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Questembert (Morbihan, Bretagne, France)
Heure locale


Jeudi 3 mai 2012

 

A quelques kilomètres de Rochefort en Terre se trouve Questembert, au milieu d'un paysage alternant avec le bocage, fait de champs, de prairies et de bois. C'est, dit-on, le châtaignier qui donna son nom à la cité: En breton Kisten Berh ou pays des châtaignes. De petits cours d'eau sillonnent l'endroit tandis que l'étang de Célac est le principal plan d'eau de ce gros bourg qui n'est pas à proprement parlé un lieu touristique mais gagne à être connu. Sur place, on découvre que jadis, c'est à Questembert qu'Alain le Grand, alors roi de Bretagne, écrasa les Normands à l'est et dans les environs, vers 888. Cela faisait plus de quarante ans que ces derniers ravageaient, incendiaient et massacraient les habitants de côtes bretonnes. En 843, ils remontèrent la Loire jusqu'à Nantes et tuèrent l'évêque et les fidèles présents dans la Cathédrale. En 857, ce fut au tour de Vannes d'être mise à sac. Parallèlement, Pascweten, Comte de Vannes, Nantes et Cornouailles et Gurva, Comte de Rennes se déchirent car ils convoitent tous les deux le trône de Bretagne. Leurs héritiers respectifs, Alain et Judicael décideront de cesser leurs querelles et uniront leurs forces pour faire face à l'invasion proche. Judicael sera massacré dans les combats. Alain promet alors à Dieu, au lieu-dit Pont Prié, de donner au Pape le dixième de ses biens s'il combat l'ennemi. Arrivent, de manière inespérée, des renforts de troupes conduites par le fils de Judicael, Bérenger. On dit que peu de Normands parvinrent alors à rejoindre leurs drakkars ( on dit que sur les 15000 normands, seuls 400 d'entre eux échapperont aux tueries). Alain se verra plus tard décerner le titre de « Libérateur de la Bretagne » dont il assurera la paix jusqu'à sa mort, en 907. Surnommé Alain le Grand, sa stèle figure désormais place Gombault ( ci-dessous). Elle fut élevée par l'Union régionaliste bretonne à l'occasion du millénaire du décès du roi. La stèle de granit mesure 5 mètres de haut et offre sur sa face ouest un glaive posé en pal qui symbolise l'épée du grand vainqueur. Sur les faces latérales, deux plaques en bronze portent des inscriptions en français et en breton, à la gloire d'Alain. On doit cette stèle au sculpteur Le Fol.


 

Une autre curiosité de ce bourg: Les Halles (photo ci-dessous). Classées monument historique depuis 1922, elles furent construites en 1552, ur l'emplacement de l'ancienne Cohue, par Jérôme de Carné, omte de Cohignaccréateur des foires de Questembert. Puis furent restaurées en 1675 par Maître Estienne Charpentier, entrepreneur local. Ces Halles sont d'un type courant à partir du XV ème siècle: En forme d'îlot elles constituent un ensemble urbain à elles seules et sont généralement situées au coeur de l'agglomération. Ouvertes vers l'extérieur, elles sont régulièrement et naturellement ventilées. La toiture est dite « à croupe droite » et est bâtie selon le plan des halles à triple vaisseaux. La construction est entièrement réalisée en bois de chêne et de châtaignier (uniquement des essences locales) à l'exception de la toiture et des soubassements des piliers ( qui sont en pierre afin de protéger les poteaux en bois de l'humidité du sol et du pourrissement. 84 piliers sont ainsi répartis en 17 fermes principales. Au milieu du XVIII ème siècle, les Halles changèrent de propriétaires et passèrent de la famille De Carné à la famille De Larlan. Un descendant de cette dernière vendra la halle de Questembert le 13 avril 1845 à la municipalité pour la somme de 4000 francs. D'une longueur de près de 55 mètres, elles sont larges d'une quinzaine de mètres et offrent une surface de toiture de 1180 m². A l'origine, les Halles sont conçues pour abriter, délimiter et réglementer une zone d'échanges commerciaux. Le marché est le lieu privilégié où l'on échange convivialité, marchandises et informations. Autrefois, drapiers, cordiers, cordonniers et paysans s'y retrouvaient pour y écouler leurs biens qui constituaient l'essentiel de l'activité des foires d'antan. Restaurées à nouveau en 1997 ( le toit fut refait en ardoise à l'aide de 65000 à 70000 ardoises, remplacement de certaines parties de la charpente, réfection du revêtement de sol...), les Halles de Questembert n'ont finalement jamais été autant utilisées qu'aujourd'hui: Elles accueillent le marché ( chaque lundi matin), mais aussi concerts et autres manifestations culturelles. Cette construction est précieuse car on ne compte plus en Bretagne que quatre halles à charpente de bois (à Questembert, au Faouet, à Plouescat et à Clisson).


 

Depuis 1991, l'office de tourisme, lui, est situé le long de ces halles, à l'intérieur de l'hôtel Belmont (ci-dessous). Cette demeure privée possède de superbes lucarnes ouvragées toutes différentes, qui datent des XV ème et XVI ème siècles. La maison, qui a subi d'importants travaux de restauration en 2005, a toujours appartenu à de riches familles. Pour pouvoir admirer sa tourelle dans les meilleures conditions, mieux vaut pénétrer dans le jardin derrière l'hôtel ( que l'on contourne par la rue de la Salle). Celle-ci est coiffée d'une toiture peu ordinaire à quatre versants à double cintre qui se rejoignent en accolade en son sommet. La saillie extérieure du toit abrite deux cariatides de bois sculptées représentant Questembert et sa femme. Durant la période féodale, le bourg fait partie de la Baronnie de Molac et de celle de Rochefort à laquelle est rattaché le château de Coetbihan. Dès 1160, on y trouve déjà une aumônerie des Hospitaliers. En 1891, la plus grande partie de ses terres est occupée par la lande mais on y cultive aussi du blé, du sarrasin, des pommes et du foin. On y compte alors 4102 habitants. Située sur le passage de plusieurs axes importants, Questembert sera d'abord occupé par les Celtes, puis par les Romains. On prétend aussi qu'au V ème siècle, une colonie de Germains établie sur place aurait apporté d'Allemagne ce nom de Questembert ( qui signifie en autrichien la Montagne des Colombes). Puis les Bretons s'installent sur place dès le VI ème siècle.


 

L'office du tourisme me remet un petit dépliant m'invitant à découvrir le patrimoine communal. Je me rends ainsi à l'église Saint Pierre dont la construction (commencée en 1863 par le curé M.Gombaud) ne s'achèvera que 33 années plus tard avec la construction du clocher (ci-dessous). Cette église fut bâtie sur les ruines de l'ancienne église Saint Martin du Vertou qui, faute d'entretien, avait fini par s'écrouler. Dans le diocèse de Vannes, c'est l'une des églises les plus représentatives du style néo-ogival qui s'imposa au XIX ème siècle: Le choeur est doté de magnifiques boiseries, d'un maitre autel monumental et d'une tribune d'orgues qui furent fabriquées par les ateliers nantais Debierre. Avec ses 55 mètres de hauteur et ses jolies lignes architecturales, le clocher a une allure franchement imposante.


 

Autour de l'église, plusieurs petites rues portent le nom de corps d'artisans: Rue de la tannerie, rue des cuirs, ou rue de la laine. Ces noms évoquent l'artisanat de la toile, de la laine, des draps fins et du cuir, artisanat qui était prépondérant dans la commune autrefois. Pour se faciliter la vie ( et les relations commerciales), un même corps d'artisans vivait souvent dans la même rue, ou dans le même quartier. D'où la présence encore de nos jours de ces noms de rues.

L'hostellerie Jehan Le Guénégo est située à l'angle de la rue de la Salle et de la rue des Halles (le long des Halles) mais est malheureusement en cours de restauration actuellement. C'est l'une des plus vieilles maisons de Questembert puisqu'elle daterait du XV ème siècle. Jehan le Guénégo en était le propriétaire. Il y tenait son auberge ainsi qu'un important commerce d'artisanat local. La demeure accueillit François II, Duc de Bretagne, une nuit de 1481. Un écusson ducal (qui signifie que la demeure est placée sous la protection du Duc) en atteste d'ailleurs la venue. On peut l'apercevoir sur le mur qui longe la rue de la Salle (au-dessus du garage). Cette maison décidément remarquable fut aussi témoin d'un miracle: Dans la première moitié du XV ème siècle, après la mort de Saint Vincent Ferrier, un jeune garçon d'une dizaine d'années, qui avait reçu à la tempe une ruade de cheval et qu'on laissait alors pour mort, revint à la vie après que sa mère eut invoqué Saint Vincent Ferrier dans la présente demeure. Prêtre de l'ordre dominicain, né en 1350 près de Valence et mort à Vannes le 5 avril 1419, Vincent Ferrier resta célèbre pour ses prédications publiques. On trouve ses reliques à la Cathédrale Saint Pierre de Vannes. Il est le saint patron de la communauté valencienne.

Je me rends maintenant au vieux presbytère (ci-dessous), situé un peu à l'écart du bourg. Celui-ci daterait du XV ème siècle et de nombreux recteurs s'y succédèrent jusqu'en 1793. Il fut réquisitionné sous la Révolution afin de servir de caserne à une garnison républicaine. Et finira aussitôt incendié par les Chouans. Vendu aux enchères en 1977, il a depuis été totalement restauré et embelli et fait partie de ces demeures campagnardes typiques de l'aristocratie de la vieille France. C'est désormais une propriété privée.

Juste à côté, se trouve encore de nos jours le lavoir du presbytère qui ressemble un peu ( en plus petit bien sûr) aux halles du centre du bourg. La fontaine, voisine, présente une forme originale avec ses trois torses (deuxième photo).


 

A deux pas de la stèle d'Alain le Grand, je découvre la Chapelle Saint Michel, à l'intérieur du cimetière du même nom. Celle-ci est ornée à son entrée d'un vieil if plusieurs fois centenaires. Celui-ci semble protéger les tombeaux des recteurs de la paroisse dont celui du Père Mulot, le co-fondateur de la Congrégation des Pères de Montfort, qui mourut à Questembert en 1749. Son tombeau ressemble à un grand monument sculpté de têtes de mort et de larmes. La chapelle, elle, fut construite vers 1440 sous le règne du Duc de Bretagne François Ier , à l'endroit supposé où Saint Vincent Ferrier prêcha le 3 mars 1418 lors de son passage dans la cité. Les seigneurs de Rochefort en furent les fondateurs. Leur blason est d'ailleurs gravé sur l'une des sablières de la voûte en bois. La chapelle abrite une belle série de statues en bois polychrome du XVI ème siècle. A gauche de la chapelle, on trouve une croix historiée à panneaux, dite « croix bannière » datant du XV ème siècle. La Chapelle Saint Michel ainsi que cette fameuse croix et le vieil if sont classés monuments historiques. La chapelle n'est ouverte que ponctuellement, lors de concerts ou journées thématiques.


 

Je termine ma visite de Questembert par une courte visite au lavoir et à la fontaine Saint Martin, située en contrebas de la rue Saint Martin (ci-dessous). Rien d'exceptionnel à cet ensemble datant du XVI ème siècle. La fontaine possède un dôme à quatre pans. Le petit lavoir est niché dans la verdure et rappelle l'activité des lavandières.


 

A quelques kilomètres de Questembert, sur la route d'Elven, je m'arrête quelques instants auprès d'un chêne (ci-dessous), surnommé « Chêne de Questembert ». Cet arbre situé en bordure de route, arbore de vieux vêtements ce qui lui vaut le nom d'arbre aux oripeaux. D'après une ancienne croyance, le fait de pendre ses vêtements à cet arbre permettait la réalisation de ses vœux. Je me souviens avoir aperçu un arbre similaire dans le désert australien il y a quelques années...


 

 

INFOS PRATIQUES:

 


  • Office de tourisme du Pays de Questembert, 15 rue des Halles à Questembert. Tel: 02.97.26.56.00

    site internet: www.questembert.com

    et office.tourisme.questembert@wanadoo.fr

  • Arbres remarquables du Morbihan: www.mce-info.org/arbres-remarquables

  • Les Halles de Questembert: Grand marché régional chaque lundi matin, Foire le premier lundi de chaque mois, petit marché de produits locaux tous les mercredis à partir de 17 heures

  • Des sites mégalithiques sont disponibles dans les alentours à Monteneuf ( site de Pierres droites, accessible tous les jours en visite libre, tèl: 02.97.93.26.74, site: www.centreleslandes.com ), à Larmor-Baden (Cairn de Gavrinis situé sur une île du Morbihan bâti 3500 ans avant J.C, ouvert du lundi au vendredi de 13h30 à 18h30 et les samedi et dimanche de 9h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h30. Réservation obligatoire pour le bateau au 02 97 57 19 38. Site: www.gavrinis.info ), et à Arzon (Cairn du Petit Mont, énorme architecture de pierres en maçonnerie sèche, 5000 ans avant J.C, ouvert tous les jours sauf le mercredi de 14h30 à 18h00. Tèl: 06.03.95.90.78. Site:

    www.petit-mont.info )

  • Dans les environs, vous pouvez aussi découvrir le musée des châteaux en allumettes (tèl: 02.97.43.03.20 et 06.62.88.86.91) à Tréffléan-bizole au 12 rue du calvaire. A Saint Marcel, lieu-dit Les Hardys Béhélec, se trouve le musée de la résistance bretonne (découverte de la vie et de l'engagement des bretons durant la seconde guerre mondiale), ouvert tous les jours de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00. Tèl: 02.97.75.16.90. Site: www.resistance-bretonne.comA Quistinic, le village de Poul-Fetan permet de découvrir la vie d'un village breton avec visites , animation et jeux bretons, tous les jours de 14h00 à 18h30 (tèl: 02.97.39.51.74 et site: www.poul-fetan.com). Enfin, le village de l'An Mil qui se trouve à Melrand est un site archéologique médiéval. Ouvert tous les jours de 11h00 à 17h00 (Tèl: 02.97.39.57.89 et site: www.melrand-village-an-mil.info)

  • Le patrimoine bâti peut aussi être visité à Muzillac (Moulin de Pen Mur) où l'on peut observer la fabrication du papier selon les méthodes du XVIII ème siècle, avec visite guidée et vidéo. Tèl: 02.97.41.43.79. Site: www.moulin-pen-mur.com . A Sarzeau, on trouve le Château de Suscinio, une des résidences préférées des Ducs de Bretagne datant des XIII ème-XV ème siècles. Ouvert tous les jours de 10h00 à 19h00. Tèl: 02.97.41.91.91. Site: www.suscinio.info














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