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Les Châteaux Frontaliers (Portugal)
Heure locale

Lundi 24 septembre 2012

 

C'est aujourd'hui que commence ma deuxième semaine au Portugal. Après la route du Porto hier, je vous emmène du côté des châteaux frontaliers. Vous le savez, le Portugal fait frontière avec l'Espagne et les invasions espagnoles furent nombreuses, sans parler des troupes napoléoniennes qui déferlèrent aussi par le nord. Il fut donc nécessaire de construire une sorte de « ligne Maginot » dans cette partie du pays, qui permettait d'observer de loin les assaillants potentiels et d'organiser ainsi la contre-offensive. Pour les premiers rois du Portugal, la défense des frontières était une priorité. Et de nombreux châteaux furent bâtis sous le règne du roi Denis de Portugal, sixième roi du pays à partir de 1279. Ce roi fut un bon roi pour le Portugal:A son arrivée sur le trône, le pays était en conflit ouvert avec l'église catholique romaine, conflit que Denis tenta de résoudre en signant un traité avec le Pape Nicolas III. La Reconquista était terminée et Denis s'avérera être un roi administrateur et pacifique malgré quelques conflits avec la Castille. Il s'efforcera de continuer l'action de son père mais aussi d'aider les plus pauvres en créant notamment des fondations de charité. C'est lui qui signera le premier traité de commerce avec l'Angleterre en 1308 et fondera la marine marchande portugaise. Il institua aussi la première réforme agraire du pays et encouragera l'exploitation des minerais et leur exportations vers l'étranger. Ce roi-là aimait aussi la littérature et la poésie. Mais comme on dit, « si tu veux la paix,prépare la guerre », Denis Ier avait compris qu'il était nécessaire de prévoir une ceinture défensive pour faire face aux Espagnols en cas de besoin, vu la fréquence répétée des invasions à cette époque. Les châteaux étaient en permanence assiégés, détruits puis reconstruits. La Serra de Marofa est une zone aride,rocheuse et désertique (ci-dessous) mais offre des promontoires se prêtant à ce genre de constructions.


 

Je quitte Vila Real à 8h30 car la route est longue pour se rendre dans la région de Guarda. Je dois d'abord prendre la direction de Viseu, puis Guarda, et enfin emprunter la route des châteaux frontaliers. Par gain de temps, j'emprunte à nouveau l'autoroute et, pas de chance, il s'agit encore d'une autoroute à péage électronique. Il a plu une bonne partie de l'après-midi hier à Vila Real et je sens bien que la température s'est ce matin nettement rafraichie. Je supporterai facilement la gabardine que j'avais glissé dans mes bagages. Le temps est couvert et je me demande s'il va pleuvoir. Finalement, le soleil prendra le dessus en cours de journée. Sur la route, les portugais sont toujours aussi fous, voire dangereux lorsqu'ils vous « serrent » de trop près en vous doublant alors qu'ils disposent de tout l'espace nécessaire. De temps à autre, j'aperçois des groupes d'éoliennes au sommets des montagnes traversées. Le vent doit souffler avec vigueur par gros temps à cet endroit...Je n'ai malheureusement guère le temps de profiter des paysages qui, pourtant, défilent sous mes yeux. Je remarque tout de même une succession de végétations différentes, des arbres qui ont parfois souffert de l'incendie. Il y en a encore eu plusieurs dans le pays hier... mais ma promenade reste magique lorsque je croise au détour d'un hameau un convoi fièrement conduit par une chèvre (ci-dessous). Vous avez dit pittoresque? Ma première halte sera Pinhel et son château (deuxième photo ci-dessous). Celui-ci consiste désormais en deux tours préservées qui s'élèvent sur les hauteurs de cette petite ville. En grimpant au sommet de l'une d'entre elles, je comprends mieux pourquoi Pinhel servit de pivot pour le réseau de forteresses dans la région depuis l'époque romaine, assumant ainsi un rôle de premier plan dans la reconquête chrétienne comme l'affirme la Charte de Pinhel qui sera suivie par la construction de la forteresse. C'est le Roi Denis qui en fera une citadelle imposante. En fait entre la fin du XII ème et le début du XIII ème, ce sont six tours carrées qui sont érigées. La charte de Dom Manuel conforte cette position en 1510. En cherchant bien, on retrouve ces six entrées surmontées d'arcs: Les portes de Vila, de Santiago, de Marrocos, de San Joao, de Alvacar et de Marialva. Sous le règne du roi Denis, le mur d'enceinte sera fortifié puis l'ensemble subira à nouveau des améliorations durant la Guerre de Restauration. La forteresse, construite sous la forme ovale dénote d'un style manuélin ( comme le démontre la présence de la fenêtre sur la deuxième photo ci-dessous). Je rencontre une hôtesse qui est chargée d'accueillir les visiteurs dans une des deux tours mais elle n'a aucune documentation historique à me proposer et je devrais une fois de plus me débrouiller seul avec internet. L'endroit est chauffé (heureusement pour elle!) et permet de monter sur la terrasse afin d'apprécier le point stratégique. De là, on pouvait effectivement observer de très loin les positions ennemies. Ce château est par ailleurs classé monument national depuis 1950 et reste le plus grand château longeant la rivière Côa ( qui vient alimenter le Douro).


 

La ville de Pinhel reçut sa charte du roi Sanche Ier en 1209. Outre son château, elle offre une cathédrale et plusieurs églises. A une vingtaine de kilomètres seulement se trouve Figueira do Castelo Rodrigo, ma prochaine étape: Cette commune remonte à plusieurs siècles puisqu'elle reçut aussi sa charte en 1209. Ses maisons, ses paysages et ses nids de cigognes, sans parler de l'odeur enchanteresse des fleurs d'amandiers en février et en mars) rendent l'endroit attractif. Son église de style baroque (ci-dessous) et sa fontaine ancienne sur la place font partie du patrimoine local auquel on peut rajouter le couvent de Santa Maria de Aguiar, la Tour de Almofala et le pont Barca de Alva. Mais aujourd'hui, c'est le château ( ou plutôt ses vestiges) que je suis venu voir (deuxième photo): Le territoire de Riba-Côa fut occupé dès le Paléolithique d'où l'existence de vestiges mégalithiques, romains et arabes. Ce lieu fut incontournable dans la reconquête chrétienne comme le montre le rôle des moines fondateurs de l'ordre S.Juliao do Pereiro ainsi que des moines de Santa Maria de Aguiar, venus de Zamora. Les Arabes conquirent la place au XI ème siècle, puis le village fut repris par Afonso IX avant d'être définitivement intégré au royaume le 12 septembre 1297 par le Traité d'Alcanizes. C'est le roi Denis qui le signa et exigea le repeuplement du village et la reconstruction du château. Enfin, Dom Fernando répétera l'opération en 1373 en lui concédant une charte.


 

Castelo Rodrigo est entouré par une muraille composée de 13 pavillons (semblables à ceux d'Avila) dont il ne subsiste que quelques-uns. Et la promenade ronde est parfois interrompue par la construction de maisons ici et là. Il est construit d'après un plan médiéval depuis la citadelle et s'adapte à la topographie. Ses vieilles rues offrent des maisons anciennes (ci-dessous), certaines de style manuélin, d'autres de style arabe. Le village se trouvant sur le chemin de Compostelle, les moines hospitaliers venus de France au XIII ème siècle érigèrent l'église de N.D de Rocamadour. Bien plus tard, eut lieu ici, entre autres batailles, la bataille de Castelo Rodrigo, le 7 juillet 1664, qui se déroula entre les forces espagnoles et portugaises dans le cadre de la Guerre de Restauration: Dans un esprit de vengeance, une armée de 5000 hommes menée par le Duc d'Osuna et équipée de 95 pièces d'artillerie força l'entrée de la frontière portugaise et mit le siège devant la ville où ne se trouvait alors qu'une petite garnison de....150 hommes! Dans l'urgence, Pedro Jacques de Magalhaes vola au secours de la cité et une bataille s'ensuivit non loin de là à Salgadela, bataille qui repoussa les Espagnols et l'on dit même que le Duc d'Osuna se serait échappé en de déguisant en moine, mais abandonnant derrière lui un butin précieux et des documents de première importance. Aujourd'hui, le château a bien perdu de sa grandeur. Seul quelques vestiges demeurent, certes réaménagés, au milieu d'une ville désertée (deuxième photo). Même le superbe palais de son seigneur, Cristovao de Moura, qui avait pactisé avec les Espagnols, fut incendié à la Restauration, en 1640.


 

Je prends maintenant la route d'Almeida. Je croise sur ma route un pauvre âne qui ferait hurler Brigitte Bardot tant il ne lui reste que la peau sur les os (ci-dessous).Puis j'aperçois bientôt l'imposante fortification en forme d'étoile à douze branches (deuxième photo). Je me gare au pied d'une des portes d'entrée de cette bourgade frontalière fortifiée et que vois-je? Un camping-car immatriculé en 29. Ce sont deux couple de Finistériens originaires de Portsall qui font relâche au pied de remparts qui auraient pu être ceux de Saint Malo. Vauban est passé par là ou plutôt son génie a inspiré cette construction fortifiée réalisé en 1641 par Antoine Deville, après que Philippe IV d'Espagne eut détruit les défenses protégeant la ville et son château médiéval. Ngénieur militaire français, Antoine Deville renforça plusieurs places françaises dont Montreuil sur Mer et défendit les places fortes de Picardie contre les Espagnols. Il rédigea en 1628 Les Fortifications, ouvrage qui influença Vauban . On lui attribue aussi une grande partie de la construction de la machine de Marly. Par le traité d'Alcanices signé en 1297, les Espagnols avaient pourtant reconnu l'appartenance d'Almeida au Portugal, ce qui n'empêcha pas de nouvelles incursions... Malgré l'œuvre d'Antoine Deville, Almeida allait redevenir espagnole en 1762. Puis, pendant la guerre napoléonienne, la ville passa alternativement entre les mains des Francais et des Britanniques. En 1810, un obus français qui toucha la poudrière embrasa la ville et détruisit le château. De nos jours, on peut visiter les casemates et un arsenal présente des souvenirs du passé militaire d'Almeida. Je me promène en voiture à l'intérieur de cette cité qui me paraît bien calme, voir déserte. Les Bretons m'avaient prévenu: Il n'y a aucune enseigne aux portes des magasins et c'est ma foi vrai! Je ne trouverai jamais l'office du tourisme (pourtant signalé sur un plan à l'entrée de la ville) ni aucune autre boutique de souvenir. Ne serait-ce pas un nouveau moyen de dissuasion pour brouiller d'éventuelles assaillants?


 

Dernière étape de mon périple des châteaux frontaliers: Castelo Mendo. Après avoir été à la tête d'un comté important, cette cité est désormais une ville-musée. Sa porta Vila (en photo ci-dessous) nous fait pénétrer dans un village totalement préservé avec ses ruelles pavées et ses maisons pleines de cachet (deuxième photo). Mais au-delà de cette porte principale, il ne reste que peu de chose de l'ancien château dont l'emplacement explique aisément l'importance stratégique (troisième photo). A cet endroit vivaient déjà des hommes bien avant l'arrivée des Romains et des poteries et des pièces de monnaie sont là pour témoigner du rôle économique important que joua jadis Castelo Mendo (qui reçut sa charte en 1229). Son château assurait alors la défense de la rive gauche de la rivière Côa. Le roi Denis renforça le rôle stratégique de l'endroit en en renforçant ses défenses, pour mieux vaincre les incursions depuis la Castille.


 

 

INFOS PRATIQUES:

 


  • Pour régler vos péages électroniques, il vous faut laisser passer DEUX jours avant de vous présenter dans un bureau de poste et de donner l'immatriculation de votre voiture. L'employé des postes fait le reste et calcule le montant des péages dus ainsi que la commission (j'ai payé 1,37€ ce matin pour régler 6,10€ de péages) pour frais administratifs. Un récapitulatif exhaustif vous est remis. Gardez le surtout!

  • Commune de Pinhel: http://www.cm-pinhel.pt/Paginas/default.aspx

  • Commune de Figueira de Castelo Rodrigo: http://www.cm-fcr.pt/Paginas/default.aspx

    Office du tourisme ouvert tous les jours de 9h30 à 12h30 et de 14h00 à 18h00. Tel (351) 271 311 277.

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    Commune d'Almeida:
    http://www.cm-almeida.pt/Paginas/default.aspx
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