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Le Palais national de Sintra (Sintra, Extrémadure, Portugal)
Heure locale

Dimanche 7 octobre 2012

 

Un peu dépité par mon passage dans le sud du Portugal, je quitte cette région pour remonter vers Lisbonne. Là-bas, Sintra répondra davantage à mon besoin culturel. Je pars tôt mais ne tarde pas à être rattrapé par les fous du volant. Rien ne m'aura été épargné aujourd'hui: Queue de poisson, doublement en ligne continue, bref, la totale! Le temps est beau sur la route, parfois brumeux par endroits sur les hauteurs. Lors de mon arrivée près de Sétubal, la circulation est dense, les automobilistes foncent et ne se font pas de cadeau. Beaucoup de gens sont de sortie en ce dimanche radieux et je m'en rendrai vraiment compte à mon arrivée à Sintra: Trente minutes bloqué dans un embouteillage à l'entrée de la ville, et une belle galère avant de trouver un endroit où stationner... Sintra a beaucoup de charme, et est classé au patrimoine culturel de l'humanité par l'UNESCO depuis 1995, dans la section paysage culturel. Autant de raisons qui provoquent un afflux de tourisme (et de voitures!) dans cette petite cité qui n'est pas conçue pour cela. En effet, Sintra ne compte que 35000 habitants environ mais était déjà habitée au II ème siècle par une population romaine et appartenait à la ville d'Olisipo, la future Lisbonne.


 

Après 711, la cité est intégrée dans l'émirat puis le califat de Cordoue, dans une région nommée Gharb Al Andalus. Des textes géographiques la citent en tant que dépendance de Lisbonne et principal centre urbain après Santarem. Nous sommes alors au XI ème siècle. La construction d'un fort en hauteur fut motivée par la surveillance nécessaire des côtes après le raid des Vikings au IX ème siècle. Deux des principaux monuments de la cité, le Château des Maures et le Palais national tout comme d'ailleurs la ville elle-même datent de l'époque musulmane. En 1147, Alphonse Ier met la main sur Sintra tout comme sur le reste de la région, aidé par une armée de croisés anglais et flamands. C'est le début d'une époque qui va voir la construction de nombreux monastères et couvents dans la Serra environnante. Le XV ème siècle va attirer de nouveaux occupants de l'aristocratie lisboète qui feront construire plusieurs villas sur place car le Palais de Sintra (que je vais visiter aujourd'hui, sur la photo ci-dessus) devient l'un des principaux lieux de villégiature de la cour portugaise. Plus tard, en 1808, c'est là que sera signée la convention rétablissant la paix après l'invasion du pays par les troupes françaises. La cité devient alors l'un des hauts lieux de l'architecture romantique, et le poète anglais Lord Byron y fait de nombreux séjours. Tandis que le Prince Ferdinand de Saxe Cobourg-Gotha de Bavière reprend les ruines de l'ancien monastère de Notre Dame de la Pena (qui avait été édifié en 1503) et y fait construire le Palais de la Pena qui intègre les styles gothique,manuélin,maure et Renaissance. Un parc y est aussi aménagé avec des essences rares et exotiques, ce qui accroit l'engouement pour Sintra. Comme quoi, cette affluence ne date pas d'aujourd'hui...


 

Je choisis donc de me rendre au Palais de Sintra. Situé au cœur de l'ancinne ville, on remarque d'abord deux étranges cheminées coniques qui dominent le paysage et le Palais royal. Ces cheminées jumelles, uniques en leur genre sont celles de la cuisine du Palais (ci-dessus), cuisine un peu en retrait de celui-ci et qui fut bâtie sous le règne de Jean Ier du Portugal. Il en était ainsi pour des raisons de sécurité (risque d'incendie par exemple). Cette cuisine, toujours fonctionnelle 600 ans après sa construction, est utilisée lors de banquets officiels organisés dans le Palais. La cuisine est encore aujourd'hui alimentée en eau provenant des sources de la montagne environnante.

Mais revenons à ce Palais dont la partie principale, avec le bloc central à la sobre façade gothique fut érigée par Jean Ier à la fin du XIV ème siècle, sur un site qui fut autrefois occupé par les Maures. Appelé aussi Paço Real il fut la résidence d'été favorite des rois du Portugal jusqu'en 1880 environ. C'est le géographe arabe Al-Bacr qui mentionne son existence pour la première fois au X ème siècle. Ce lieu, contrairement au château, ne fut pas bâti pour exercer des fonctions défensives mais bel et bien pour servir de résidence aux maires arabes de Lisbonne d'autrefois. Et c'est après la reconquête de la ville par le roi Dom Afonso Henriques en 1147, que le Palais deviendra la résidence des rois, huit siècles durant (jusqu'à la mise en place de la République en 1910).


 

Unique survivant des palais moyenâgeux, celui-ci se développa du nord vers le sud, ce qui explique les ajouts successifs qui eurent lieu sous le règne du roi Denis. Jean Ier, lui, avait articulé la construction de l'édifice( comme décrit par son fils le roi Duarte) autour d'une cour centrale. A vrai dire, ce palais est un ensemble de trois bâtiments, ce qui explique la circulation un peu compliquée à l'intérieur de l'ensemble. Je déambulerai ainsi de couloirs en escaliers et d'escaliers en couloirs pour visiter une douzaine de pièces ou de lieux , alors que l'endroit en contient plus de trente. L'organisation des visites fait en sorte de « baliser » l'itinéraire pour les visiteurs. Un itinéraire qui ouvre ( ou ferme) sans préavis tel ou tel accès à la visite. C'est ainsi. Je commence la visite par la salle des cygnes (en photo ci-dessus): Surnommée également la Grande salle du Palais, par le roi Jean Ier, c'est la plus grande salle du lieu qui recevra le nom de Salle des Infantes sous le règne de Manuel Ier. Cette salle souffrit beaucoup du séisme de 1755 et fut reconstruite à l'identique. Son plafond (deuxième photo ci-dessus) est remarquable. Le Palais est vraiment magnifique et offre de voir des collections de meubles, de peintures, de céramiques et de tissus datant du XV ème au XIX ème siècle.


 

J'entre ensuite dans la salle des Pies (photo ci-dessus). Première antichambre datant du XV ème siècle , ce lieu servait de Hall des Princes sous le roi Duarte et permettait d'accueillir les notables. Il suffit d'observer attentivement la peinture du plafond pour remarquer la présence de pies portant dans leur bec la devise de Jean Ier, »Por Bien ». Puis j'arrive dans la chambre de Dom Sébastien, érigée au début XV ème fin XVI ème (deuxième photo ci-dessus). Une autre salle est remarquable: La salle arabe (ci-dessous). Celle-ci fit office de chambre pour le roi Jean Ier, endroit de style mudéjar mélangeant des azulejos réalisés avec des techniques différentes début XVI ème avec le style manuélin des portes. Juste à côté de cette pièce se trouve la chambre des invités (deuxième photo ci-dessous) qui fut une autre chambre de Jean Ier, sa pièce intime par excellence, qui lui servait à la fois comme chambre, oratoire et pour se vêtir.


 

Je traverse bientôt le jardin de Diana( appelé ainsi à cause de sa fontaine de style Renaissance) puis accède à la salle des Galères (ci-dessous), dont la construction est à cheval entre les XVI ème et XVII ème siècles. Les azulejos, eux, furent rajoutés au XVII ème. Comme son nom peut le laisser imaginer, cette salle est décorée avec des paysages maritimes, galères et nefs. Cette salle bénéficie aussi d'un accès sur le jardin des Princes, un des seuls lieux qui donne une vue directe sur la salle des Blasons (deuxième photo). Cette superbe salle, peut être la plus impressionnante, se trouve dans l'ancienne Tour de la Mecque et fut bâtie sous le règne de Manuel Ier. Les plafonds (troisième photo) sont entièrement faits en bois sculpté et doré et offrent d'admirer les armoiries de 72 familles nobles portugaises. On remarque aussi dans cette salle de grandes fresques en azulejos qui furent rajoutées aux XVII-XVIII èmes siècles.


 

Moment émouvant, voici maintenant la chambre prison du roi Dom Afonso VI (ci-dessous) où le monarque vécut durant neuf années, alors prisonnier de son frère Dom Pedro II, avant d'y mourir en 1683. Je remarque le sol fait de mosaïque arabe unique datant du XV ème. Je terminerai cette visite par la Chapelle Palatine (deuxième photo ci-dessous) qui fut fondée par le Roi Denis et redécorée par Manuel Ier. Celle-ci présente un plafond décoré avec une influence islamique certaine. On remarque aussi des fresques murales représentant des colombes ainsi que des azulejos.


 

D'autres photos de cette visite sont disponibles sur l'onglet Médiathèque, album Europe: Vous y découvrirez d'autres salles comme la salle chinoise qui servit de chambre à Jean Ier avant que ne soit bâtie l'extension de l'édifice au début du XV ème, et qu'on appelle ainsi à cause de la pagode chinoise en ivoire qu'y s'y trouve et qui date du XVIII ème siècle. La Salle Jules César, avec sa tapisserie flamande du XVI ème siècle décrivant une scène de vie romaine. Ou encore la salle des coffres, endroit où l'on entreposait les coffres contenant argent, métaux précieux et pierres précieuses. Et enfin, cette magnifique salle manuéline (ci-dessous) qui fut bâtie sous Manuel Ier. Le Palais de Sintra, un moment d'histoire assurément!


 

 

INFOS PRATIQUES:

 


  • Palais national de Sintra, Largo Rainha D.Amélia à Sintra. Tel:(351) 219 106 840. Ouvert tous les jours de 9h30 à 17h30 (excepté le mercredi). Entrée: 9 €. Photos sans flash autorisées. Site internet: http://www.parquesdesintra.pt

  • A ESQUINA, boutique de souvenirs située Praça da Republica, 20 à Sintra. Peintures faites main signées par des artistes, céramiques portugaises. La patronne est très gentille et prend le temps de vous aider si vous êtes, comme moi, un peu perdu dans cette ville. Tel: (351) 219 233 427

  • Office du tourisme, Praça da Republica, 23 à Sintra. Tel:(351) 219 236 920.

  • Site internet: http://www.sintraromantica.net












 



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