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Balade en Région Lorientaise (France, Bretagne)
Heure locale


Mercredi 20 février 2013

 

De retour du Japon, je descends en Bretagne pour quelques jours. Il y fait cette fois un temps magnifique mais froid. Et puis, à cette époque de l'année, la Bretagne sommeille et est plus facile à visiter. Lionel est venu me chercher à l'aéroport de Lorient. Ce terrain, à la fois civil et militaire, accueille aussi la base aéronautique navale de Lann-Bihoué qui fut créée en 1938. Et sa piste, gérée par les militaires, ne peut pas être utilisée sur toute sa longueur pour préserver l'entrainement des avions de la base. L'histoire de l'aviation maritime lorientaise débute en 1912 avec la création d'un premier comité d'aviation organisant des manifestations en faveur de l'aviation maritime. Celles-ci connaissant un grand succès, le ministère de la Marine promet de donner le nom de « Ville de Lorient » à l'un des douze hydroplans qui sont alors commandés en avril 1914. Durant le premier conflit mondial, on divise les côtes françaises en plusieurs secteurs de défense: Le centre aéromaritime de Lorient est chargé de la mise en œuvre des hydravions et des ballons captifs dès avril 1917. Deux mois plus tard, on lui confie les patrouilles aériennes de la Loire qui assureront la surveillance des côtes allant de la pointe de Penmarc'h à l'embouchure de la Loire jusqu'en 1920. De 1920 à 1925, des exercices généraux sont organisés l'été et mettent en œuvre les escadres de la Méditerranée et du Nord, les hydravions d'Hourtin, de Brest et de Cherbourg. Lorient devient alors une simple base d'exercice pour l'entrainement des pilotes. Il faut attendre 1938 pour voir l'apparition de la base de Lann-Bihoué. Pourquoi Lann-Bihoué? A l'époque, une petite plate-forme à la croisée des deux pistes actuelles est utilisée par un aéroclub. Un hameau se trouve à cet endroit, qui porte le nom de Bihoué (provenant du breton Bezvhoed signifiant La Boulaie). Bien entendu, dès leur arrivée dans la région en 1940, les Allemands s'intéressent au site et y entreprennent dès mars 1941, la construction d'une importante base constituée de deux pistes de 2000 mètres, de parkings, d'abris et de hangars dont certains existent encore. Cette base servit de protection pour les sous-marins entrant et sortant de la base sous-marine de Lorient (en photo ci-dessous) mais aussi pour le flux logistique avec l'Allemagne, les relèves d'équipages des U-Boot et l'attaque des convois au large de l'Irlande. Après la guerre, la France reprend possession du terrain et le remet en état. De nos jours, la base de Lann-Bihoué est l'une des plus grandes bases aériennes du pays et la plus grande en Europe par sa superficie (800 hectares répartis sur trois communes). L'aéroport actuel abrite aussi l'aéroclub de la région lorientaise.


 

Lionel me propose une balade en voiture. J'accepte volontiers d'autant plus que le soleil illumine la région d'accoutumée si pluvieuse lorsque je débarque en Bretagne. Notre périple nous fait traverser Fort Bloqué, une petite commune qui tient son nom de l'imposante fortification construite sur un îlot inaccessible à marée haute (ci-dessous). Ce site historique est constitué d'un fort érigé en 1747 sur le rocher dit « de Kéragan » après que les Anglais eurent attaqué Lorient un an plus tôt. Leur but était alors de détruire la naissante Compagnie des Indes qui y était implantée. Ce fort fut achevé en 1758 et comprenait une batterie de quatre canons chargée d'assurer la défense côtière de Port-Louis à l'embouchure de La Laïta. Mais ne trouvera pas d'usage ensuite, sera simplement encadré de blockhaus allemands lors de la seconde guerre mondiale pour servir de défense de la base lorientaise tout en faisant partie du Mur de l'Atlantique. Situé non loin du bourg de Ploemeur, Fort Bloqué resta longtemps un petit hameau côtier exposé aux vents d'ouest et longtemps fréquenté de manière exclusive par les douaniers et les ramasseurs de goémon. Un petit hôtel, l'hôtel du Fort-Bloqué, s'éleva durant près d'un siècle au carrefour du sentier côtier et du chemin de terre menant à Ploemeur. Celui-ci accueillait les charretiers tous les jours de la semaine, tandis que les élégantes lorientaises venaient prendre des bains de mer en char-à-banc. Peu à peu, des résidences secondaires seront construites sur le front de mer. Il faudra attendre le milieu des années 50 pour que le mauvais chemin côtier devienne une route carrossable, la départementale 152, et permette le développement du village avec de nouveaux lotissements et l'afflux des Lorientais le weekend sur les plages toutes proches.


 

Nous repartons bientôt en direction de Larmor-Plage, commune créée en 1924 et localisée face à l'île de Groix, à l'entrée sud de la rade de Lorient. L'ajout du mot plage est dû à la présence de Larmor-Baden, une autre commune du Morbihan. Le village de Larmor, lui, doit son nom à l'ancienne écriture du nom de la chapelle de pèlerinage Notre Dame de Larmor qui s'élevait autrefois sur le promontoire en bord de mer. Le coin bénéficie habituellement d'un fort ensoleillement (2000 heures chaque année) pour une température moyenne de 12°C. La région abrita de longue date une implantation gallo-romaine. Une chapelle y fut construite au VI ème siècle, par Gildas Le Sage, sur le site de l'actuelle église Notre Dame de Larmor (en photo ci-dessous). Celle-ci porte toujours une inscription situant le début de sa construction en 1506, mais c'est en 1615 que fut édifiée la tour-cloche: La coutume voulait que les cloches répondent aux trois coups de canons émis par les navires de guerre sur le départ. On hissait alors les couleurs nationales d'où la devise inscrite sur l'ancien blason de la commune « Bon vent à qui me salue ». L'église Notre Dame de Larmor est aujourd'hui classée monument historique et correspond à l'ancienne chapelle de pèlerinage Notre Dame de L'Armor. Sa situation face aux intempéries impose de régulières restaurations. On y trouve des éléments architecturaux des XIV, XVI et XVII èmes siècles. L'intérieur de l'édifice offre des objets remarquables comme cette plaque commémorative en granit qui porte l'inscription 1506, ou encore ces douze statues de pierre datant du début du XVI ème siècle et situées dans le porche nord, qui représentent les douze apôtres. Un groupe sculpté en pierre représente une Vierge de Pitié, et une autre statue en bois du XVI ème offre un Christ de Pitié. D'autres curiosités justifient largement une visite approfondie de cette église. Larmor devint commune indépendante en 1925, prenant alors le nom de Larmor-Plage pour éviter la confusion avec Larmor-Baden. Petit port sardinier, elle abritera jusqu'à cinq usines de traitement de ce petit poisson. Avec l'arrivée des Allemands dans la région en juin 1940, l'amiral Karl Dönitz choisira Lorient comme base principale des sous-marins allemands et installera son poste de commandement dans les villas de Kernével (ensemble de trois bâtiments de villégiature construit à la fin du XIX ème, aussi appelé « Châteaudes Sardines »). Depuis, la villa Kerlilon est devenue le lieu de résidence de l'amiral commandant l'arrondissement maritime de Lorient. Cette villa surnommée Villa de l'Amirauté fut construite en 1899 par l'architecte Armand Charier pour Auguste Ouizille (le fils d'Augustin) habitant Lorient. Réquisitionnée en 1940, la villa deviendra un temps le PC de l'amiral Karl Dönitz puis sera utilisée pour la conduite des sous-marins lors de la bataille de l'Atlantique. Des bunkers sont alors érigés autour de la villa pour se protéger des bombardements alliés. Auguste Ouizille revend cette maison à la Marine en 1956 et sert désormais de résidence pour le Commandement de Marine.


 

Nous décidons de nous rendre à Lorient. A la fois cité portuaire et arsenal toujours actif, cette cité est la plus importante du département. Elle est située à l'embouchure du Blavet et du Scorff qui se jettent dans la rade. Créée en 1666 dans un domaine appelé « l'Enclos », Lorient est d'abord entourée de faubourgs comme Kerentrech, Merville, La Pérrière, Calvin et Keryado. Puis ceinte de murailles érigées en 1744. La ville absorbe ensuite certains faubourgs avant de s'étendre progressivement pour compter aujourd'hui quelques 62 000 habitants. Les Gallo-romains occupèrent les lieux car on retrouva des vestiges de voies romaines reliant Vannes à Quimper et Port-Louis à Carhaix. Autre fait marquant de la ville: La création de la Compagnie française pour le commerce des Indes Orientales, par Colbert, en 1664. Des terres sont attribuées à Port-Louis en juin 1666 ainsi que de l'autre côté de la rade au lieu-dit du Faouédic. L'endroit restera peu développé jusqu'à la guerre de Hollande qui contraindra la Compagnie des Indes à abandonner Le Havre en 1675 et poussera cette dernière à transférer ses installations dans la région. La Marine royale s'implante aussi sur le site en 1690 sous l'impulsion du fils de Colbert qui a hérité de la charge de secrétaire d'Etat de la Marine de son père. Des corsaires venant de Saint-Malo y trouveront aussi refuge au même moment. Une période de croissance nouvelle apparaitra à la faveur de la création de la Compagnie perpétuelle des Indes en rachetant plusieurs autres compagnies compagnies. C'est John Law de Lauriston qui est aux commandes et qui choisit Lorient comme base pour cette opération. Le commerce triangulaire prend la relève de 1720 à 1790 en déportant environ 43000 esclaves grâce à 156 navires. La Révolution française et les guerres contre l'Angleterre mettront un point d'arrêt aux activités commerciales à Lorient pendant près de deux décennies. Le second quart du XIX ème siècle verra la ville se moderniser avec l'ouverture d'une première cale couverte dans l'arsenal et d'une première forme de radoub en 1825, une usine de conserves de sardines utilisant la méthode Appert la même année et une usine à gaz vingt ans plus tard. L'arrivée de la machine à vapeur dans la deuxième moitié du XIX ème, le développement de la pêche après la première guerre mondiale, puis la création d'un réseau de tramway électrique en 1898, complèteront l'essor de la cité. Arrive la seconde guerre mondiale et ses effets dévastateurs: Les Allemands choisissent Lorient pour y établir leur plus grande base de sous-marins (ci-dessous). Très vite, la ville subit les bombardements alliés. Avant d'être complètement rasée en 1943-44 par l'aviation allée qui échouera toutefois dans son objectif qui était de détruire la fameuse base, malgré les 4000 tonnes de bombes déversées. La garnison allemande ne déposera les armes qu'en mai 1945 lors de la reddition de la Poche de Lorient. Si bien qu'aujourd'hui, rares sont les vestiges historiques.

 

Garés Place Alsace-Lorraine, nous découvrons Lionel et moi le clocher de Notre-Dame de Victoire (ci-dessous), siège de la paroisse Saint Louis. Cette église fut (re)construite en 1955, après avoir été bombardée. Autrefois érigée en 1821 au croisement de la rue Maréchal Foch et du cours de la Bône, elle sera détruite en 1943, puis sera déplacée au centre-vill lors de sa reconstruction par Jean-Baptiste Hourlier. La première pierre sera posée en 1953, et l'église sera consacrée deux ans plus tard. L'édifice en béton armé peut rassembler 1500 fidèles.


 

Nous nous arrêtons pour déjeuner à la crêperie Saint Georges située non loin de là, puis reprenons la route en direction d'Etel. Créée en 1850 par décret, à la suite du démembrement de la commune d'Erdeven, cette petite commune reste célèbre pour sa barre extrêmement dangereuse (ci-dessous) . Alain Bombard et ses collaborateurs en firent les frais en 1958: Le 3 octobre, voulant tester un nouveau type de canot de sauvetage, Alain Bombard franchit la barre d'Etel , grande lame à l'embouchure de la ria ormée par la conjonction de la marée montante, le flot et les eaux qui s'écoulent de la rivière. Le canot se retourna avec ses occupants, puis le bateau de sauvetage présent dans la zone, se renversa à son tour. Neuf personnes périrent dans l'opération. Parmi les curiosités de l'endroit, outre la barre d'Etel, on trouve l'église Notre-Dame des Flots qui fut construite en 1950 puis agrandie en 1888. Son chœur est orné de la fresque La Vierge et la Mer, exécutée par le peintre morbihanais Xavier de Langlais. Le Château de la Garenne, lui, abrite aussi le siège du Cross Etel.


 

A quelques kilomètres de là, nous nous rendons à Saint-Cado : Celui que l'on appelle aussi Cadoc, Cadou, Catuod, Catoc, Cazout ou encore Cadochus, est un saint chrétien fêté le 21 septembre et l'un des saints gallois les plus connus (car ce fut dans son abbaye que furent formés plusieurs saints celtiques comme Saint Brandan ou Saint-Malo). Il serait né en 522 dans le Glamorgan au Pays de Galles et morut assassiné dans sa cathédrale par les Barbares. Il serait le neveu de Pétroc de Bodmin, honoré à Lopérec (Finistère) et le fils de Gwynllyw (roi de Glywysing) et de Sainte Gladys. Cado refusera de prendre la tête de l'armée de son père, préférant combattre pour Jésus Christ. Il fonda ainsi l'abbaye de Llancarfan, upis traversa la Manche pour s'établir dans le pays de Vannes. Il voyagea aussi en Palestine et rencontra le Pape avant de devenir évêque de Bénévent (Italie).


 

Face à la commune de Saint-Cado se trouve une petite île du même nom, reliée par un pont de pierre (ci-dessus). Saint Cado s'installa sur cet ilot de la rivière d'Etel au VI ème siècle et construisit un pont qui s'effondra rapidement. La légende prétend que le diable aurait offert au saint de reconstruire solidement le pont à condition que lui soit accordée le premier être vivant qui le traverserait. Et Saint Cado de faire traverser le nouveau pont par...un chat ! Une chapelle de style roman fut érigée juste à côté avec son portail du XVI ème siècle (photo ci-dessous) puis le calvaire (deuxième photo) en 1832. ne petite fontaine, située en contrebas, est régulièrement submergée par la marée.


 

Un autre îlot accueille la Maison de l'huître (ou maison de Nichtarguer) (ci-dessous) que l'on rencontre ouvent sur des affiches touristiques.

 

 

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