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Villages de Provence - Lourmarin (Vaucluse, France)
Heure locale

Samedi 17 décembre 2011

 

Entre deux vols sur l'Asie, je descends pour quelques jours me ressourcer dans le Luberon. Ce massif montagneux , peu élevé, s'étend d'est en ouest entres les Alpes de Haute Provence et le Vaucluse , sur 60 kilomètres de long et 5 kilomètres de large. On y trouve de nombreux petits villages, tous plus ravissants les uns que les autres. Mon ami Lionel me conduit aujourd'hui à Lourmarin. Ce village de moins de mille âmes est placé à la sortie de la combe de Lourmarin, un passage creusé par la rivière de l'Aiguebrun dans la montagne calcaire, entre le petit et le grand Luberon conduisant à Bonnieux, à onze kilomètres plus au nord. Il est situé entre deux vallées: Celle de la Durance et celle de Calavon, près d'Apt.

Lourmarin est classé parmi les 200 plus beaux villages de France et offre un certain nombre d'attraits dont le Château Renaissance « Villa de Médicis », le Temple, édifice classé achevé en 1816, plusieurs fontaines de styles et d'époques différents, un beffroi surnommée boite à sel, de nombreuses maisons de style Renaissance et une église romane restaurée. Sans oublier une spécialité culinaire locale. Ce village en colimaçon, que l'on appelle aussi le « village aux trois clochers », est traversé par d'étroites et sinueuses ruelles et est concentré autour de l'éperon rocheux du Castelas. Sa renommée est en partie due à deux chefs cuisiniers cités au guide Michelin. Deux grands écrivains du XXè siècle vécurent à Lourmarin et y sont enterrés: Albert Camus et Henri Bosco.

Le nom du village apparaît pour la première fois dans un document de l'abbaye Saint Victor de Marseille (en 1075). L'ancienne province de Lourmarin qui appartenait jadis aux Romains, fut un temps colonisée par les celto ligures. Au Moyen âge, le village fut décimé par la peste puis renaitra grâce à la famille d'Agoult. Les terres marécageuses sont alors assainies. Puis, le village poursuivra son développement malgré les persécutions religieuses. Après la Révolution française, cultivateurs, artisans, tisserands, cordonniers... viennent s'y installer massivement et assurent son renouveau démographique. Au cours de la première moitié du XIXè siècle, on édifie à Lourmarin le plus vaste temple protestant du Vaucluse, dans le style néoclassique. Malheureusement, les activités manufacturières déclinent, le village souffre du phylloxera et le château, alors délaissé, sera en très mauvais état.


 

Nous nous arrêtons justement devant le château du village (première photo ci-dessous). Lourmarin était autrefois un point stratégique qui permettait de surveiller le passage de la Combe qui traverse le Luberon dans le sens nord-sud ainsi que les routes allant vers Cavaillon, Manosque et Aix-en-Provence. L'épidémie de peste de 1348 emporta la plupart des habitants de la commune et les rares survivants quittèrent le village en raison de l'insécurité qui régnait dans les campagnes. A partir de 1475, il fut repeuplé sur l'initiative de Foulques d'Agoult, nouveau seigneur du lieu, qui fit venir des familles des régions de Briançon, Embrun, et des vallées du Piémont. Ces populations étaient de confession vaudoise. Mais les thèses de Vaudès seront condamnées par l'Eglise de Rome et les Vaudois, excommuniés, considérés comme hérétiques. Ils adhérèrent à la réforme en 1532 et furent très durement persécutés en 1545, avant les Guerres de religion. Lors de leur installation à Lourmarin et dans la région, Foulques d'Agoult les laissa librement pratiquer leur religion.

Le château connut trois périodes de construction: Une forteresse dont il ne reste pratiquement rien, qui fut édifiée au XIIè et XIIIè siècles par la famille des Baux. Puis la partie du « Château Vieux » fut construite par la famille d'Agoult à partir de 1480 et jusqu'en 1526 dans un style gothique finissant. Enfin, la partie dite « Château Neuf (aile Renaissance) » fut édifiée à partir de 1526 par Blanche de Levis-Ventadour pour son fils François d'Agoult, page de François Ier. La construction cessa vers 1860 en raison de l'insécurité ambiante, une conséquence des guerres de religion d'alors.

Vers la fin du XVIè siècle, le château passa dans la famille des Lesdiguières, également propriétaires du château de la Tour d'Aigues où ils résidaient, et le château de Lourmarin ne fut plus occupé que par les intendants gérant l'ensemble du domaine. Cela durera jusqu'à la Révolution française. En 1789, le château appartenait à la famille Bruni de la Tour d'Aigues, des commerçants marseillais récemment anoblis. Le château échappera à la destruction sous la Révolution , mais les Bruni , une fois qu'ils eurent repris possession de celui-ci, le revendirent. Ainsi, jusqu'en 1920, le château passera entre les mains de plusieurs propriétaires peu enclins à l'entretenir. Malgré tout, l'ensemble des murs maîtres demeurera en bon état ainsi que les tours qui abritaient les escaliers et une grande partie de l'aile Renaissance (deuxième photo).

En 1920, Robert Laurent-Vibert, l 'industriel lyonnais (Pétrole Hahn) achètera le château et le restaurera avec l'aide d'amis en s'appuyant sur des documents d'archives et des gravures anciennes. Il disparaitra accidentellement en 1925 mais léguera la bâtisse et ses collections à l'Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles-Lettres d'Aix-en-Provence, à charge pour elle de créer une fondation où seraient accueillis pendant l 'été des jeunes artistes , peintres, sculpteurs, musiciens et écrivains: Une Villa Médicis en Provence. Cette fondation sera créée en 1927 et reçoit depuis des pensionnaires depuis 1929.


Je débute la visite du château par le « Château Vieux ». Et découvre, depuis la loggia, l'architecture très italienne du bâtiment: Trois étages de galeries (première photo ci-dessous) donnent sur une cour fermée, le tout étant desservi par un escalier à vis enfermé dans une tour (deuxième photo). Au rez-de-chaussée se trouvaient autrefois la cuisine, la boulangerie et la prison. Les appartements donnant sur ces galeries abritent désormais une bibliothèque contenant plus de 28 000 volumes. Je gagne l'étage supérieur par l'escalier pour atteindre bientôt le petit oratoire, une pièce où sont rassemblés portraits et photos de personnalités ayant un lien avec le château. Puis l'escalier d'apparat (troisième photo) dont chaque marche et la partie de la double torsade qui lui correspond constituent un seul bloc de pierre, s'insérant dans le mur au-dessus de la frise. Une trompe d'angle est ornée du symbole de François Ier, une salamandre traversant les flammes. A proximité, je peux admirer deux pièces reconstituées qu'il m'est malheureusement interdit de photographier: La cuisine, avec des meubles lorrains, des faïences jaunes et vertes d'Apt, des cuivres provençaux (accrochés sous le manteau de la cheminée) et d'Afrique du Nord ou du Moyen Orient (sur le sol), sans oublier un samovar russe du XIXè siècle et deux fontaines égyptiennes en forme d'hippopotame du Nil. La salle à manger, elle, contient un vaisselier bressan avec des faïences de la Tour d'Aigues et de Varages. Les murs sont ornés de plusieurs gravures de Piranèse, célèbre graveur italien du XVIIIè siècle. Enfin, la première chambre d'honneur s'offre à moi: Il s'agit de la reconstitution d'une chambre du XVIIIè siècle avec des éléments provençaux, dont une radassière (un canapé provençal traditionnel).

Je monte au premier étage et découvre la Sallestre, ou salle de réception: On y trouve du mobilier espagnol du XVIIè siècle ainsi qu'une cheminée monumentale devant laquelle deux fauteuils datant de l'époque de transition Louis XIII – Louis XIV recouverts de tissu « point de Hongrie ». Suite à la Sallestre se trouve le petit salon, orné de bibliothèques fin XVIIIè, originaires d'Avignon et d'autres meubles dont une table rectangulaire espagnole du XVIIè siècle.

J 'arrive enfin au deuxième étage, et découvre la deuxième chambre d'honneur. Puis la salle de musique, offrant plusieurs meubles provençaux des XVIII et XIXè siècles. On peut y voir un clavecin de 1967, reproduction d'un clavecin du XVIIIè siècle, ainsi qu'un pianoforte de 1830 et un piano Erard de 1876. D'autres instruments sont accrochés aux murs. La salle des peintres présente des œuvres réalisées par les pensionnaires du château. On y trouve aussi deux armoires provençale et bourguignonne. Je regrette vraiment de ne pas pouvoir vous offrir des clichés de cet endroit car la visite vaut la peine d'être faite. Si vous passez dans la région...


 

Au rez-de-chaussée, une exposition permanente m'attend (ci-dessus): 150 ans d'art des tranchées, qui présente 250 œuvres-types de la collection Becker. On y accède par la petite cour fermée donnant sur les galeries à l'italienne de tout à l'heure. L'exposition se trouve dans deux salles différentes. Chaque salle dispose d'une imposante porte d'entrée. La vie des soldats au front ne se résumait pas à combattre, à mourir ou à vaincre. Ils produisaient aussi bijoux, chansons, dessins, journaux, maquettes, objets décoratifs ou utilitaires, peintures, poésies, romans et théâtre. Autant de moyens de s'évader de l'enfer quotidien. Les œuvres qui sont présentées montrent comment ces soldats s'accommodent bon gré mal gré de la vie des bunkers et des tranchées. Les soldats travaillaient souvent en petits groupes solidaires partageant tout. L'art des tranchées ne se limite pas de la guerre russo-japonaise de 1904/1905 à la Grande guerre de 1914. Les fouilles d'Alésia permirent aussi de retrouver des objets qui auraient pu être fabriqués dans les mêmes conditions. Les sièges des forteresses du Moyen âge ont d'ailleurs donné lieu à la production d'ex-votos. L'art des tranchées est également un art universel et l'exposition évoque en effet différents belligérants, divers conflits, plusieurs grades, matériels et positions sociales.


Tout près du Château, je remarque un autre monument de Lourmarin: Le Temple ou église réformée (ci-dessus). Les Protestants s'organisèrent discrètement pour bâtir leur propre temple avec leurs propres ressources, furent encouragés par le Consistoire de Lourmarin , et firent appel pour cela à un architecte marseillais, Michel Robert Penchaud. En 1806, le Consistoire achète un terrain et la première pierre de l'édifice est posée le 17 avril. Le temple est tracé sous la forme d'un rectangle aboutissant à une petite abside destinée à abriter la chaire. La présence d'un orgue monumental à la tribune de Lourmarin reste exceptionnel: Celui-ci aurait été installé en 1840 et serait du à un facteur lyonnais, Augustin Zieger.

 

Outre les ruelles de ce village chic (première photo), très animé en été, nous découvrons, Lionel et moi, de charmantes maisons de style renaissance, certaines étant recouvertes de vigne vierge (deuxième photo). Il y a à Lourmarin plusieurs fontaines de styles différents. J'en photographierai deux: La fontaine de la Place (troisième photo), la plus ancienne du village, était autrefois surnommée « Fontaine de la Place ».En effet, cet endroit un peu élargi était considéré comme une place par nos anciens, en comparaison avec l'étroitesse des rues du village. La fontaine fut classée monument historique le 22 juillet 1914. Une autre fontaine, la Fontaine de la Place de l'Église (quatrième photo) vit le jour au cours de l'année 1849. Composée d'une pile étroite, d'une corniche moulurée et d'un couronnement de type pyramidal, elle possède aussi un mufle de lion.


L'église? Parlons-en. Cette église (ci-dessous), qui fait partie du diocèse d'Aix, fut longtemps rattachée à l'histoire du Prieuré de Saint André de Villeneuve les Avignon. De l'édifice du XIè siècle, il ne subsiste guère plus que des traces d'architecture romane des travées de nef. Le gothique prit le dessus grâce aux superbes croisées d'ogives. Au cours du XVIè siècle, la famille Agoult-Montauban fera édifier au sein de l'église une « chapelle du Seigneur », au cœur de laquelle se trouvent de surprenants fonts baptismaux offerts par Laurent Vibert. On y retrouve le symbole de la famille d'Agoult: Un loup rampant campé sur ses pattes. Il ne me sera pas donné d'admirer ces chefs-d'œuvre car l'église est fermée au moment de notre passage.


A deux pas de là, il suffit de lever la tête pour apercevoir le Beffroi (photo ci-dessous), surnommé la boite à sel ( en raison de sa ressemblance avec les boites que l'on suspendait autrefois dans les cuisines). Il s'agit d'un clocher-mur abritant une horloge publique. Il fut construit au XVIIè siècle par la communauté, sur un pan de mur ( d'où son nom), vestige de l'ancien château seigneurial. L'ensemble du site fut classé en 1942. La cloche fut réalisée par Jean Louis Romain , fondeur à Carpentras en 1732. C'est une pièce de bronze de 57 cm de hauteur, et 70 cm de diamètre. Ce Beffroi, également appelé Castellas, introduit au thème des châteaux à motte. A l'origine, cet édifice était une motte castrale, base d'une première emprise féodale datée des alentours de l'an mil. Le château à motte fut une des grandes inventions du monde médiéval: C'était non seulement une construction mais il représentait aussi un changement du paysage dans lequel il avait été érigé. Il se répandit en Europe occidentale mais prendra en France une signification toute particulière.


Je ne pouvais pas quitter Lourmarin sans me recueillir quelques instants devant la tombe( ci-dessous) de l'un des deux grands écrivains qui vécurent ( et furent enterrés) dans ce village: Albert Camus. Né en 1913 à Mondovi, dans le Constantinois algérien, Albert Camus vient à Lourmarin, dans les pas de son mentor et professeur de philosophie à Alger, Jean Grenier. Il y achètera une maison en 1958 avant de reposer , dès 1960, dans ce cimetière lourmarinois. De sa maison, l'écrivain pouvait observer les montagnes du Lubéron qui lui rappelaient sans doute les plaines et les montagnes d'Algérie.

Henri Bosco, lui aussi, adoptera Lourmarin comme port d'attache. De la terre avignonaise où il vit le jour en 1888, il arrive dans le village en 1922, à l'appel de Robert Laurent Vibert. Il y acquiert une petite bastide provençale en 1947 , un bastidon, où il accueillera ses amis ainsi que les pensionnaires du château dès 1955. Il sera enterré dans le même cimetière, en 1976.

Terminons cette visite sur une note sucrée, et la spécialité locale: Le gibassié. Cette galette provençale est faite à l'aide d'huile d'olive. Ce gâteau croquant, fait de pâte sablée, fait partie des treize desserts du réveillon du Noël provençal. Vous en trouverez la recette sur le site internet ci-dessous ( infos pratiques). Bon appétit!


 

 

INFOS PRATIQUES:

 


  • Association des plus beaux villages de France: http://www.les-plus-beaux-villages-de-france.org/

  • Office de tourisme de Lourmarin: http://www.lourmarin.com

     

    Avenue Philippe de Girard à Lourmarin. Tel: 04 90 68 10 77. Ouvert toute l'année , du lundi au samedi de 10h à 12h30 et de 15h à 18h00

  • Château de Lourmarin, ouvert toute l'année et tous les jours de 10h à 18h (juin, juillet et août), de 10h30 à 12h et de 14h30 à 17h30 (mai et septembre), de 10h30 à 11h30 et de 14h30 à 16h30 ( mars, avril et octobre), de 10h30 à 11h30 et de 14h30 à 16h00 (février,novembre et décembre). En janvier, le château est ouvert aux visites individuelles les samedi et dimanche après midi de 14h30 à 16h00. Tarifs: 6 € (adulte) et 3,50€ (étudiant). Le même ticket permet de visiter à tarif réduit l'Abbaye de Silvacane, l'Usine Mathieu et les Mines de Bruoux.

  • Sur les traces d'Henri Bosco: Tous les mercredis à 10h00. Renseignements et tarifs au 04 90 68 10 77. Visite également, toute l'année du village (le jeudi à 10h00), des traces d'Albert Camus (le mardi même heure). Tarif: 4€

  • Site internet de la Mairie de Lourmarin: http://www.annuaire-mairie.fr/mairie-lourmarin.html

  • Gibassié: http://saveurpassion.over-blog.com/article-le-gibassier-de-christian-etienne-merci-vanessa--41888170.html












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