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La Tour Jean sans Peur (Paris, France)
Heure locale

Mercredi 8 août 2012

 

Il est très agréable de flâner dans Paris en cette période estivale . A cette époque de l'année, la capitale, libérée d'une partie de ses habitants, respire un peu et nous offre ses trésors. Paris est souvent symbolisée par la Tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe, mais pas seulement. Cette ville recèle de nombreux autres trésors pour qui veut se pencher davantage sur son passé. Ainsi la Tour de Jean sans Peur (photo ci-dessous) s'élève depuis des siècles dans le deuxième arrondissement de Paris. Cette tour de fortification fut érigée au XV ème siècle (de 1409 à 1411) par Jean 1er de Bourgogne, surnommé Jean sans peur,dans le but de fortifier sa résidence. Ce bâtiment constitue en effet le dernier vestige de l'hôtel des ducs de Bourgogne, hôtel qui désigna jusqu'au XVI ème siècle la résidence des ducs de Bourgogne à Paris et qui fut aussi l'un des principaux lieux de représentation théâtrale de la capitale au XV ème et au XVI ème siècles. Ces représentations débutent en 1548 avec des pièces religieuses mais un arrêt du Parlement met vite fin à ces spectacles. A partir de 1577, le séjour des Comédiens italiens imposés par Catherine de Médicis et le dynamisme d'autres troupes redonnent du lustre à l'endroit avant de se retrouver en concurrence directe avec la troupe du Théâtre du Marais dès 1634. Le Roi renforce alors la troupe des Grands comédiens de l'Hôtel de Bourgogne puis fait rénover le théâtre. En 1680, Louis XIV ordonne la fusion de cette troupe avec celle de l'hôtel Guénégaud (rassemblant déjà les troupes du théâtre du Marais et de l'Illustre théâtre de Molière): Ainsi nait la Comédie Française.


 

Mais revenons à notre Tour de Jean sans peur (qui n'avait pas froid aux yeux!). A l'époque de sa construction, la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons bat son plein. Le contexte de ce conflit trouve sa source dans la Guerre de cent ans, que la France livre à l'Angleterre. La France possède alors une belle agriculture, et un système féodal et religieux fort. L'Angleterre, elle, développe l'élevage des ovins, et revend leur laine aux drapiers de Flandre dont l'artisanat devient prépondérant au fur et à mesure de la croissance des villes. D'un côté, les Bourguignons sont favorables au modèle anglais ( la Flandre appartient au duché de Bourgogne), de l'autre, les Armagnacs défendent le modèle français. Le Grand schisme d'Orient participe aussi à ce conflit car l'élection d'un antipape, Clément VII est soutenue par les Armagnacs alors que le Pape de Rome, Urbain VI est appuyé par les Bourguignons. Dès lors, le conflit est inévitable.

Le 23 novembre 1407, Jean sans Peur fait assassiner son cousin Louis d'Orléans, le frère du Roi Charles VI. Pur se protéger d'éventuelles représailles, il fait ériger une tour de 21 mètres de haut dans son hôtel. Cet hôtel avait été à l'origine construit par Robert II d'Artois à la fin du XIII ème siècle. En 1369, il était devenu l'hôtel de Bourgogne à la suite de l'union entre les familles d'Artois et de Bourgogne. Cet hôtel demeurera dans la famille des ducs de Bourgogne à la mort de Jean sans Peur, en 1419 ( lui aussi, par assassinat, à Montereau) jusqu'au décès de Charles le Téméraire en 1477. La tour et l'hôtel tomberont alors dans l'oubli. Et c'est seulement en 1866-1868 que l'on redécouvre la tour, à la faveur du percement de la rue Etienne Marcel. Cette tour reste l'unique vestige de l'ancien hôtel de Bourgogne. Elle sera classée au titre des Monuments historiques en le 29 septembre 1884 puis restaurée neuf années plus tard, avant d'être ouverte au public en 1999.


 

On trouve plusieurs éléments remarquables à l'intérieur de cette tour. Tout d'abord le grand escalier à vis (ci-dessus) inspiré par celui qu'avait fait construire Charles V au Louvre et qui est aujourd'hui disparu. On trouve aussi ce décor végétal (ci-dessous) de la voûte d'escalier, composé d'un pot central d'où partent des branches de chêne sur lesquelles grimpe du houblon , rejointes par des branches d'aubépines naissant des murs. Le chêne, arbre le plus répandu en France était déjà symbole de longévité (certaines espèces peuvent vivre jusqu'à 1100 ans). Ainsi le plus vieux chêne de France, situé à Allouville Bellefosse, daterait de l'époque de Charlemagne. Un autre chêne plusieurs fois centenaire, à Cheillé (près d'Azay le Rideau) pousse ainsi dans le mur de l'église Saint Didier. Un autre, à la Chapelle Montlinard (Cher) est multi centenaire et possède un tronc d'une circonférence de près de 10 mètres. Le houblon, lui, est une plante herbacée vivace et grimpante dont on se servait dans la Caucase pour la préparation des bières (grâce à ses vertus aseptisantes). Enfin, l'aubépine, surnommée aussi « épine blanche », est une plante qui se démultiplie en une multitude d'espèces et qui possède des vertus thérapeutiques: Ses fleurs sont utilisées comme hypotenseur, antispasmodique et sédatif. En revanche, ses feuilles sont tonicardiaques.


 

Il ne faut pas non plus manquer les latrines (ci-dessous), les plus anciennes de Paris, qui équipaient chaque chambre. Contrairement à celles des époques précédentes, elles ne débouchaient pas sur l'extérieur, mais disposaient d'un conduit dans l'épaisseur du mur, qui aboutissait dans un fosse au sous-sol. Et elles étaient chauffées par le revers de la cheminée des chambres. Que d'ingéniosité!


 

Le trône et la salle de réunion de Jean sans Peur , appelée aussi chambre ducale (ci-dessous) rappellent ce qu'était la vie de cet illustre personnage. Jean sans Peur était en fait le surnom de Jean 1er de Bourgogne, duc de Bourgogne, Comte de Flandre, d'Artois et de Charolais, comte Palatin de Bourgogne, seigneur de Mâcon, Châlons et autres lieux (le cumul des mandats ne date pas d'aujourd'hui!). Il naquit à Dijon le 28 mai 1371 au Palais des ducs de Bourgogne et mourut assassiné, lors d'une entrevue avec son rival, le dauphin, futur Charles VII de France, le 10 septembre 1419 à Montereau (Yonne). A l'appel du Roi Sigismond de Hongrie, il ira combattre avec une armée le sultan Bayezid 1er pour contrer la progression des Ottomans mais sera battu à Nicopolis en 1396. C'est de cette bataille qu'il gagne son surnom de « Jean sans Peur ». Capturé, son père empruntera la somme de 200 000 florins pour le faire libérer. Il perdra son père en 1404 puis sa mère un an plus tard. Le Roi Charles VI à qui il aura rendu hommage le nomme bientôt lieutenant général pour la Picardie et la Flandre. Il prend ensuite sous sa protection l'abbaye de Saint Martin d'Autun (Saône et Loire). Entre temps, Charles VI ayant sombré dans la folie, un conseil de régence ( présidée par la reine Isabeau de Bavière) est créé, qui oppose deux hommes: Louis d'Orléans (duc et frère de Charles VI) et Jean 1er de Bourgogne (Jean sans Peur). Ce dernier fait assassiner son rival en 1407, ce qui lui vaudra d'être exclu de ce conseil de Régence. Dès lors, il poursuit la construction de l'état bourguignon, s'allie à la reine Isabeau de Bavière et s'empare de l'autorité royale puis reçoit en novembre 1411 la mission de chasser les Armagnacs. Sa vie, pleine de rebondissements, l'écartera du gouvernement en 1414 suite à la paix d'Arras, mais Jean 1er de Bourgogne s'empare, deux ans plus tard du comté de Boulogne. La reine Isabeau de Bavière reste suspecte aux yeux des Armagnacs mais Jean sans Peur la rejoint et constitue avec elle , à Troyes, un gouvernement opposé aux Armagnacs. Ce gouvernement sera transféré à Paris en 1418. Le coup fatal viendra des Armagnacs: Le 10 septembre 1419, leurs hommes de main assassineront Jean 1er de Bourgogne lors d'une entrevue avec le dauphin (futur Roi Charles VII) à Montereau Fault dans l'Yonne. Même pas peur! L'emblème de cet homme courageux était le rabot, agrémenté de la devise « Je le tiens ». Son corps a rejoint celui de son père, Philippe le Hardi, à la Chartreuse de Champmol (monastère de l'ordre des Chartreux, en Côte d'Or).


 

Enfin, terminons notre visite par les caves de la Tour, avec ce morceau de la base de l'enceinte Philippe Auguste (ci-dessous). Cette enceinte est la plus ancienne de Paris. Partiellement intégrée dans les constructions ultérieures, elle a laissé plus de traces que les fortification ultérieures effacées par la constructions des boulevards. Cette enceinte, qui consiste en une muraille de pierres, fut construite pour protéger la capitale avant que le roi Philippe Auguste ne parte pour la troisième croisade. La rive droite fut fortifiée de 1190 à 1209, et la rive gauche de 1200 à 1215. Le duche de Normandie se trouvant alors entre les mains des Plantagenêt, on prévoyait une attaque qui viendrait du nord-ouest, d'où la construction prioritaire de la muraille de la rive droite. C'est François 1er qui fera démolir les portes de l'enceinte en 1533 en autorisant la location des terrains de l'enceinte. Ces mêmes terrains seront vendus à des particuliers au cours de la seconde moitié du XVI ème siècle, véritable période de déconstruction pour la muraille. L'enceinte de Philippe Auguste englobait une surface de 253 hectares et mesurait 2500 mètres de long sur la rive gauche ( et 2600 mètres sur la rive droite). Philippe Auguste renforcera la partie ouest en y construisant une forteresse composée d'un donjon fortifié et de dix tours de défense entourées d'un fossé, Le Louvre. D'après les estimations, cette construction aurait coûté plus de 14000 livres de l'époque sur une durée de vingt ans (durée des travaux), somme qui représentait 12% des revenus annuels du roi, en 1200. Le rempart mesurait de 6 à 8 mètres de haut pour une épaisseur de trois mètres à sa base, et offrait un chemin de ronde de deux mètres de large . Ce mur était flanqué de 77 tours semi-cylindriques (d'une hauteur de 15 mètres et d'un diamètre de 6 mètres) tous les soixante mètres. Quatre fortes tours de 25 mètres de haut permettaient de contrôler le trafic fluvial de la Seine. Enfin, 15 grandes portes ouvraient l'accès aux routes du Royaume. De facture identique, elles étaient équipées de portes ogivales bloquées par deux vantaux de bois encadrées par deux tours de 15 mètres de hauteur et 8 mètres de diamètre. A l'intérieur, deux herses complétaient le dispositif.

 

 

INFOS PRATIQUES:

 


  • Tour Jean sans peur, 20 rue Etienne Marcel à Paris (2ème). Métro: Etienne Marcel. Tel: 01 40 26 20 28. Du 11 avril au 11 novembre 2012 : Ouverture du mercredi au dimanche, de 13h30 à 18h00. Visite guidée avec le guide de la tour, à 15h les jours ouvrables (groupe entre 5 et 20 personnes) ou sur RDV au 01 40 26 20 28. Textes des expositions disponibles en anglais. Parcours-jeu offert aux enfants de 7 à 12 ans (traduction anglaise et japonaise disponibles). Droit d'entrée: 5 €.

    Site internet: http://www.tourjeansanspeur.com/

  • Philippe Auguste et l'enceinte : http://www.philippe-auguste.com/

  • D'autres photos de cette visite sont disponibles sur le site Leglobeflyer.com--> Médiathèque--> Europe

  • Livres »Jean sans Peur » et « Les Armagnacs & les Bourguignons », de Bertrand SCHNERB, en vente à l'espace boutique de la tour.

  • Un grand merci à Madame Agnès Lavoye-Nbeoui, responsable de la communication, pour son aide précieuse.


 

     

     

 











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