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Le vin au Moyen âge (Tour Jean sans Peur, Paris, France)
Heure locale

Mercredi 8 août 2012

 

L'histoire de la vigne et du vin est très ancienne et se confond avec l'histoire des hommes. Une fois l'Empire romain anéanti, le Moyen âge va, grâce au christianisme, concourir au renforcement de la valeur attachée à ce breuvage à partir du IV ème siècle. La liturgie de la communion pratiquée jusqu'au XII ème siècle participera au maintien de la tradition viticole. En plus, le Moyen âge permettra de progresser dans la qualité du vin. En effet, sous l'Antiquité, on coupait fréquemment le vin avec de l'eau et on agrémentait celui-ci d'herbes et d'aromates. C'est au Moyen âge que le vin apparaît tel qu'on le consomme de nos jours. Et c'est à ce voyage dans le vin et dans le temps que vous convie l'exposition »Le Vin au Moyen âge » qui se tient actuellement à la Tour Jean sans Peur (ci-dessous).Cinq grands thèmes sont abordés ( terroirs et propriétaires, viticulture, usages du vin, service et manières de boire, tavernes et excès de boisson) et invitent le visiteur à découvrir ce qu'était le vin au Moyen âge. On découvre ainsi, à travers des panneaux comprenant textes et photos, le travail du vin et la conduite de la vigne. On apprend aussi que la viticulture est rythmée selon un calendrier et que certains outils s'imposent (bêche, houe et serpe).La vinification permettra l'apparition du vin rapidement mis en tonneau (dont on apprend qu'il a été inventé par les Gaulois!), ce tonneau fabriqué grâce au talent de ces artisans très occupés que sont les tonneliers. Le vin sera ensuite entreposé dans des caves ou des cavotes (petites caves de particuliers).


 

En 800, Charlemagne prend des mesures pour améliorer la qualité du vin. Dans son ordonnance, il stipule:Que nos intendants se chargent de nos vignes qui relèvent de leur ministère, et les fassent bien travailler, qu'ils mettent le vin dans une bonne vaisselle et qu'ils prennent toutes les précautions pour qu'il ne soit gâté d'aucune manière ». Pour cette mission, les moines sont en première ligne. Parce que les cathédrales et les églises sont propriétaires des vignobles, sous couvert de l'activité du « vin de messe », ceux-ci gèrent de nombreux vignobles monastiques, contribuant ainsi à la qualité des vignobles actuels. La représentation ci-dessous du Pressoir mystique (1485-1493) témoigne de la place des religieux dans la viticulture.


 

A la fin du X ème siècle, Bordeaux,seule région viticole à ne pas être sous l'influence de l'église, commença à se développer. Le duché d'Aquitaine, alors uni à la couronne d'Angleterre, fournit alors les flottes anglaises en clairet. Ce petit vin, d'une couleur rouge légère, fit la fortune de Bordeaux à l'époque car les Anglais en raffolaient. Deux siècles plus tard, le vignoble bordelais prend son véritable essor. Au début du XII ème siècle, le vignoble champenois vit un moment important de son existence grâce à l'établissement de la Grande Charte champenoise. L'évêque Guillaume de Champeaux y confirme les domaines agricoles et viticoles de l'abbaye Saint Pierre aux Monts. Cette charte est considérée comme l'acte fondateur du vignoble de Champagne.

En France, au Moyen âge, tout le monde boit du vin : Les hommes, les femmes et même les enfants ( les enfants de moins de sept ans le coupent avec l'eau, d'où l'expression »mettre de l'eau dans son vin »). Le raisin permet, non seulement de produire le vin mais aussi ses dérivés : La moutarde, le vinaigre, le verjus, les vins de cuisson, les marinades et les sauces. On découvre dans cette exposition dix bonnes raisons de boire du vin, ce vin appelé eau ardente ou encore le lait des vieillards à cause de son effet stimulant. On consomme le vin de diverses manières : en pichet, ou à l'aide du pot de vin (unité de mesure équivalent à un peu plus d'un litre), qu'il soit en terre, en bois de bruyère ou d'aloès, en étain ou en orfèvrerie. Ces pots de vin sont d'ailleurs prétexte à des décorations : On trouve des pots de vin déguisés en barbus, ou avec d'autres motifs variés. Les dressoirs sont des tables servant à exposer ses plus beaux objets précieux dans la salle de repas, comme les coupes ou les cornes à boire (ci-dessous)


 

Peu à peu les goûts évoluent, et l'on délaisse les vins capiteux pour des vins plus légers. Chaque vin doit vendre ses meilleurs atouts et s'imposer commercialement. Le premier classement de crus a lieu en 1224. C'est l'année du siège puis de la prise de La Rochelle par le roi Louis VIII qui s'empare aussi de la Saintonge, du Limousin, et du Périgord (qu'il ravit aux Anglais), mais Bordeaux résiste et prend la place de La Rochelle dans la prédominance du commerce du vin avec l'Angleterre grâce à une charte communale signée avec Londres, par Henri III d'Angleterre. Pendant tout le Moyen âge, la France restera le premier exportateur mondial de vin. Paris et l'Ile de France représentent alors le plus grand vignoble du pays et approvisionnent les provinces du fameux breuvage. Le vin rouge, lui , ne se développe en France et en Europe qu'à partir du XIV ème siècle, blancs et rosés dominant le marché avant cette date. La Cour pontificale d'Avignon jouera à ce sujet un rôle prépondérant: Les vins des papes d'Avignon furent ceux choisis par les neuf pontifes qui choisirent de s'établir dans cette cité , pour approvisionner leur table et celles de la Cour pontificale. Ces pontifes se régalaient des vins de Saint Pourçain et de Beaune (descendant facilement vers le sud par l'axe Saône/Rhône). La consommation moyenne journalière équivalait à deux litres et demi par personne et les pontifes développaient clairement les vignobles dont ils privilégiaient le breuvage. Ainsi Clément V, originaire de Bordeaux et amateur de Clairet, finira par s'établir au pied du Mont Ventoux, à Malaucène, où il fera planter la premier vignoble pontifical. Son successeur, Jean XXII, est à l'origine du vignoble de Châteauneuf du Pape où fut planté, en 1317, le premier vignoble pontifical par ses compatriotes de Cahors. Benoit XII (1334-1342) ,surnommé le Cardinal blanc, décidera de la construction du premier Palais des papes ne garnira sa table que de vins venus de la rive droite du Rhône. Clément VI fera venir pour célébrer son couronnement quinze tonneaux de vin muscat de Languedoc et de Provence ainsi que 24 tonneaux de vin de Saint Pourçain et de Beaune. Éclectique, ce pontife appréciait aussi les vins de Provence et du Poitou. Innocent VI, dès sa montée sur le trône pontifical, promulguera un acte modifiant la date de la procession qui était à l'origine fixée au 21 juillet pour la mettre au 1er mai, et ce, afin de protéger, lors du pèlerinage de Saint Praxède, les vignes de Montfavet, aux portes d'Avignon. Amateur de Châteauneuf (blanc et rouge), il aimait aussi ceux de Pont Saint Esprit, Bellegarde, Rochefort du Gard, Villeneuve lès Avignon et Tavel. Mais fit disparaître de la table pontificale les vins de Saint Pourçain. Urbain V (1362-1370) donnera une nouvelle impulsion au vignoble de Châteauneuf en y faisant planter du raisin muscat. Il signera également un accord avec le Doge de Venise afin de permettre la libre circulation des vins pontificaux dans les ports vénitiens. Son successeur, Grégoire XI, restera fidèle aux muscats de Beaumes de Venise, Velorgues et Carpentras. Clément VII avait une affection toute particulière pour le Châteauneuf du Pape. Enfin, Benoit XIII fut grand amateur de vin muscat de Claira, paroisse située sur le terroir de Rivesaltes.


 

Le livre des Vins constitue à lui seul un des témoignages les plus importants concernant la technique de distillation des vins au Moyen âge. Son auteur, Arnaud de Villeneuve, est l'un des grands noms de la médecine latine médiévale. Médecin, il devra sa célébrité certes aux soins qu'il prodiguera à plusieurs rois et papes, mais aussi à son enseignement à l'Université de Montpellier et à son abondante œuvre en faveur de la réforme de l'église. Le livre des Vins fut rédigé de 1309 à 1311, en Afrique, et dédié à Robert, roi de Naples. Il traite alors des vins artificiels et pharmaceutiques, dont l'eau de vie et l'alcool. Il deviendra un vrai succès d'édition en Europe aux XV ème et XVI ème siècles. L'ouvrage fait en autre l'éloge du vin et de ses mérites sur la santé. Puis décrit les trois procédés par lesquels on produit le breuvage. Une cinquantaine de recettes occupent le reste de l'ouvrage.


 

Le commerce maritime du vin prend une importance considérable en Europe de l'Ouest. Gascogne, Aunis et Saintonge font provenir leurs vins en Flandre tandis que la Guyenne commerce avec l'Angleterre. Dans la deuxième moitié du XIV ème siècle, durant la Guerre de cent ans, on compte jusqu'à 200 navires marchands faisant le trafic du vin entre Londres et Bordeaux. La seconde moitié du XVI ème siècle, la culture de la vigne va souffrir de la famine de 1566, lors de laquelle Charles IX ordonnera l'arrachage des vignes pour cultiver du blé. On vend le vin en barriques entre provinces et états et se vend au détail en ville dans des tavernes ( comme cette taverne « Au Pot d'étain » de la tour, ci-dessous). Un balai, une couronne de laurier avec des pampres (tiges de vignes) entrelacées au-dessus de la porte indiquent qu'on peut acheter et boire du vin à cet endroit. Le prix du breuvage est annoncé par un crieur public ou bien devant la taverne par un employé invitant les passants à déguster le vin nouveau. Tout propriétaire de vignes peut alors ouvrir une taverne moyennant le paiement de droits. Cela est un bon moyen pour se débarrasser du surplus de ses caves. Ainsi, le clergé et ses moines mis aussi la noblesse s'accorderont-ils le droit de vendre leurs vins au détail, sans concurrence aucune. Ce droit de « banvin » restera en vigueur dans notre pays jusqu'au XVII ème siècle.

 

 

INFOS PRATIQUES :

 


  • Exposition « Le Vin au Moyen âge », jusqu'au 11 novembre 2012, à La Tour de Jean sans Peur, 20 rue Etienne Marcel à Paris (2è). Métro : Etienne Marcel. Tel : 01 40 26 20 28. Ouvert du mercredi au dimanche, de 13h30 à 18h00. Droit d'entrée : 5€.












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