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Saint-Malo, Cité corsaire (Ille et Vilaine,France)
Heure locale

Samedi 27 octobre 2012

 

On l'appelle Saint Maclou, ou encore Saint Malo , dit aussi Malo d'Aleth. Il serait né dans l'actuel comté de Glamorgan (Pays de Galle) et serait décédé à Archingeay (Saintonge) et aurait été l'un des sept saints fondateurs de la Bretagne Soraya et moi débarquons cette fois dans cette ville qui demeure l'une des étapes du pèlerinage médiéval de ces sept saints, et un peu plus de deux semaines avant l'anniversaire de ce saint (fêté habituellement le 15 novembre): Saint Malo. Petite escapade d'un weekend ou retour aux sources? Les deux bien sûr, puisque j'y ai jadis effectué mes études secondaires. Saint Malo ( le Saint), lui, atteindra l'île de Cézembre (toute proche), au VI ème siècle, après sept années de navigation sur la Manche, depuis les Pays de Galle et répondra ainsi à l'appel de Dieu qui souhaitait son exil. En ce qui nous concerne, nous choisissons le TGV, plus rapide, ne mettrons qu'un peu plus de trois heures pour atteindre la Cité corsaire depuis Paris-Montparnasse, et ne répondons qu'à l'appel du large.

Station balnéaire de renom, rassemblant quelques 50 000 Malouins et Malouines ( et 200 000 âmes en été), cette cité attire toujours autant de monde et nous aurons beaucoup de mal à trouver un hôtel abordable près du centre historique, d'autant plus que ce weekend, se déroule le Festival de la BD, Quai des Bulles ( voir les infos pratiques). Soraya et moi nous y rendons pour prendre un bol d'air frais, redécouvrir ces paysages qui font de Saint Malo une ville aussi attirante et en goûter les saveurs (infos pratiques).


 

L'agglomération de Saint Malo apparut donc dès le 1er siècle avant notre ère sur la presqu'île d'Aleth dans un quartier qui porte le nom de Cité d'Aleth. L'ancienne cité gallo-romaine entourée d'une enceinte à la fin du III ème siècle servit de siège d'une garnison militaire et comprenait la station portuaire de Reginca ( d'où le nom de la rivière La Rance). Au VI ème siècle, le moine Malo y débarque et devient l'évêque d'Aleth. En 1145, un autre évêque, Jean de Chatillon, obtint du Pape le transfert du siège épiscopal d'Aleth à Saint Malo. La ville prendra ainsi l'image d'une cité maritime attractive, grâce à sa situation exceptionnelle, son droit d'asile étendu à toute la cité, et son port de marée séparé e la mer par l'isthme du Sillon. Elle restera longtemps sous l'autorité de l'évêque et des chanoines de la Cathédrale Saint Vincent mais élira son premier maire en 1308, suite au mécontentement des habitants: Les fortifications sont alors en trop mauvaise état. La Guerre de Cent ans verra une guerre de succession au duché et Saint Malo sera de plus en plus réfractaire aux Ducs bretons, amis des Anglais. Le Pape cédera la cité au roi de France Charles VI en 1395 avant que le Duc Jean V ne la reprenne vingt ans plus tard. A cette époque, la présence, non loin de là, des îls anglo-normandes facilite les actes de piraterie, et pourtant, Saint Malo reste encore aujourd'hui célèbre en tant que...cité corsaire! Pirates? Corsaires? A vrai dire, les premiers se livraient à des actes de pillages pour leur propre compte tandis que les seconds étaient officiellement autorisés à « courir » sur les navires ennemis au moyen d'une lettre de marque délivrée par le souverain.


 

Après la défaite des Bretons à Saint Aubin du Cormier en 1488, Saint Malo dut se rendre aux Français et fut rattachée une fois pour toutes à la France. Cependat, la Duchesse Anne de Bretagne, mariée successivement aux rois de France Charles VIII et Louis XII, entendra conserver de son vivant ses droits sur l'ancien duché de Bretagne. Elle fera ainsi poursuivre la construction du château avec la grosse tour surnommée Tour de Quic en Groigne, en souvenir de l'opposition malouine contre son édification. La fin du XV ème et le début du XVI ème siècle verront un développement impressionnant des activités maritimes puis des voyages de découverte. On embarque déjà pour Terre-Neuve, puis pour le Brésil et c'est en suivant cette route nord-est que Jacques Cartier découvre le Canada en 1534.

L'avènement du roi Henri IV, protestant, provoque la prise du château par les Malouins eux-mêmes, en 1590, qui s'érigent en république pendant plus de trois années jusqu'à ce que le roi devienne...catholique! C'est de cette époque que date la devise Malouin Suis (on ajoutera beaucoup plus tard: Ni Français, ni Breton, mais la devise officielle de la ville est Semper Fidelis, toujours fidèle, Sin macula,sans tâche).

L'économie maritime explose aux XVII ème et XVIII ème siècles: Saint Malo s'enrichit grâce à la morue de Terre-Neuve et à la vente des toiles de bretonnes sur les marchés méditerranéens. En échange, elle reçoit denrées et argent. Et fait appel à ces « Messieurs de Saint Malo ». Bientôt, les Malouins s'engage massivement dans la guerre de course durant la guerre de Hollande (rien à voir avec le Président actuel!) puis durant la guerre de la Ligue d'Augsbourg. C'est lors de cette dernière que le jeune René Trouin , sieur du Gué (dit Duguay Trouin) effectue ses premiers embarquements. Dans le même temps, Vauban projette de faire de la ville un port de guerre et l'ingénieur Siméon de Garengeau est chargé d'en fortifier les abords. La Guerre de succession d'Espagne voit l'ouverture d'une nouvelle route passant par le Cap Horn permettant l'acheminement du commerce français jusqu'aux mers du sud. C'est de là que viendront les fabuleuses cargaisons d'argent du Pérou, à l'origine de « l'âge d'or » de la cité. Saint-Malo sous-traite alors avec la Compagnie des Indes Orientales pour importer le café de Moka (Yémen), et créera même une Compagnie des Indes Orientales de Saint Malo. Duguay Trouin s'empare alors de Rio de Janeiro et Mahé de la Bourdonnais, de Madras. Ce sont toujours les Malouins conquérants qui s'empareront bientôt de l'Ile Maurice au nom du roi de France et qu'ils baptiseront « Ile de France ».


 

Les armements corsaires prennent définitivement fin en 1815 et Robert Surcouf entre en scène: Embarqué dès l'âge de treize ans, il devient capitaine-marchand à 20 ans et pratique la traite des Noirs pour le compte des planteurs de l'Ile de la Réunion. Il se lance dans la course contre les navires anglais dès 1795 puis acquiert une réputation de redoutable corsaire en faisant des prises exceptionnelles. A partir de 1815, il devient l'un des plus riches armateurs de Saint-Malo où il finit ses jours à l'âge de 54 ans. La transformation du port de marée en bassins fut le grand projet du XIX ème siècle. Le tourisme balnéaire suivra avec l'agrandissement de la ville aux communes voisines de Paramé et de Saint-Servan. Saint-Malo est l'une des rares cités à avoir conservé intacte son enceinte de remparts. Qui aurait pu imaginer qu'elle serait une cible privilégiée par la voie des airs? Ce fut le cas en août 1944 lors des combats de la libération: 80% de la cité historique furent détruits par des tirs de l'artillerie et par le souffle des projectiles mais l'enceinte des remparts, elle, résista et donna l'idée au maire Guy La Chambre d'une reconstruction de la ville à l'identique. En 1967, Saint-Malo allait enfin prendre sa forme actuelle avec la fusion de Paramé et de Saint Servan.

Soraya et moi prenons le TGV à la Gare Montparnasse, vous savez ce train à grande vitesse dont s'enorgueillissent les Français mais qui est loin d'être le plus confortable du monde pour celui qui a franchi nos frontières. Il a surtout l'avantage de nous conduire cette fois à l'heure et directement jusqu'à Saint-Malo et sa gare, refaite il y a déjà quelques années. Notre hôtel est éloigné de la cité historique ( à 40 minutes de marche de la gare) mais confortable et silencieux. L'air est vif et tonique. Il y a quelque chose d'indéniable chez le malouin:Sa gentillesse.


 

Notre séjour nous offre l'occasion de grandes ballades sur la plage du Sillon, afin de nous rendre dans la vieille ville historique entourée de ses remparts légendaires. Nous visiterons ainsi la demeure d'un corsaire, Monsieur Magon de la Lande, demeure qui fut érigée entre 125 et 1729, rue d'Asfeld. Cette grande maison, (59 pièces sur huit niveaux, 12 escaliers et 29 cheminées) était surtout un lieu de travail où l'on recevait les clients acheteurs des marchandises rapportées par la vingtaine de navires du navigateur. La visite des lieux est assurée par un cousin de l'armateur et par son épouse. On y apprend entre autre que la demeure, désormais classée monument historique, possède deux entrées, un entrée de service utilisée quotidiennement et une cour d'honneur qui servait à recevoir les invités ou hôtes de prestige. De la terrasse de la maison, Magon de La Lande pouvait surveiller, par-dessus les remparts, ses navires échoués sur la plage. La visite nous permet de plonger dans l'histoire de la ville à l'époque des corsaires et est fort enrichissante:On y explique comment on récupérait l'eau de pluie (Saint-Malo, construite sur un rocher ne possédait pas de sources) et comment on stockait les marchandises dans des caves dépourvues d'humidité grâce aux remparts étanches et à un savant système de soupiraux qui permettaient d'aérer les sous-sols en continu et ce, afin d'assurer la bonne conservation des précieuses marchandises (épices, tissus, porcelaines...). Marchandises qui étaient transférées depuis la rue jusqu'aux caves par palan. Les marchands supportaient déjà à l'époque la taxation des biens vendus et développaient deux systèmes de vente: La vente officielle dans une pièce prévue à cet effet. Les autres transactions officieuses se déroulaient dans une autre pièce située au-dessus de la cuisine, à l'abri des regards. On y accédait par un étroit escalier de pierre accessible par un faux placard. On découvre également que la demeure est reliée à ses voisines par un souterrain permettant d'échapper aux contrôleurs du Roi. La demeure de Magon de La Lande ayant servi de prison sous la Révolution vit ce souterrain comblé par des tonnes de remblais qui sont actuellement patiemment déblayées par le propriétaire actuel.Devant la convoitise de tant de marchandises, la ville instaurait un couvre-feu dès 22 heures. La cloche Noguette , qui sonne tous les soirs depuis 1155, laissait quatre minutes aux habitants pour rejoindre la ville fortifiée avant que les portes de celle-ci ne se referment et que 24 dogues affamés (de 80 à 90 kilos chacun) ne soient lâchés pour patrouiller sur les plages entourant la cité afin de dévorer d'éventuels pilleurs.


 

Lors de la visite, on apprend aussi qu'en temps de paix, les armateurs malouins commerçaient abondamment avec l'étranger (notamment l'Angleterre). Lorsque le Roi décidait de faire la guerre, l'activité de ces armateurs étaient subordonnée à l'obtention d'une lettre de marque (autorisation) qui permettait alors de faire la Guerre de course. L'amateur devenait alors corsaire. Une lettre de marque était nécessaire pour chaque navire, et était détenue par chaque capitaine qui la conservait précieusement à l'intérieur d'un coffre (ci-dessous). La règle de cette course était simple: Le bateau qui parvenait à arracher le pavillon de l'autre était déclaré vainqueur. Les hommes du navire perdant étaient faits prisonniers ( pourvu que celui-ci soit détenteur d'une lettre de marque) et plus tard échangés contre d'autres prisonniers de la partie adverse. Le butin tombait entre les mains des vainqueurs: Le Roi s'arrogeait 20 à 40% de la prise, puis le reste était partagé entre les blessés et les morts de l'expédition (les familles touchaient alors une sorte d'assurance vie), puis le capitaine et son équipage se partageaient le reste.


 

Un autre homme, Jacques Cartier, fit les beaux jours de la cité malouine. Il reste toujours aujourd'hui son manoir transformé en musée, dans les environs de Rothéneuf ( ci-dessous). A l'époque, on possédait souvent une maison dans la ville fortifiée mais l'air de celle-ci étant insalubre, les gens fortunés (comme les armateurs) disposaient d'une malouinière ( maison de campagne sur le front de mer à quelques kilomètres de là) (deuxième photo ci-dessous). Soraya et moi nous rendons au Manoir de Limoëlou et découvrons une exposition temporaire qui relate la vie des Amérindiens à l'époque de Jacques Cartier, puis les différentes tentatives françaises de conquête du Canada (à partir de 1541). Un film, d'une durée de dix minutes, décrit dans le détail les trois voyages successifs du célèbre découvreur. D'autres personnages sont évoqués comme le malouin François Dupont-Gravé, et Samuel de Champlain ( avec l'évocation de la fondation de la ville nouvelle de Québec en 1608). La visite débute par un exposé sur les différentes phases de construction du manoir: Autrefois simple ferme ( au XV ème siècle), celui-ci verra le rajout d'une tourelle puis d'un autre pan de maison (jusqu'au XIX ème). Jacques Cartier s'installe dans les lieux après son troisième voyage au Canada et en fait sa résidence secondaire. Il y mourra en 1557. L'endroit redeviendra temporairement une ferme avant d'être repris par les neveux du découvreur. Il est depuis peu devenu la propriété de la ville de Saint-Malo. Pour la petite histoire, Limoëlou signifiait Petit tertre où rien ne pousse. Battu par les vents, la terre environnante n'offrait pas les conditions idéales pour l'agriculture. A l'étage, on pénètre d'abord dans la pièce principale, meublée à l'identique, et notre guide nous explique la vie de Jacques Cartier à l'intérieur de ces murs et l'usage des différents meubles et objets s'y trouvant. On y aborde la carrière du grand homme puis sa disgrâce ( lorsque celui-ci, croyant avoir découvert des diamants au Canada, ne ramènera au final que du mica au Roi de France). Il ne m'est malheureusement pas possible de prendre des clichés à l'intérieur de la maison mais l'endroit vaut la peine d'être visité. Une chambre d'ami offre de voir plusieurs cartes du monde tracées à des époques différentes ainsi que plusieurs instruments de navigation. Au rez-de-chaussée, une vaste cuisine datant du XV ème siècle est située à côté de l'ancienne écurie et bénéficie d'une cheminée. Une grosse poutre maitresse d'origine (d'il y a 500 ans) traverse la pièce, tandis que différents objets usuels nous sont présentés. La pièce voisine,elle, servait de salle commune. Celle-ci servait à recevoir les hôtes. Le sol en terre battue de la cuisine a laissé la place à un sol constitué de dalles de pierre de Bourgogne. On y aperçoit un coffre de mariage ( Jacques Cartier s'était marié à Catherine Desgranges) ainsi qu'un fauteuil de maitre dont on nous conte l'histoire. Un bond dans le temps fort passionnant que je vous conseille si vous passez dans la région!

 

 

INFOS PRATIQUES:

 


  • Festival de la BD « Quai des Bulles » et son site internet: http://www.quaidesbulles.com/

  • Site officiel de la ville: http://www.ville-saint-malo.fr/

  • Saveurs du Pays de Saint Malo: http://www.saveursdupaysdesaintmalo.fr/

  • A lire, les ouvrages de Bernard Simiot: Ces Messieurs de Saint-Malo, Le Temps des Carbec, Rendez-vous à la Malouinière, Carbec l'américain... autant de récits d'aventures de ces familles qui firent la cité malouine (en vente sur Amazon.fr)

  • Musée Jacques Cartier, Manoir de Limoëlou, rue David Macdonald Stewart à Rothéneuf (Saint-Malo). Tel: 02 99 40 97 73. Accessible H (sauf 2è étage). Ouvert tous les jours en juillet et en août, du lundi au samedi de septembre à juin: Du 1er juin au 30 septembre, de 10h00 à 11h30 et de 14h30 à 18h00. Du 1er octobre au 31 mai, visites à 10h00 et à 15h00. Depuis Saint-Malo, emprunter le bus N°3 ou 8, arrêt Sainte Famille, puis marcher une dizaine de minutes (direction cimetière). Droit d'entrée: 5€. Site internet : http://www.musee-jacques-cartier.fr

  • Aquarium de Saint-Malo, Avenue du Général Patton à Saint-Malo. Tel: 02 99 21 19 00.Accessible H. Pour vous y rendre: Ligne de bus C1, arrêt Aquarium. Droit d'entrée: 16 €. Site internet: http://www.aquarium-st-malo.com

  • Hôtel d'Asfeld, Demeure de François-Auguste Magon, 5 rue d'Asfeld à Saint-Malo. Tel: 02 99 56 09 40.Non accessible H. Droit d'entrée: 5,50€. Ouvert en juillet et en août de 10h00 à 11h30 et de 14h30 à 17h30. Le reste de l'année, visite à 15 h00 tous les jours sauf le lundi. Durée de la visite: 1 heure. Site internet: http://www.demeure-de-corsaire.com

  • Restaurant La Rotonde,1 boulevard Châteaubriand à Saint-Malo. Tel: 02 99 56 11 74. Site internet: http://www.larotonde-saintmalo.fr

     

    Accueil chaleureux et bonne cuisine. Prix raisonnables.

  • Aux Délices de Rochebonne, Pâtisserie Salon de thé, 72 boulevard de Rochebonne à Saint-Malo. Tel: 02 99 56 01 91. Petit-déjeuner à 6,90€.

  • Restaurant gastronomique Coquille d'Oeuf, 20 rue de la Corne de Cerf à Saint-Malo (Intra-Muros). Tel 02 99 40 92 62. Très bonne cuisine, excellent accueil et prix raisonnable (27 à 47€). Petits livres de blagues sur les tables pour égayer l'attente des plats. Ouvert uniquement le soir et fermé les mardi et mercredi hors saison.

  • Le chéquier PASS MALO vous offre une centaine de chèques de réduction sur un tas d'activités culturelles et de loisirs à Saint-Malo et dans la région environnante. Coût: 1 €. Vendu à l'Office de tourisme de la ville, Esplanade Saint Vincent.

  • Office de Tourisme, Esplanade Saint Vincent à Saint-Malo. Tel: 0825 135 200. Site internet: http://www.saint-malo-tourisme.com












 



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