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Le Musée d'Histoire de Nantes (Château des Ducs de Bretagne, Nantes, Bretagne, France)
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Jeudi 6 mars 2014

De passage aujourd'hui à Nantes, je décide de visiter le Château des Ducs de Bretagne (ci-dessous en photo). Cet ensemble architectural est constitué d'un rempart du XV ème siècle et d'édifices divers bâtis entre les XIV et XVIII ème siècles, le tout, classé monument historique depuis 1840. Le château servit de résidence ducale sous le règne du duc François II et de la Duchesse Anne, puis devint une forteresse royale, qui fut le siège du gouverneur de Nantes et une prison royale, avant de devenir une caserne à partir du XVIII ème siècle. C'est dans ce château qu'Anne de Bretagne naitra le 25 janvier 1477. En 1486, François II, son père, décidera de la faire reconnaître héritière par les Etats de Bretagne malgré le Traité de Guérande, faute de disposer d'un héritier mâle. En mariant Anne, François II comptait renforcer sa position contre le roi de France : Anne fut d'abord fiancée officiellement en 1481 au Prince de Galles Edouard. Plusieurs autres prétendants se présentèrent comme Henri VII d'Angleterre, Maximilien 1er d'Autriche, Alain d'Albret, Louis duc d'Orléans ou Jean de Chalon. Cependant, en 1488, le traité du Verger (suite à la défaite des armées de François II à Saint Aubin du Cormier) stipule que François II ne pourra marier ses filles qu'avec l'aval du roi de France. Anne épousera en première noce le futur Maximilien 1er. Puis Charles VIII de façon contrainte. Elle devient ainsi reine de France le 8 février 1492, et son contrat de mariage précise qu'il est conclut afin d'assurer la paix entre le duché de Bretagne et le royaume de France. A la mort de Charles VIII, Anne reprend la tête de l'administration du duché de Bretagne. Et le principe du mariage avec Louis XII est acquis à condition que le premier mariage de Louis soit annulé avant un an. Anne retourne en Bretagne en 1498, une fois sa promesse faite. Cette union désormais incontestée, lui permet de recouvrer tous ses droits sur la Bretagne en tant que seule héritière du duché, et le titre de duchesse de Bretagne. Ce qui n'empêche pas le pouvoir régalien d'y être exercé par Louis XII, qui prend alors le titre de duc consort. Vivant à Blois, la duchesse de Bretagne fera toutefois établir le tombeau de ses parents en la cathédrale de Nantes. Anne mourra au château de Blois le 9 janvier 1514, usée par les nombreuses maternités et les fausses couches.

Le fameux château deviendra propriété de la ville dès 1915, et sera affecté à un usage touristique et muséal à partir de 1924, sous la direction de Joseph Stany-Gautier, conservateur jusqu'en 1969. Puis l'ensemble bénéficiera d'une rénovation de grande ampleur et est devenu depuis le siège d'un nouveau musée, consacré à l'histoire de Nantes. C'est ce musée que je vous propose de visiter aujourd'hui.


 

L'histoire nous informe qu'à l'époque Néolithique, on rencontre peu de présence humaine sur le territoire nantais, alors que la population est plus nombreuse sur le long du littoral, puisqu'on rencontra des monuments mégalithiques sur la presqu'île guérandaise. A l'âge de bronze, Nantes se peuple. On présume que ce peuplement n'est pas étranger au gisement d'étain d'Abbaretz-Nozay, tout proche. L'Erdre, la rivière locale offre des communications simplifiées. L'étain est en effet précieux d'autant plus qu'il est moins abondant que le cuivre, et est exploité à cet endroit. On retrouvera des armes dans la Loire lors de fouilles archéologiques. Celles-ci firent probablement l'objet d’offrandes. On ne relève par contre aucune trace d'artisanat métallurgique local à cette époque mais seulement, vers -800 à -600, des dépôts d'objets divers attestant de l'existence d'ateliers bronziers. Ceux-ci seront découverts entre 1840 et 1914 à la prairie de Mauves, au jardin des Plantes et à Chantenay. Et de supposer qu’un comptoir (plutôt qu'une ville) existait déjà avec son agglomération. L'âge du Fer correspond à l'époque où les Celtes occupent peu à peu la Gaule, à partir du V ème siècle avant J.C. Le site de Nantes est alors occupé par le peuple gaulois des Namnètes. Sur la rive sud de la Loire se trouvent les Ambilatres et les Pictons. L’historien grec Polybe mentionne aussi un port fluvial connu du navigateur grec Pythéas, port situé à l'embouchure de la Loire. Les Celtes apportèrent avec eux la métallurgie du fer, facilitée grâce à la présence toute proche des gisements de Rougé et de la Meilleraye.


 

Après la conquête de la Gaule par Jules César, une vie importante se développe sur Rezé et à Nantes (à l'emplacement du quartier du Bouffay actuel) à partir du règne d'Auguste. On pense que Nantes est devenue très tôt le centre de la cité des Namnètes, qui faisait alors partie de la province de Lyonnaise (chef lieu:Lyon). Un temple de Mars s'y dressait, ainsi que d'autres temples dédiés à Vulcain, Minerve, et Cérès. On y trouvait aussi des basiliques civiles, un aqueduc, des thermes publics mais pas de théâtre ou d'amphithéâtre. Nantes fournit également trente stèles funéraires, soit la quasi-totalité des stèles trouvées dans la région armoricaine. D'après la reconstitution à partir de vestiges, on pense qu'il existait un quartier administratif dans le secteur Bouffay-Sainte-Croix, le quartier religieux de Saint-Pierre et le quartier portuaire. Des restes d'installations portuaires furent détectés à Nantes même, et en divers endroits de la Loire et de l'Erdre.

A partir du III ème siècle, l'Empire romain ne garantit plus la sécurité face aux pénétrations d'éléments germaniques, aux agressions des pirates dits Saxons » ou aux troubles internes avec le phénomène des bandes de pillards Bagaudes. Et Nantes d'être envahie vers 275 par des guerriers germaniques, et de construire des murailles dès 280-300. Il s'agissait alors d'une grossière enceinte aux murs carrés d'une superficie de 18 hectares, qui subsistera jusqu'au XIII ème siècle et sera reprise par les murailles ducales. La ville sera placée, sous le règne de Dioclétien (vers 300) dans la province de Lyonnaise première (Lyon) et relèvera du diocèse de Trèves. Elle dépendra militairement de l'autorité de Trèves à partir du IV ème siècle et un corps de réserve est alors basé à Nantes. Durant les IV et V ème siècles, les autorités romaines procèdent également à l'installation des garnisons de soldats venus de Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne) pour protéger la région nantaise des pirates saxons. Cette période correspond à une baisse d'influence de l'empire romain et à la renaissance des divinités gauloises locales dans les sculptures et les inscriptions dédicatoires. Les villes changent de nom, et l'on affirme une marque d'attachement aux anciennes appartenances ethniques des tribus gauloises.

La christianisation débute quant à elle au III ème siècle. Il s'agit alors d'un phénomène essentiellement urbain qui se diffuse par la Loire à partir de Tours et d'Angers. Quelques missionnaires semblent en effet avoir été envoyés à Nantes depuis la ville d'Angers pour évangéliser les populations. On fait ainsi la connaissance de Saint Similien, évangélisateur de Nantes, des fils d'une grande famille, Donatien et Rogatien, connus comme « les enfants nantais » et martyrs vers 290, et de Saint Clair, premier évêque de Nantes et évangélisateur. Fin III ème siècle, Nantes devient le siège d'un évêché, dont le territoire correspond à celui des Namnètes, rattaché à la métropole de Tours. C'est sous l'empereur Constantin, que le christianisme devient une religion autorisée. La première cathédrale Saint Pierre est alors construite dans le quartier de la ville où se trouvaient les temples païens. On associe à celle-ci un baptistère consacré à Saint-Jean. Saint Similien, rescapé des persécutions, est en ce qui le concerne, nommé troisième évêque de Nantes. La ville connaitra ensuite plusieurs invasions : les Saxons en 275-285, les Francs en 500 et les Alamans.

 

A la fin du V ème siècle, la ville est conquise par Clovis et passe sous domination franque. Les monnaies d'or montrent que celle-ci s'appelle Namnètes. Et sa figure principale reste l'évêque. Ce dernier mène une politique autonome face au pouvoir royal et décide des travaux d'urbanisme. Cette fonction sera plus tard (au cours des Vè-VI èmes siècles) accaparée par les grandes familles gallo-romaines. Félix devient évêque de Nantes de 549 à 582. Et achève la construction de la nouvelle cathédrale. Il fait aussi creuser un canal portant son nom afin de permettre le développement du port. Il envoie des missionnaires dans les alentours, et son influence s'étend bientôt jusqu'à la cité poitevine : l'extension de la cité nantaise préfigure déjà ce que sera le futur comté nantais qui a donné de nos jours naissance au département de la Loire-Atlantique. Félix fait ainsi de l'ombre à l'évêque Grégoire de Tours : d'abord grand seigneur gallo-romain, marié et père de famille, il ne se soumet pas à l 'autorité du religieux tourangeau et participera même aux intrigues visant l'existence de Grégoire de Tours. Dès 578, Nantes subit les guerres entre Francs et Bretons et doit accepter un comte franc, Theudoald, ainsi qu'une garnison. Au VII ème siècle, la ville entretient des relations commerciales avec la mer du Nord et la Manche grâce au dynamisme des Anglo-saxons et des Irlandais. Puis, l'évêque Emilien constitue, vers 725, une armée pour porter secours à la ville d'Autun, alors assiégée par les Arabes. En 732, son successeur, Salvius, participera à la célèbre bataille de Poitiers dans l'armée de Charles Martel.

Arrive l'époque carolingienne, avec la célèbre Marche de Bretagne, créée au VIII ème siècle par la réunion de plusieurs comtés francs. Celle-ci rassembla le pays Rennais, le pays Nantais le pays Vannetais et une partie de celui du Maine. Cette zone tampon sous administration militaire est restée célèbre grâce à son valeureux préfet, Roland , neveu de Charlemagne, qui mourut en 778 à Roncevaux. C'est son successeur, le comte Wido qui soumettra la Bretagne à l'empereur Charlemagne, en 799.

 

C'est là que commence la période d'expansion bretonne : d'abord la conquête bretonne, entre 841 et 851. Les marches de Bretagne (dont Nantes faisait partie) étaient alors contrôlées par la famille franque des Widonides depuis un demi-siècle. Une succession de batailles aura lieu avant que ne soit signé le traité d'Angers, en septembre 851, à la suite de la bataille du Grand-fougeray. Ce traité reconnaît la tutelle bretonne sur les pays rennais, nantais et de Retz, fixant ainsi les limites frontalières de ce qui devient désormais la Bretagne historique. Nantes devient alors une possession bretonne durant cinquante années. Erispoë, alors roi de Bretagne, occupe aussi le poste de comte de Nantes. Alain le Grand deviendra plus tard comte de Nantes en 877, puis roi de Bretagne vers 890, jusqu'à sa mort en 907. Les attaques vikings ravagent à nouveau la Bretagne vers 908-913, et Robert 1er de France vient à la rescousse. Il est accompagné de Foulque 1er d'Anjou, qui deviendra le titre de comte de Nantes et organisera la défense du royaume breton. Mais les Vikings remettent cela : en 919, ils envoient une impressionnante armada composée de Danois venus de leur nouveau fief de La Roche-Bernard (voir le reportage consacré à cette ville sur le site). Nantes est alors envahie par ces Vikings malgré la résistance de la garde nantaise et de l'escorte angevine de Foulque 1er. L'envahisseur pille la ville et incendie sa cathédrale, tandis que notables nantais et religieux fuient vers Angers. Un an plus tard, Angers est attaquée et pillée à son tour, puis Tours et bientôt Orléans (qui offre une importante rançon aux Vikings pour éviter le pillage). Les Nantais se réfugient quant à eux en Bourgogne. Depuis Angers, Foulque 1er reconstitue une troupe de Nantais et d'Angevins pour libérer Nantes, alors occupée par les Vikings. En vain. Les Vikings résistent et seigneurs bretons et notables partent bientôt pour se réfugier en Angleterre. De 952 à 960, Nantes est sous influence angevine : Alain Barbetorte, l'un de ces notables réfugié en Angleterre, débarque en 936 sur la côte nord de la Bretagne pour combattre les occupants vikings. Il est reconnu duc de Bretagne en 937. Cette même année, il arrache Nantes à l'envahisseur, mais ne reconquiert définitivement cette ville qu'en 939. Il décède en 952, laissant le duché à son fils de deux ans, Drogon. Sa veuve se remarie avec Foulque II Le Bon, alors compte d'Anjou. Drogon , trop jeune pour régner, est sous tutelle. Six ans plus tard, il meurt, sans doute empoisonné par Foulque II. Ce dernier devient alors cette même année comte de Nantes et duc de Bretagne jusqu'à sa mort deux ans plus tard.

Alain II de Barbetorte a aussi laissé un fils illégitime, Hoël 1er. Celui-ci devient bientôt comte de Nantes et duc de Bretagne, de 960 à 981 mais trouve en face de lui,Conan 1er de Bretagne, comte de Rennes. Assassiné en 981, Hoël 1er laisse la place à son frère, Guerech. Le nouveau comte poursuit son combat contre celui de Rennes mais il sera capturé par Geoffroy 1er d'Anjou en 983, puis mourra en 988. Judicaël de Nantes occupe bientôt à son tour le titre de comte entre 992 et 1004. Son fils, Budic, reprend le flambeau jusqu'en 1010. Celui-ci mettra à profit un pèlerinage de l'évêque de Rennes en Terre Sainte pour s'emparer des biens épiscopaux et détruire le château du prélat à Nantes. Hoël II de Bretagne accède au trône ducal en 1066, ramenant ainsi entre Nantes et Rennes, tandis que son fils, Alain IV Fergent, lui, devient duc de Bretagne de 1084 à 1112. De 1148 à 1156, on assiste à la contestation des titres : Hoël III est désavoué par Conan III et refuse pour sa part de reconnaître son neveu Conan IV de Bretagne. Au XII ème siècle, le comté de Nantes est détaché et annexé à l'Anjou. Une fois Conan IV proclamé duc de Bretagne, les Nantais chassent Hoël et choisissent Geoffroy Plantagenêt. Le pays nantais tombera ensuite aux mains d'Henri II de Plantagenêt, et ce pour trente années.

 

Abordons maintenant l'apparition de Nantes dans le Duché de Bretagne du XIII ème au XV ème siècle. Le duché connaitra la Guerre de Succession de Bretagne, entre 1341 et 1364, l'une de ces guerres secondaires qui eurent lieu au cours de la Guerre de Cent Ans. Celle-ci est déclenchée à la mort de Jean III de Bretagne, à cause d'un différent de succession. Puis Nantes devient la capitale éphémère du Duché au XVè siècle : la ville prend de l'essor, tout particulièrement sous le règne de Jean V, qui entretint une politique de neutralité durant la Guerre de Cent Ans, assurant ainsi paix et prospérité à la Bretagne. La construction de la cathédrale actuelle commença ainsi en 1434. Et six ans plus tard, le 25 octobre, Nantes exécutait Gilles de Rais. Sous l'impulsion du duc François II de Bretagne, la ville développe son commerce, et fonde l'université de Bretagne en 1460. La première imprimerie est créée en 1493. Le château des Ducs de Bretagne est quant à lui refait et agrandi par François II dès 1466 et reçoit la cour ducale.


 

Au XVI ème siècle, Nantes entre dans l'époque moderne. Le Duché de Bretagne devient une possession royale en 1532 et Henri II sera la dernière personne à porter le titre de duc de Bretagne. Jean de Brosse deviendra le gouverneur de Bretagne en 1543, abandonnant en échange ses prétentions ducales. Le Parlement de Bretagne, qui siégeait depuis son origine à Vannes, puis, alternativement à Rennes et à Nantes, s'établira définitivement à Nantes à partir de 1557. Les Rennais protestent aussitôt et Catherine de Médicis attribue finalement à la ville de Rennes le siège de ce Parlement (Edit du 15 mars 1560). Nantes demeure cependant le siège de la Chambre des Comptes de Bretagne, jusqu'à sa disparition en 1790. Elle conserve aussi son université (la seule de Bretagne à l'époque) et son hôtel des Monnaies, mais aussi son gouverneur, son château, et ses institutions municipales dirigées par le premier maire de Nantes en 1564. Lors de son tour de France royal, le roi Charles IX passe dans la ville, accompagné de sa cour. Dernière ville favorable à La Ligue, Nantes est choisie par Henri IV pour rédiger le célèbre Edit de Nantes, et mettre ainsi fin aux guerres de religions. En 1608, le même roi demandera 12000 livres à la ville pour son mariage avec Marie de Médicis. En 1600, Nantes compte alors près de 40 000 habitants. Préalablement, elle est touchée par une épidémie de peste en 1501, épidémie qui fera 4000 victimes. La ville en connaitra trois autres, en 1522, 1523 et 1529. Dès le Moyen-Age, on note à Nantes la présence d'Italiens et leur nombre augmente au XVI ème siècle. Et on les retrouve souvent comme commerçants : parmi eux, les Monti (qui deviendront seigneurs de Rezé) ou les Gondi (seigneurs du Pays de Retz). Les Espagnols (surtout des Basques et des Castillans), eux, forment la communauté la plus importante de cette ville au XVI ème siècle. Le plus riche marchand de Nantes sera ainsi André Ruiz, vers 1560. Plusieurs maires de la commune seront originaires de cette même communauté officiant surtout dans le commerce. Celle-ci diminue toutefois au XVII ème par départ ou par naturalisation. On retrouve encore de nos jours des souvenirs de cette communauté dans la rue d'Espagne (quartier Saint Donatien). D'autres groupes de populations débarqueront à Nantes : les Flamands (dès la fin du XVI ème et durant tout le XVII ème) qui se consacrent au commerce et à la production d'eau-de-vie, mais aussi les Hollandais (dès la fin du XVI ème), les Portugais (à la même époque), les Irlandais et les Protestants (au XVII ème siècle).


 

Le XVII ème siècle est émaillé d'évènements politiques : exécution d'Henri de Talleyrand, Place du Bouffay, en 1626 (pour avoir comploté contre Richelieu), l'arrestation de Nicolas Fouquet en 1661 (alors surintendant des Finances) et la révolte du papier timbré en 1675 (révolte antifiscale). Le port de Nantes, jusqu’alors port de transit, fonde son trafic sur les vins de Loire et sur le sel, et fait vivre 150 familles. Il s'insère peu à peu dans le commerce colonial français dans les années 1630-1670, avec l'installation de la France aux Antilles à partir de 1626. Dès 1670, il va profiter des retombées du commerce avec les îles. L'objectif est en effet de doper la production du sucre et l'importation d'esclaves africains, d'où la rédaction d'un code noir (ci-dessus en photo) en 1685.


 

Le commerce triangulaire va marquer Nantes au XVIII ème siècle : la traite négrière constitue alors la base de la fortune des armateurs locaux, et la vill devient le principal port négrier du pays. En 1669, Louis XIV décide en effet que les autorisations d'exporter des esclaves aux Antilles ne dépendent plus seulement de lui et que ce commerce n'est plus monopolistique. Après 1674, les échanges de Nantes avec les Antilles s'accroissent nettement. C'est aussi l'année de mise en sommeil de la Compagnie des Indes Occidentales et de la création de la Compagnie du Sénégal, avec plus de 60 armements en moyenne entre 1685 et 1688. En 1685, la ville arma 58 navires pour les îles d'Amérique. Un an plus tard, le port dispose de 84 navires de plus de 50 tonneaux. Puis 151 en 1701. Au total, 1427 expéditions seront organisées, soit 42% de la traite négrière française. Les navires, basés à Nantes partent vers les côtes ouest de l'Afrique, où les capitaines achètent hommes et femmes en échange d'objets manufacturés ou de produits européens, et les emmènent aux Antilles pour les vendre comme esclaves aux propriétaires de plantations. Les bateaux rentrent ensuite à Nantes chargés d'épices et de sucre. Cette traite négrière nantaise commencera plus tard que celle de La Rochelle, mais la ville comblera rapidement son retard. La Guerre de Sept ans occasionnera par contre des pertes élevées chez les armateurs locaux : 105 navires soit 26 000 000 de livres (l'équivalent d'une année de chiffre d'affaires). Ces armateurs sont notamment constitués par des familles de nobles irlandais exilés, qui deviendront plus tard de grands négociants. Le commerce nantais sera si important qu'il représentera 44% du commerce français en 1720, et Nantes sera à cette époque la seule ville de province à posséder dix millionnaires. Dans la deuxième partie du siècle, Bordeaux dépassera Nantes en terme de trafic portuaire, grâce à la proto-industrie avec l'arrière-pays (textiles de Mazamet et de Montauban). Mais le commerce triangulaire jouera un rôle plus limité qu'à Nantes. Le port nantais génère une importante activité de construction navale mais aussi d'indiennage (impression de tissus de coton). Au milieu du XVII ème, cette activité est dispersée entre plus de trente sites répartis sur la Basse-Loire et même au-delà. Avant d'entamer un recentrage autour de Nantes un siècle plus tard. A l'époque, la ville double sa population (à 80 000 habitants), avec peu de familles juives, et une communauté irlandaise qui se consacre au négoce international et s'intègre peu à peu à la haute société nantaise. Flamands et Hollandais se confondent au XVIII ème siècle car pratiquement tous ces immigrants sont catholiques. Suisses et Allemands constituent quant à eux une nouvelle communauté protestante, et se spécialisent surtout dans l'indiennage. Des réfugiés acadiens, déportés en Angleterre durant la Guerre de Sept Ans sont accueillis en Bretagne. Un millier d'entre eux débarquent à Nantes en vue d'un départ pour la Louisiane, mais un certain nombre d'entre eux s'installeront sur place. Les Noirs, eux ne dépassent pas le millier en un siècle. Arrivés de Saint Domingue comme domestiques, esclaves ou citoyens libres, ils mènent une vie de travailleurs pauvres en ville. Certains d'entre eux seront affranchis lors de leur séjour tandis que d'autres resteront esclaves.

Au début du XVIII ème siècle, Nantes ne dispose pas de pôle administratif, intellectuel ou religieux. Ses bastions sont particulièrement contraignants pour constituer un ensemble architectural cohérent. Ce nouveau siècle va pourtant laisser poindre une volonté d'urbanisme, tant de la part des autorités municipales que des autorités royales. Et investisseurs et architectes (Ceineray, Crucy, Graslin) de se succéder au chevet de la ville : en 1720, on assiste à la création du cours Saint Pierre derrière la cathédrale et à la construction du quai de Chézine. L'aménagement de la rive droite face à l'île Feydeau commence à être étudié sept ans plus tard et c'est finalement Ceineray qui réalisera les travaux. Les années 1750 verront la construction d'une série de projets d'ensemble de transformations urbaines dont des rectifications de rues.


 

En janvier 1789, se produit à Nantes une émeute frumentaire de quatre jours, à la suite de laquelle la municipalité va s'efforcer de maintenir l'approvisionnement à un prix convenable. Les élections aux Etats généraux se tiennent en avril, et le cahier de doléances des Nantais exprime une véritable volonté de changements, sauf en ce qui concerne l'esclavage des Noirs et les privilèges bretons. Le 19 juillet, le château est pris à un gouverneur qui n'oppose aucune résistance, par un groupe de patriotes mené par Coustard de Massy. Le pont de Pirmil est mis en défense à titre de précaution et des cavaliers de la garde bourgeoise patrouillent au sud de la ville. Un nouveau maire est également élu. La Société des Amis de la Constitution installe une succursale à Nantes : la question de l'esclavage y est clairement posée. Mais les révolutionnaires nantais sont massivement pour le maintien de l'esclavage aux colonies, tout en reconnaissant l'incompatibilité de celui-ci avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

La création des communes dès décembre 1789 pose le problème de la délimitation entre Nantes et Saint Sébastien, au sud-est, bien que les communes sont supposées être créées sur la base des paroisses existantes.

De nouvelles autorités sont mises en place : à travers des élections administratives, Pierre Giraud du Plessis est nommé maire, la garde nationale est confiée à Pierre Coustard, le district de Nantes, présidé par Coiquaud, tandis que le département est mis en place. La réforme religieuse, elle, s'avère plus compliquée, entrainant parfois l'hostilité des ruraux vis à vis la bourgeoisie nantaise. La vie politique de la ville tourne autour de deux clubs, de tendance jacobine, le club de la Halle (quartier Graslin) et le club Saint Vincent (quartier de la ville ancienne). Un changement massif des noms de rues a lieu pour la première fois en 1791.

Lors de l'établissement de la République à Paris en août 1792, la municipalité nantaise adhère à cette évolution mais avec des réserves. Lorsque débutent les Guerres de Vendée, en mars 1793, la ville constitue un refuge pour les républicains des communes insurgées (dont Vertou, Basse-Goulaine et Saint Sébastien). Baco se révèle comme un chef de la défense républicaine et crée un comité central dès le mois de mars 1793, mettant en place un tribunal extraordinaire illégal. Des patrouilles protègent la navigation sur la Loire et Nantes ne dispose que d'une garde nationale et d'une garnison, soit un total de 8000 soldats . Suite à un appel lancé à la Convention, 2000 soldats supplémentaires sont envoyés un mois plus tard.

Nantes devient bientôt un enjeu stratégique pour les chefs insurgés,, en contact avec les Anglais et les émigrés. Et est attaquée fin juin 1793. Le 29 juin a lieu la bataille de Nantes : les républicains ne disposent que de 12000 soldats face à ...40 000 insurgés. Les républicains remporteront malgré tout la bataille. Juillet et août respecteront une trêve avant le rebondissement de septembre-décembre. Les républicains reçoivent 16000 hommes supplémentaires et l'armée des Chouans, vaincue à Cholet, erre d'échec en échec avant de se faire écraser à Savenay le 23 décembre 1793. Sans menace particulière, les campagnes des alentours de Nantes restent en état d'insurrection. Les troupes républicaines interviennent violemment sous le commandement de Turreau. Le Traité de La Jaunaye est signé près de Nantes le 17 février 1795, traité qui consiste en un accord de paix entre les Chouans et les républicains. La paix ne durera pas car l'Armée de charrette est arrêtée en mars 1796 et ramené à Nantes pour y être fusillée. Entre temps, les Girondins sont tombés à Paris et le chef de la garde nationale, Pierre Coustard, est dénoncé puis exécuté en novembre 1793. Des dissensions apparaissent entre les deux clubs nantais d'autant plus que la situation économique est mauvaise. En septembre 1793, débarque un représentant en mission, Jean Baptiste Carrier, animé de haine contre les Vendéens et les contre-révolutionnaires, mais aussi contre les riches négociants et tous les habitants de Nantes en général. Il se livre à la répression sous diverses formes. On assiste alors aux noyades de Nantes à l'aide de bateaux munis de trappes, ou « déportation verticale » (hommes et femmes sont alors attachés par deux, dos à dos, puis jetés dans le fleuve). Il y eut aussi l'épisode des « 132 Nantais ». Après le départ de Carrier, on assiste à des règlements de comptes entre comités révolutionnaires, ce qui provoque des condamnations à mort. Malgré cela ,Nantes ne connaitra pas de « Terreur blanche » comme dans le reste du pays. De 1794 à 1799, le problème du ravitaillement demeure : Les campagnes se font tirer l'oreille pour céder leur blé contre des assignats.


 

Napoléon visitera Nantes en 1808, à son retour d'Espagne. L'empereur et Joséphine sont hébergés à l'hôtel d'Aux, la résidence du commandant de la garnison. Le matin du 9 août, il reçoit les autorités administratives et religieuses et visite l'après-midi le lycée impérial ouvert en avril de la même année. Cette visite aura coûté 100 000 francs à la ville mais elle lui permit d'obtenir plusieurs crédits pour des chantiers (Bourse, pont sur l'Erdre, alignement de quais) qui occuperont la population jusqu'à la Restauration.

La traite négrière est désormais interdite par Louis XVIII depuis 1817 mais cette activité reprend à la Restauration. Et Nantes d'armer le même nombre de navires qu'au XVIII ème siècle (délaissant ainsi l'investissement dans d'autres secteurs industriels). Il faudra la mise en place des sanctions, à partir de 1831, pour stopper définitivement le phénomène. Dans l’intervalle, l'activité portuaire de la ville s'en trouvera relancée. Car ce port connut une période difficile des années 1860 aux années 1890, à cause de la concurrence des ports de Marseille et du Havre, puis de la création de l'avant-port de Saint Nazaire. Il y a ensuite le problème d'envasement de la Loire, qui entraine le creusement du Canal de la Martinière, inauguré en 1892. Le programme de drainage « Baudin », réalisé en 1914, permettra aux gros bateaux d'accéder à nouveau au port nantais. La construction d'un pont-transbordeur, un an plus tôt, affirme la volonté du port de demeurer un port maritime (ci-dessus). Les familles d'armateurs Dobrée, Allotte, Le Cour Grandmaison, Crouan et Pergeline marqueront l 'histoire de Nantes. Mais bientôt, l'armement est organisé sous la forme de la Compagnie nantaise de navigation à vapeur (à partir de 1882), de la Compagnie France-Algérie (1885) et de la Compagnie des Chargeurs de l'Ouest (1902). Les bateaux à voile navigueront jusqu'à la fin du XIX ème siècle, cédant peu à peu la place à la navigation à vapeur qui investit la Loire dès 1823. Un bateau, « le Triton », est construit aux chantiers Guibert, une ligne régulière Nantes-Tours est créée, puis une ligne Nantes-Orléans. De 1813 à 1844, on construit le canal Nantes-Brest. Mais le progrès va vite et l'apparition du chemin de fer va redistribuer les cartes dans le domaine des transports : le train ne mettra que 9 heures pour relier la capitale en 1870. Des lignes sont exploitées par la Compagnie d'Orléans, mais aussi par d'autres lignes. Au début du XX ème, Nantes possède deux gares, la gare d'Orléans et la gare de l'Etat, ainsi que quelques autres gares secondaires.


 

Côté médias, la presse connait un essor important. La photographie fait son apparition à Nantes dès 1840 avec les daguerréotypes (en photo ci-dessus) mis au point à partir de 1839. L'un des premiers clichés de la ville représente la château de Bouffay, juste avant sa destruction. L'île Feydeau au moment de la crue de 1843 est aussi immortalisée. Jusqu'en 1891, on utilise l'heure locale à Nantes, mais l'heure de Paris est affichée à l'horloge de la Bourse. A la fin du XVIII ème, le courrier venant de Paris à Nantes arrive en quarante heures par malle-poste. Le bureau de poste principal se trouve alors en haut du passage Pommeraye. Le premier système moderne est le télégraphe Chappe à partir de juin 1883 mais il est réservé aux messages officiels. Le télégraphe électrique, lui, est installé en 1852 et l'on voit alors apparaître l'installation de nombreuses lignes entre Nantes et plusieurs villes de province. L'industrie se développe elle aussi : industrie sucrière, fabrication de savon, traitement du riz, industrie alimentaire, métallurgie, constructions mécaniques, construction navale et industrie chimique. Nantes développera même la chasse à la baleine de 1817 à 1845. L'agriculture maraichère occupe quant à elle une place croissante autour de Nantes et l'activité financière fait son apparition avec plusieurs banques.

La Restauration occasionnera une période insurrectionnelle à Nantes lorsque la population prendra connaissance des ordonnances de Charles X. Une manifestation a lieu Place Louis XVI pour demander la libération des personnes arrêtées lors des évènements, mais une fusillade éclate, fusillade à l'issue de laquelle la ville se retrouve presque entièrement aux mains des insurgés.

La chute de Louis-Philippe en février 1848 a des conséquences sur la vie nantaise : mise en place d'une régence, proclamation de la République annoncée aux Nantais le 25 février, formation d'une commission démocratique le même jour, manifestation républicaine organisée le lendemain et plantation d'un arbre de la liberté sur la Place Royale.

A partir des années 1870, les républicains vont clairement dominer la vie politique nantaise, malgré une forte opposition monarchiste, et les maires seront souvent des industriels. Un événement va bientôt défrayer la chronique : l'affaire Dreyfus. La presse nantaise s'oppose d'abord à toute idée de révision en 1896, mais la publication du J'accuse de Zola va entrainer une vague d'antisémitisme dans la ville. En mars, un groupe de commerçants met en place la Ligue antisémite nantaise, très vite prise en main par les Royalistes. L'accumulation de richesses va permettre à Nantes de disposer des ressources nécessaires pour compléter le grand programme de construction néo-classique réalisé par Jean-Baptiste Ceineray et Mathurin Crucy à la fin du XVIII ème siècle. On met l'accent sur les squares et les jardins, tandis que l'urbanisme est désormais encadré par la loi de 1807 (alignement des rues) et celle de 1810 (établissements insalubres). Une loi est enfin votée à la fin du siècle concernant les Habitation bon marché. La seule opération d'envergure ne concerne que la reconstruction de la Chambre des comptes de Bretagne devenue préfecture. D'autres opérations ponctuelles permettent l'élargissement et l'alignement des rues principales. Au final, la vieille ville conserve pour l'essentiel un réseau de rues héritées du Moyen Age. La ville nouvelle est délimitée par la rive droite de l'Erdre (travaux de la Bourse, cours Henri IV, église Saint Nicolas et Place Royale), et par le coteau Bouvet qui est aménagé avec le Passage Pommeraye. Le Palais de Justice et ses annexes forment un quartier judiciaire dès les années 1840. L'ancien parc Launay forme désormais le quartier Mellinet. En relation avec l'industrialisation, les quartiers populaires nantais s'agrandissent : l'île Gloriette, , le secteur Sanitat et rue de Gigant, la Butte Sainte Anne et le quartier du Marchix bénéficient d'aménagements.

Le premier service d'omnibus est inauguré à Nantes en 1826. C'est le premier service au monde de transports en commun. En 1879, les tramways le remplacent partiellement et le chemin de fer jour aussi son rôle avec des gares locales. L'éclairage au gaz apparaît vers 1840 et l’électricité en 1891. Un réseau d'eau est lancé vers 1850. C'est au début du XX ème siècle que la municipalité restructure l'espace urbain et établit les boulevards extérieurs, toujours existants aujourd'hui. La ville se dote aussi de musées et de bibliothèques : muséum d'histoire naturelle, musée des beaux-arts, musée Dobrée, et sociétés savantes. La première synagogue est inaugurée le 21 juin 1870, rue Rosière-d'Artois. L'enseignement primaire apparaît au début de la Restauration avec les écoles des Frères des Ecoles chrétiennes, alors subventionnées par la municipalité. Un programme de développement d'écoles communales sera lancé à partir de 1871. L'enseignement secondaire se matérialise par un lycée dès 1808, puis par un lycée de jeunes filles en 1882. Une école normale d'instituteurs est créée entre 1830 et 1833. L'enseignement secondaire privé est représenté par le Petit Séminaire ainsi que par d'autres collèges et externats. L'enseignement technique et professionnel existe également, mais l'enseignement supérieur, lui, fait défaut. Nantes n'est plus ville universitaire depuis l'abolition des universités en 1793, et les étudiants doivent se rendre à Rennes ou à Paris. Seule subsiste l'école de médecine reconnue officiellement dès 1808. L'innovation du moment consistera en la création d'une des premières classes préparatoires à l'Ecole polytechnique, en 1824, dans le but de renforcer la position du collège royal dans la haute société nantaise.

Le Jardin des Plantes ouvre bientôt et l'on crée le Parc de Procé (1912), puis le parc du Grand-Blotteau. Le cinéma est présent en ville depuis la fin du XIX ème sous la forme de spectacles ambulants. Deux cinémas permanents sont toutefois créés avant 1914. On joue aussi à la boule nantaise, d'abord pratiquée par les travailleurs portuaires, bientôt popularisée dans différents cafés de la ville, puis en périphérie.

 

La première guerre mondiale va venir assombrir l'avenir. Au début de la guerre, Nantes accueille de nombreux réfugiés (Français du nord, Belges et Alsaciens), environ 40 à 50 000. On note la présence de troupes britanniques en ville et à Saint Nazaire d'août à novembre 1914. Les premiers prisonniers allemands arrivent à Nantes dès 1914, utilisés par la suite dans la zone portuaire et dans l'industrie. Des travailleurs étrangers (Espagnols, Portugais et Grecs et même des Chinois) sont recrutés pour pallier au manque de main d'oeuvre. Fin 1917, débarquent les troupes américaines, en transit, avant de rejoindre la zone de front. Celles-ci participent au défilé du 14 juillet 1918 au côté des Français et des Portugais. Le 17 novembre 1918, un Te Deum a lieu dans la cathédrale, en présence du maire et des représentants des troupes alliées . Les années 1919-1921 poursuivent l'Union sacrée. On se rassemble, et fêtes civiles et religieuses reviennent au goût du jour et sont même parfois conjointement autorisées. La Mi-Carême reprend ainsi en 1920. On observera cependant quelques tensions entre le Cartel des Gauches et diverses organisations de droite à l'approche des élections législatives de 1924. Le Cartel sortira finalement vainqueur du scrutin, mais restera minoritaire à Nantes, provoquant ainsi une radicalisation des forces conservatrices qui défendent, par exemple, l'enseignement catholique et la liberté religieuse. L'année 1927 va apporter deux faits divers qui marqueront l'histoire de la ville : l'affaire de la surprise-partie du manoir de la Close et celle de la statue de la Délivrance. La première était, semble t-il, une orgie entre de grands noms de la société nantaise et la seconde choqua les esprits car la statue dressée devant celle du monument aux morts était dépeinte comme païenne et obscène. Autant de sujets qui ne manquèrent pas d'alimenter les passions locales...

Le développement économique se poursuit avec l'implantation, en 1917, d'une usine de locomotives, en périphérie de la ville, ce qui nécessita la création du quartier des Batignolles, un nouveau haut lieu de la classe ouvrière à Nantes. L'usine compte alors 3000 ouvriers dont 530 étrangers. On y relève une forte implantation du PCF et de la CGTU qui éditent des tracts dans différentes langues. Le pôle industriel d'Indre et Coueron est aussi caractérisé par la présence de nombreux travailleurs étrangers après la première guerre mondiale. On y construit, là aussi, des cités ouvrières.

Le centre de Nantes, traversé par plusieurs bras de la Loire et de quatre de ses affluents va entreprendre de gros travaux afin de faciliter la circulation et d'assainir l’environnement urbain. Trente ans seront nécessaires pour mener à bien ces travaux mal organisés dès le départ. On réduit ainsi les bras de la Loire et on réorganise les îles qui formaient la ville. Ces travaux, effectifs de 1929 à 1934, seront financés en partie par le plan Dawes (paiement des réparations dues par l'Allemagne).

Mais une seconde guerre point déjà et la ville est occupée par les Allemands le 18 juin 1940. En réaction, Nantes deviendra un centre important de la Résistance. Exécutions et représailles vont alors s'enchainer à la suite des attentats perpétrés contre l'occupant. Le Général de Gaulle décernera la croix de la Libération à Nantes, le 11 novembre 1941, faisant de cette ville la première des cinq cités ainsi décorées. Parallèlement, les Juifs sont persécutés par la gouvernement de Vichy : plusieurs rafles seront organisées dont les principales auront lieu en 1942 et en 1944. 121 Juifs seront déportés au total, principalement vers Auschwitz. Nantes sera bombardée à 28 reprises entre 1940 et 1944. Près de 700 immeubles et habitations individuelles mais aussi 3000 logements deviendront inhabitables, sans compter la destruction d'installations industrielles. Le 12 août 1944, les premiers éléments de la III ème Armée américaine libèrent Carquefou, puis rentrent à Nantes par la route de Rennes et le rue Paul-Bellamy.

Après la seconde guerre mondiale, Nantes va se reconstruire, à l'identique en ce qui concerne les quartiers de la ville. Un plan alternatif et novateur est présenté en 1946 par Le Corbusier. Il inclut le projet d'une Cité radieuse qui sera refusé à Nantes mais accepté à Rezé. C'est finalement le plan de Michel Roux-Spitz qui obtient l'aval des autorités avec notamment la réouverture du pont de Pirmil en 1947, la mise en souterrain de la ligne du Croisic jusqu'à Chantenay et le lancement d'un grand emprunt, en 1948, pour accélérer la reconstruction du port. Plusieurs personnalités politiques locales se succéderont les années suivantes : Henry Orrion (1947 à 1965), André Morice (1965 à 1977), Alain Chénard, Michel Chauty, puis Jean-Marc Ayrault. De ces différents maires, on retiendra les élèvements phares suivants : mise hors service du tramway (1958), rétablissement de l'Université de Nantes (1962), construction de la deuxième ligne de ponts sur la Loire (1966), première études pour le futur périphérique, construction de la Tour de Bretagne (1976), création de l'Orchestre Philharmonique des Pays de la Loire (1971), projet controversé du retour du tramway à Nantes (premiers essais en 1984 et mise en service en 1985), fermeture des chantiers navals de l'île de Nantes (1987) et importants investissements en termes de transports et dans les loisirs sous le mandat Ayrault.

 

Ainsi s'achève ce tour d'horizon (certes incomplet) de l'histoire d'une ville devenue une métropole réputée pour sa qualité de vie. Je dois avouer que ma visite au Musée de l'Histoire de Nantes m'a franchement laissé sur ma faim car je m'attendais à apprendre davantage sur cette cité. Le parcours, très bien balisé, me conduisit dans les 32 salles qui constituent le musée, mais la structure manque manifestement de contenu historique. C'est dommage !

 

 

 

INFOS PRATIQUES :


  • Château des Ducs de Bretagne, 4 Place Marc-Elder à Nantes. Tel : 0811 46 46 44 ou 02 51 17 49 48. Cour, remparts et jardins des douves accessibles tous les jours de 10h00 à 19h00 (et en juillet et en août de 9h00 à 20h00, avec nocturnes le samedi soir jusqu'à 23h00). Intérieurs du château, musée et expositions : ouverture tous les jours (sauf le lundi) de 10h00 à 18h00. En juillet et en août : de 10h00 à 19h00, tous les jours de la semaine. Café-restaurant Les Oubliettes : ouvert de 10h00 à 18h00, tous les jours (sauf le lundi). Tel : 02 51 82 67 04. En juillet et août : ouvert de 10h00 à 20h00 et jusqu'à 23h00 le samedi soir, tous les jours de la semaine. En septembre : ouvert de 10h00 à 19h00, tous les jours (sauf le lundi). Fermeture annuelle en janvier.

     

    Droit d'entrée : 5€ (musée en accès libre, y compris présentation du reliquaire d'Anne de Bretagne). Exposition A l'école de la Guerre : 2€. Accès : Tramway ligne 1, arrêt : Duchesse Anne.

  • Il n'y a pas d'information sur l 'histoire de Nantes dans ce musée, ou si succincte. Procurez-vous surtout la brochure « parcours du musée », bien faite, avec un plan comprenant les 32 salles mais aussi un petit texte informatif d'une dizaine de lignes sur chacune des sept séquences. Et lisez mon article avant de vous y rendre !









 



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