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Villages de Provence - Ansouis (Vaucluse, France)
Heure locale

Dimanche 18 décembre 2011

 

Lionel m'avait fait traverser un de ces plus beaux villages de France lors de mon arrivée: Ansouis (prononcez Ensouisse). Un de ces villages perchés sur une hauteur, face à la chaine du Luberon. Un lieu chargé d'histoire sur la route des châteaux du sud de cette chaine montagneuse. Au départ, nous nous y rendons pour acheter des gâteaux: De délicieux petits choux à la crème, des éclairs au café et au chocolat... histoire de garder le moral par ce froid de canard qui sévit ce dimanche sur la région. Le mistral souffle, et il souffle fort, par rafales. Nous sommes bien couverts heureusement et le temps est ensoleillé et sec. Idéal pour une balade, d'autant plus que les visiteurs sont rares en cette saison. Ansouis compte en temps normal environ 1100 âmes ( il faut multiplier par douze ce chiffre en saison touristique), les Ansouisiens, qui ont choisi de vivre dans ce petit havre de paix riche en histoire.


L'histoire de ce lieu remonte à 8500 ans avant J.C car on a retrouvé lors de fouilles des outils en silex, puis, polissoirs, meules et poteries. Des monnaies grecques y furent aussi mises à jour, ce qui permet de dire que les Massaliotes occupèrent l'endroit alors que les vestiges gallo-romains, eux, restent rares sur ce site. C'est en 963 qu'on mentionne le village pour la première fois, alors que Lambert de Reillanne donne à l'abbaye Saint Pierre de Montmajour des terres situées à Ansoye. Il faudra attendre les XIIè-XIIIè siècles pour voir apparaître la première enceinte protectrice du village, en forme d'amphithéâtre. On pense que le plus ancien lieu de culte était le Prieuré cassianite de Beauvoir, aujourd'hui N.D de Beauvoir et malheureusement transformé en bâtiment agricole. Le fief d'Ansouis dépendit au départ du Comte de Forcalquier avant de passer sous la tutelle des Sabran en 1178, suite à l'union de de Raimon Ier avec Garsende, alors comtesse souveraine de Forcalquier. Cela fait 800 ans que le lion des Sabran flotte sur le petit village (photo ci-dessous). En 1285, le Comte Elzear de Sabran nait dans le Luberon. Il est marié quatorze ans plus tard à Delphine de Signe, sur les ordres de Charles II d'anjou. Celle-ci est la dernière descendante des vicomtes de Marseille. Le coule vivra dans l'ascétisme et la virginité. Au décès de son époux, en 1325, Delphine fait voeu de pauvreté avant de finir son existence à Apt dans le plus grand dénuement. Sa sainteté et son dévouement étaient alors reconnus dans tout le Luberon. Et c'est elle qu'on appelle désormais Sainte Delphine ( et d'autres saints) qu'Ansouis fête chaque année en septembre. Le Comte Elzear de Sabran sera canonisé en 1369 par le Pape Urbain V et les restes de ce couple qui vécut quelques années au château d'Ansouis, reposent désormais dans l'église du village (deuxième photo ci-dessous). La paroisse apparaît dans les textes vers la fin du Xiè siècle. L'église Saint Martin est adossée à l'intérieur de la première enceinte urbaine et collée au château (troisième photo). On pense que cette église fut bâtie à une époque où le village se développait démographiquement mais n'a subi depuis aucun changement important ( exceptée la surélévation des murs). L'édifice est inscrit à l'inventaire des monuments historiques depuis 1925.


Le Château d'Ansouis est le point culminant d'Ansouis: A la fois site et monuments historique, il est l'ancienne demeure de la famille de Sabran Pontevès. C'était à l'origine une forteresse classique que des transformations intervenues aux XIIè-XIIIè siècles (dont l'élégante façade sud) viendront adoucir le cadre. La bâtisse fut édifiée en 960 par les comtes de Forcalquier et sera citée pour la première fois dans la Charte de Bozon. Le Château entre dans le patrimoine de la famille de Sabran en 1178 lors du mariage de la dernière comtesse de Forcalquier avec Raymond de Sabran. Puis au XVIIIè siècle, après la Révolution, la famille de Sabran-Pont evèc se réinstalle à Ansouis. En 1936, Foulques, Duc de Sabran-Pontevès et son épouse Roselyne de Vallombrosa s'installent à Ansouis et rendront sa splendeur au château. Lors de la disparition de la Duchesse de Sabran, les enfants héritiers se déchirèrent entre eux et le château deviendra quelques temps plus tard (en 2008) la propriété de Madame et Monsieur Gérard Rousset-Rouvière, suite à une vente aux enchères.


Le Château d'Ansouis fut la résidence des ducs de Sabran-Pontevès dès le XIIè siècle. Il devint, au fil du temps, une des plus splendides demeures habitées de Provence et offre toujours aujourd'hui une magnifique collection de meubles des XVIIè et XVIIIè siècles ainsi que des tapisseries, et autre objets (deux premières photos ci-dessous). De vestes jardins et des terrasses entourent l'édifice et lui donnent beaucoup de charme. La terrasse aux lions ( le lion est l'emblème des Sabran depuis huit siècles) surplombe ainsi un jardin de paradis. Les fondations de la forteresse médiévale remontent au Xè siècle et sont ancrées à un piton rocheux. Par sa position géographique, cette forteresse était quasiment imprenable. Seuls le donjon central , les deux soubassements de deux de quatre tours autrefois existantes ainsi qu'un puits d'évasion de 28 mètres (troisième photo) d'où partaient sept souterrains rayonnant dans le village et la campagne environnante, censé permettre l'évacuation en cas de siège prolongé.


Le Château sera endommagé au XVIè siècle, lors des guerres de religion. Il sera reconstruit à la fin de ce siècle et transformé en château de plaisance de style Renaissance, ce qui fait qu'aujourd'hui, nous avons deux châteaux en un: Le château médiéval et le château de plaisance, relié par un passage creusé dans le rocher (première photo ci-dessous). A la fin du XVIIè, une élégante façade est ainsi rajoutée au sud de la bâtisse sur le modèle des hôtels particuliers aixois. Le jardin fut aménagé durant les XVIIè et XVIIIè siècles, par Fabri de Pereisc, le mage et astrologue de Catherine de Médicis. On aménage à la même époque les appartements du château avec des meubles de style Louis XV et on redécore de nombreuses pièces à l'aide de gypseries. Les lieux seront abandonnés au XIXè siècle par les propriétaires. Ce n'est qu'en 1936 que Foulques, duc de Sabran Pontevès et son épouse Roselyne de Vallombrosa s'installent à Ansouis et rendent sa splendeur au château en remeublant les appartements restés vides. La visite des lieux permet d'imaginer ce qu'était la vie quotidienne des occupants autrefois. Les commentaires sont agrémentés d'anecdotes et rendent la visite encore plus passionnante. On pénètre dans le château par une entrée à l'italienne ( en trompe l'oeil) puis on franchit un passage creusé dans le rocher afin de pouvoir atteindre la forteresse médiévale. Puis la Salle des Gardes (deuxième photo) qui fut par la suite transformée en chapelle. Un grand escalier conduit notre petit groupe à l'étage supérieur où nous découvrons l'autre château, le château de plaisance avec ses pièces en enfilade (troisième photo) dont certaines viennent juste d'être restaurées par Mme et Mr Rousset-Rouvière. La tâche est titanesque, demande beaucoup de temps et de moyens et ne peut être menée à bien que par des passionnés. Mais le résultat est là: Défilent sous nos yeux, chambres, salle à manger, cuisine, boudoir, vestibules...avec à chaque fois des objets et meubles d'époque et les commentaires qui permettent de comprendre leur utilisation. On apprend ainsi qu'une tradition provençale imposait d'arrondir les angles des murs des pièces afin de repousser le diable. La salle à manger accueille son lot d'objets comme ce chauffe-pieds utilisé par les convives une fois à table. On plaçait celui-ci sous la table et les convives profitaient de la chaleur dégagée qui était retenue par la nappe aux larges bords. Ingénieux n'est-ce pas? On découvre aussi cette table à gibier (troisième photo) recouverte de marbre sur laquelle trônent de magnifiques carafes espagnoles en forme de robe d'infante. D'autre carafes ( carafes Demoiselles d'Avignon) peuvent être observées sur la grande table de la cuisine du château. Fabriquées en Turquie, on les surnommait Demoiselles d'Avignon car c'est par cette ville qu'elles terminaient leur long voyage avant d'arriver à leurs destinataires.


On pénètre bientôt dans la chambre des Saints (ci-dessous) agrémenté de superbes vitraux portant les écussons des différentes familles ayant occupé les lieux. A l'étage, une autre chambre (photo ci-dessous) est décorée de gypseries suggérant l'évolution du destin de l 'épouse à partir de 1770. Celle-ci s'occupe désormais directement de ses enfants et devient responsable de leur éducation. La pièce d'à côté est un boudoir, le boudoir d'Ansouis (deuxième photo). Le tout donne sur un jardin agrémenté d'un petit bassin avec jet d'eau et d'une vue imprenable sur le Luberon (troisième photo)


Nous quittons à regret ce lieu chargé d'histoire pour poursuivre notre visite d'Ansouis. Sous le château, à quelques centaines de mètres de là se trouve le Beffroi ( photo ci-dessous). Celui-ci supporte l'horloge publique et est coiffé d'un campanile en fer forgé qui fut probablement réalisé vers la fin du XVIè siècle ou au début du XVIIè. La tour circulaire est intégrée dans des bâtiments du XVIè siècle. Le Conseil de la communauté  d'Ansouis y tenait ses séances dans la maison de la confrérie du Saint Esprit dès 1540, puis, après dissolution de celle-ci, le lieu devint propriété communale et servira d'hôtel de Ville et de four communal avant de devenir une demeure privée.


En me promenant autour du Beffroi, j'aperçois soudain la Tour de guet des remparts ( photo). La rue du Grand Four (ainsi dénommée à cause du four communal dans le Beffroi autrefois) offre quelques exemples de belles façades de maisons anciennes (deuxième photo). Je passe ensuite le long de la Place du petit jardin où se déroule des concerts l'été. Au pied du château, un petit syndicat d'initiative est niché face à la Maison des Consuls ( maison habitée par le maire du village) et accueille les visiteurs pendant l'été uniquement.

Nous redescendons le village par la rue du Petit Portail, passons sous un porche et tournons à gauche. Bientôt, nous arrivons devant la demeure de Daniel Galli, santonnier du village et meilleur ouvrier de France depuis 2004. Daniel Galli est un personnage passionnant, qui aime Ansouis et se plait à raconter mille anecdotes. Descendant de potier, il réalisa ses premiers santons à l'âge de huit ans. Il vit à Ansouis depuis une trentaine d'années et confectionne ces petits personnages qui retracent l'histoire de la Provence et qu'on se retransmet de génération en génération. Daniel Galli devint meilleur ouvrier de France en 2004 grâce à la réalisation de la Crèche (photo ci-dessous) intitulée « La Pastorale de Maurel ». Ce titre lui valut entre autre une photo souvenir en compagnie de Mr Jacques Chirac , ancien Président de la République.


Vous le savez, j'aime terminer mes périples sur une note gustative lorsque cela est possible. Je vous ai parlé de notre visite à la Pâtisserie d'Antan, tenue par Franck Vazquez et son épouse, dans une commune toute proche ,Vaugines. Nous apprécions beaucoup les délicieuses pâtisseries de ce jeune pâtissier qui vient de s'installer dans la région. Or, ce dimanche, le couple Vazquez ont convié les gourmands de passage au Château d'Ansouis à une dégustation de l'interprétation des célèbres « Tétons de Vénus ». Cette friandise libertine du siècle des Lumières est née grâce à la rencontre de Madame Rousset-Rouière, propriétaire du Château avec Franck Vazquez. Au final, une friandise d'exception , constituée d'amandes, de fruits et de pâte sablée. Et les « Gourmandises Libertines de Franck Vazquez » sont apparues lors des journées du patrimoine en septembre dernier, pour s'inviter peut être bientôt sur votre table.....


 

 

INFOS PRATIQUES

 


  • Mairie d'Ansouis: http://www.ansouis.fr/

  • Animation d'Ansouis :http://www.anim-ansouis.fr/

  • Château d'Ansouis: http://www.chateauansouis.fr/

     

    Le château peut être visité toute l'année pour les groupes, et du 1er avril à la Toussaint, pour les individuels, chaque après-midi. Des visites guidées ont lieu (durée 1 heure) , sauf le mardi, à 14h30, 15h30 et 16h30, par la propriétaire des lieux. Tarif adulte: 8 € ( et enfant à partir de 7 ans: 6 €). D'autres photos du château sont disponibles sur la Médiathèque--> Album Europe. Remerciements à Mme et Mr Rousset-Rouvière pour leur charmant accueil!

  • Musée de la Vigne et du Vin, Château Turcan (route de Pertuis). Tel: 04 90 09 83 33.

  • Musée extraordinaire, de Georges Mazoyer (artiste peintre et plongeur sous-marin). Peintures, céramiques et vitraux à découvrir à l'intérieur complétés par des collections de fossiles, coquillages et mobilier. Tel: 04 90 09 82 64.

  • Santonnier Daniel Galli , Rue du Petit Portail à Ansouis. Atelier boutique ouvert d'octobre à décembre, le week end de 15h30 à 18h30, ou tous les jours (sur rendez-vous) en téléphonant au 04 90 09 87 54. Nombreux santons à tous les prix, cigales, livres sur l'histoire des santons.

  • Pâtisserie d'Antan, à Vaugines. Tel: 06 28 41 45 73. Petits gâteaux délicieux et Tétons de Vénus (spécialité locale) vendus sur les marchés, le matin ( A Lauris le lundi, à Cucuron le mardi, à Lourmarin le vendredi et à Ansouis le dimanche)

  • Vous pouvez obtenir des informations sur le Lubéron sur ce site internet: http://luberon.fr/communes/ansouis/

 

 

 

 

 






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