un des bateaux des Croisières de l'Odet, qui arpente cette magnifique rivière mais aussi l'archipel des Glénans depuis...48 ans! Cette société est incontournable dans la région pour tout ce qui concerne les balades sur l'eau. A 10 heures précises, le navire quitte la cale du port de Bénodet, lieu de départ de notre périple. Je suis accompagné d'un groupe de retraités de l'ORTF. Tout un programme...TV! Le temps se rafraichit et je regrette un moment de ne pas avoir revêtu mon caban mais les vents du bord de mer s'estomperont lorsque nous nous serons engagés sur l'Odet. C'est la Bretagne, souvent imprévisible côté météo mais si belle par ailleurs. Pour l'heure, quelques goélands se battent entre eux et un marin pêcheur descend la pêche qu'il a réalisée ce matin, des congres énormes qui finiront sur les tables de la région. Notre bateau quitte donc le quai et nous admirons la cale de Sainte Marine qui se trouve juste en face de celle de Bénodet. Notre guide, fort bien documentée, nous annonce qu'autrefois ( c'est à dire avant que ne soit construit le pont de Cornouailles) un bac faisait les aller et retours entre les deux cales afin de permettre aux habitants de se déplacer entre les deux rives. CE bac appartenait à un cafetier et l'on dit que certains jours , il ne marchait pas toujours bien droit ( le bac , pas le cafetier, bien que...). Il fallut attendre 1911 pour qu'un bac à vapeur prenne le relais du bac à rames soumis à la rudesse des courants.

Sainte Marine est un charmant petit port de plaisance qui offre aux marins de passage un abri de marin. Ces refuges furent fondés en 1900 par Jacques de Thézac, qui, surpris de découvrir les conditions de vie misérables des marins bretons, voulut leur offrir un lieu de vie décent. Ces abris de marins sont toujours de couleur rose, donc facilement reconnaissables.

Juste en face, une petite église, la Chapelle Sainte Marine,est dédiée depuis le XVI ème siècle à Saint Moran ( le nom se transformera en Sainte Maraine puis Sainte Marine, d'où le nom du village).

Au départ de Bénodet, les principaux lieux remarquables se trouvent sur la gauche du navire. Ainsi nous apercevons , juste après Saint Marine le Manoir de Keribinik, appelé aussi le Château rose ( vu la couleur de ses murs). Ce château fut construit au XIX ème siècle à l'époque où les négociants quimpérois, les armateurs et la noblesse bretonne venaient édifier des maisons à Sainte Marine. Emile Zola et son épouse y résidèrent pendant deux mois en 1883.

Nous trouvons devant nous un pont imposant ( il le fut à l'époque de son inauguration!) d'une longueur de 610 mètres et d'une hauteur de 38 mètres au-dessus de l'Odet. Ce pont évitait aux habitants d'emprunter le bac ou de faire un détour d'une quarantaine de kilomètres pour franchir l'autre rive. Sa travée centrale est d'un seul tenant et mesure 200 mètres ce qui était innovant pour l'époque. La couleur glaze de ce pont fait qu'il s'intègre particulièrement bien au paysage. Il obtiendra d'ailleurs le prix de l'ouvrage d'art le mieux intégré au paysage. Le pont de Cornouailles fut inauguré en 1972.


L'Odet est une ancienne vallée fluviale qui fut envahie par la mer à la fonte des glaces ( -10000 /-5000 ans avant Jésus Christ). De sa source jusqu'à Quimper, l'eau est douce, et de Quimper jusqu'à Bénodet, c'est de l'eau salée qui alimente l'Odet. Le niveau de la rivière monte ou baisse en fonction des marées et les espèces de poissons comme le bar ou le saumon viennent s'y reproduire.

A cet endroit, après le pont de Cornouailles, nous arrivons à l'anse des trois cantons et nous apercevons sur notre gauche, au loin, le manoir qui fut celui de Pierre Schondoerfer, vous savez, le Crabe-tambour...

Tous les châteaux rencontrés sur l'Odet sont des propriétés privées, tant bien que mal entretenus par leurs propriétaires qui ouvrent leurs châteaux et leurs jardins aux touristes de passage, histoire de gagner l'argent nécessaire à l'entretien de leurs biens. Voici maintenant sur la droite, le Château de Kergoz , ouvrage du XVI ème siècle et qui appartient depuis à la même famille. Ce château est difficilement visible depuis la rivière en été car la végétation le dissimule. Winston Churchill y passa des vacances et s'adonna au cigare mais aussi à l'aquarelle ( des traces de son passage subsistent encore).

Nous franchissons l'anse de Combrit, un bras de mer qui s'enfonce sur trois kilomètres dans les bois de Cosquer. Un peu plus loin, nous découvrons le Château de Lanhuron, entouré de chênes séculaires. Ce manoir date du XVI ème siècle mais a été remanié au XVIII ème tout en gardant le style des gentilhommières bretonne. Au milieu du parc s'élève une petite chapelle avec un toit de chaume et dédiée à Saint Maudez. On dit que ce moine vint d'Irlande dans une barque en pierre ( des tests ont été réalisés de ce genre d'embarcation et il paraitrait qu'une barque en pierre puisse flotter!).

Et voici le Château de Kerouzien. Sa façade et son jardin s'ouvrent largement sur l'Odet. Cette superbe demeure ancienne est aussi appelée Beaujeu ou Château des cartes car son propriétaire, il y a très longtemps, ayant perdu à une partie de cartes, aurait voulu se refaire en mettant en jeu son château et il l'aurait perdu.

Sur notre gauche, voici bientôt le château de Perennou et son parc des cinq continents (à cause des espèces de plantes qui s'y trouvent).Il a été construit sur les fondations d'un ancien manoir breton, tout en granit de style romantique avec des fenêtres à meneaux, sa chapelle et sa haute tout crénelée. Il fut reconstruit à la fin du XIX ème siècle. Son parc descend jusqu'à l'Odet et peut être visité. C'est Félix du Marhallach qui l'aménagea pour en faire un jardin d'essences rares et exotiques. Ce château est actuellement à vendre pour la modique somme de 4,2 millions d'euros. Si le cœur vous en dit....

Le vent s'est atténué mais il fait toujours frais. La croisière est reposante et les commentaires de notre guide particulièrement documentés. Saviez-vous qu'Eric Tabarly avait vécu le long de l'Odet? Le célèbre navigateur était tombé amoureux d'un endroit situé sur cette rivière et y avait fait reconstruire , pierre par pierre, une maison morbihannaise qu'il avait acquis. De la rive, on n'aperçoit que le ponton de sa propriété ( ci-dessous), ponton où il amarrait son bateau. Eric Tabarly était un homme discret mais qui savait ce qu'il voulait. Tout jeune, il voulut acquérir le PenDuick que son père avait mis en vente. Pour gagner l'argent nécessaire à la restauration du voilier, il s'enrôlera dans la Marine nationale et ce fut le début d'une longue carrière.

L'Odet se rétrécit à un moment donné , à l'endroit de la Pointe des Espagnols. Cette pointe marque un virage sec. Ces pirates espagnols vinrent un jour de Bénodet dans l'espoir de piller la ville de Quimper. Apercevant les arbres des deux rives, ils eurent l'impression que la rivière s'arrêtait à cet endroit et rebroussèrent chemin. Ouf! On dit aussi qu'avant de reprendre la mer, ils firent des provisions d'eau douce à la fontaines des Espagnols, toute proche. Cette Pointe des Espagnols est matérialisée par de la peinture blanche sur l'extrémité du rocher afin d'être plus visible par les bateaux qui circulent la nuit. Un fût de canon a été installé sur la rive. Il permettait autrefois aux marins d'y passer un cordage qui facilitait ainsi le passage des navires à un endroit où les courants peuvent être forts.A partir de maintenant, on aborde les vire-courts, c'est à dire une partie de l'Odet où il est nécessaire de prendre des virages plus serrés car le chenal devient plus étroit.

Le Château de Rossulien s'observe après avoir franchi la Pointe des Espagnols. Il est dressé au sommet d'une colline et est facilement reconnaissable grâce à ses palmiers royaux qui se tiennent à ses côtés. A l'époque, il était de bon ton et du dernier chic de rapporter des espèces exotiques. Le premier palmier breton fut ainsi planté dans la baie de Morlaix en 1840. Et a depuis fait des émules. Ce manoir du XVIII ème siècle abrita des députés français du parti des Girondins pendant la Terreur. Ces derniers embarquèrent pour Bordeaux où ils furent arrêtés et guillotinés.

Le Rocher de la Pucelle est une autre curiosité de l'Odet. Une jeune fille égarée dans les bois et poursuivie par un satyre s'apprêtait à se jeter dans l'Odet du haut de ce rocher haut d'une vingtaine de mètres. Ne sachant pas nager, elle prit son élan et put traverser la rivière sans encombre tandis que l'Odet engloutissait le poursuivant.

Le vire-court suivant est surnommé la chaise de l'évêque car on prétend que l'évêque venait à cet endroit pour se détendre, accompagné de ses moines à qui il racontait les histoires croustillantes de la noblesse d'alors.

Le Château de Kérambleiz ressemble à une construction gothique. On le surnomme aussi le Château du Loup avec ses hautes fenêtres et ses quatre poivrières pointues. Il fut édifié au XIX ème siècle. C'est aujourd'hui un château hôtel, au milieu d'un grand parc dominant l'Odet. En somme, une reconversion réussie! A ses pieds la cale de Plomelin s'ouvre sur une petite route bordée d'un ruisseau qui mène au vieux moulin de Rossulien.

 

Certains l'appellent la Maison du Pendu ( mais aucune preuve ne vient à ce jour attesté du fait que des gens s'y seraient pendus). Nous l'appellerons la Maison du Rivage, la plus ancienne maison de l'Odet, même si les bardages ( rajoutés seulement depuis 2002) lui donnent une apparence plus récente. Elle a de quoi faire des envieux car elle est située sur la rivière et offre un cadre unique.

Porz Meillou est situé un peu plus haut sur la droite. C'était autrefois un petit port qui servait au déchargement des marchandises à l'époque où il existait un commerce actif. On y trouvait aussi des moulins (Meillou) mais ils ont depuis disparu. On y débarquait du sable qui venait des Glénans ( la seule marchandise encore transportée de nos jours sur cette rivière) et on embarquait des céréales pour le voyage retour. Près du quai de pierre, on trouve encore la façade de l'ancienne maison qui servait de buvette pour les marins, puis qui servit aussi d'abri pour les douaniers.

Sur les rives de la rivière, on aperçoit à cet endroit de nombreux rhododendrons qui fleurissent à partir de la mi-avril. La propriété de Boutiguéry contient le plus grand parc français de rhododendrons avec des espèces uniques.

Nous arrivons bientôt à deux anses: L'anse de Saint Cadou ( un coin célèbre pour ses lutteurs bretons) et l'anse de Toulven ( qui signifie trou blanc, à cause de l'argile qu'on trouvait tout près de là et qui permit le développement de l'industrie de la faïence, notamment à Quimper.

Madame de Sévigné, elle aussi, possédait un château dans ce joli coin de France mais elle n'y mit jamais les pieds. La route pour venir jusque là était très tortueuse et puis cette dame comparait les bretons à des....sauvages! Le Château de Lanroz semble pourtant ravissant. Il fut restauré à la fin du XIX ème siècle et est bâti sur les terres de Madame de Sévigné. En face ( ou presque!), se trouve la propriété de Kerbernez, qui appartenait à un certain Alexandre Macé. Ce monsieur devint célèbre le jour où il inventa le bouton à quatre trous. Il fit fortune grâce à cette invention et à l'armée qui le lui acheta. Cette propriété servit d'orphelinat pour une trentaine d'enfants et d'école d'horticulture. C'est depuis un lycée agricole fort coté.

Le Château de Kerdour est majestueux. Il a conservé son pavillon de la fin du XV ème siècle avec ses tours massives fortifiées, tandis que le corps principal du manoir date du XVI ème siècle. On dit que c'est un corsaire breton, ancien pirate, qui l'aurait acheté et qu'il y aurait dissimulé un fabuleux trésor. Rien n'a encore été retrouvé à ce jour....

Notre promenade se termine alors que nous atteignons la baie de Kerogan, une baie très large mais peu profonde. Au loin, on peut apercevoir Quimper. Sur les rives, des aigrettes ( espèce désormais protégée car elle était autrefois très convoitée pour ses plumes!) cherchent leur nourriture. Notre bateau fait demi-tour et rebrousse chemin jusqu'à B2nodet, notre point de départ. Au total, cette croisière durera deux heures et se terminera par la visite de l'estuaire de l'Odet. Nous dépasserons en effet le petit port de Bénodet pour découvrir le bord de mer jusqu'aux pointes délimitant la fin de la ivière. Sur notre gauche nous apercevrons le phare de la Pyramide ( à cause d'un monument pyramidal en bois qui, autrefois, orientait les marins à l'entrée du port) , puis , toujours sur notre gauche, une célèbre villa, Le Minaret. Celle-ci fut construite par le Docteur Boyer, de retour d'un séjour au Maroc où il avait soigné le Pacha de Marrakech. Subjugué par les palais marocains, il voulut construire une maison similaire à B2nodet. En signe de reconnaissance, le Pacha lui prêta des ouvriers marocains. Le Docteur Boyer lui offrit sa chambre, que le Pacha occupa lorsqu'il visita Bénodet. En 1951, le docteur décéda et cette villa devint un hotel avant d'être à nouveau racheté par un nouveau propriétaire. Cette villa est classée monument historique depuis 1998.

Sur notre droite, toujours en direction de l'océan, nous admirons une villa dinardaise, avec ses larges fenêtres et ses volets bleus. L'important au siècle dernier n'était-il pas de bien voir et d'être vu? La Pointe de Combrit apparaît bientôt avec son sémaphore ( ci-dessous) qui laisse la place à une petite maison de pierre , construction de Vauban. Cette maison servait à faire passer des messages le long de la côte en hissant des drapeaux.

Sur notre gauche, après la villa Le Minaret, c'est le petit phare du Coq, de couleur verte, que nous découvrons, puis la plage de Bénodet.

Sur le même côté, c'est bientôt la Pointe Saint Gilles ( qui fait face à la Pointe de Combrit) qui apparaît. Une maison est à terrain découvert depuis la grande tempête de 1987 qui balaya tous les arbres qui l'entouraient alors. Depuis l'érosion du rivage est inquiétante et l'on tente de calmer les caprices de l'océan.


 

Celle balade vous a plu? Vous aussi, embarquez pour cette croisière lors de votre prochain passage à Bénodet.


 


 

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