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Expositions "Minuscules" et "Boules de Neige" (Musée de la Poupée, Paris, France)
14 images disponibles
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Lundi 22 septembre 2014

 

La rentrée est l'occasion de découvrir de nouvelles expositions. C'est le cas au Musée de la Poupée,qui fête son vingtième anniversaire, et propose au public l'exposition « Minuscules » consacrée aux poupées de poche. Celles qu'on appelle les minuscules ne datent pas d'hier. Ces premières poupées articulées apparurent en effet en France en 1875. Déjà, aux XVIIè et XVIIIè siècles, on observe l'apparition de poupées plus raffinées, avec des yeux de verre, et des membres en peau et cheveux peints. Les matériaux se diversifient : cire, papier mâché, ou cire moulée sur papier mâché. Ces poupées sont souvent fabriquées pour les enfants riches, et deviennent à la fois de plus en plus fragiles et luxueuses. Le XIX è siècle verra l'apparition de la production industrielle et la poupée possède alors un corps raide en bois gainé de peau, les membres, en tissu ou en peau bourré de sciure de bois. La tête, elle, est en papier mâché avec des yeux de verre et des cheveux peints, avec un cou qui pivote. Plus tard, la tête sera en biscuit. En 1878, lors de l'Exposition Universelle de Paris, nait un nouveau type de poupée, avec le bébé à tête en biscuit représentant l'enfant de 3 à 12 ans, parallèlement à la poupée de poche. La France confirme ainsi le formidable essor international de l'industrie du jouet et de la poupée. Parmi les principaux fabricants de l'époque, on trouve Jumeau, Bru, Gaultier, Steiner, Fleischmann, Thuillier, Schmitt, May et Hallopeau. Tous ces fabricants se réuniront au sein de la Société française de fabrication de bébés et de jouets pour tenter d'endiguer la concurrence étrangère, notamment allemande. La France produit alors des bébés de caractère avec des traits expressifs et aux proportions de très jeunes enfants, voire de nouveau-nés. Les « Mignonnettes » tout en biscuit,feront également leur apparition vers 1880. Avec la première guerre, de nouveaux matériaux font leur entrée et concurrencent ce biscuit : le celluloïd, le tissu bourré, et la feutrine.


 

Simultanément, un nouveau type morphologique de poupée s'impose sur le marché : le poupon à corps mou représentant le nouveau-né, avec une grosse tête sans cheveux et des yeux « vivants » (qui regardent sur le côté). L'hygiène prenant de plus en plus d'importance, on lave le « baigneur ». Les principaux fabricants français de cette génération utilisent le celluloïd. Les tout petits baigneurs en celluloïd feront quant à eux leur apparition après la guerre, et mesurent alors 5 à 15 centimètres. Les Ari, poupées miniatures allemandes en caoutchouc, de 6 à 15 cm, arrivent ensuite durant les années 1950 et 1960, et sont revêtues de tenues folkloriques.

Ces poupées de poche règnent sur un microcosme idéalisé composé de maisons, pièces, meubles,décors, vêtements et autres brimborions faisant aujourd'hui de cet univers des objets fascinants. Elles apparurent, nous l'avons vu, vers 1876 en même temps que les bébés articulés décrits ci-dessus. Les modèles les plus recherchés sont entièrement en biscuit (porcelaine comportant deux phases de cuisson) tandis que des spécimens meilleur marché étaient réalisés avec un corps semi-articulé. Les minuscules sont la plupart du temps de facture française ou allemande, tiennent dans une poche et deviendront ainsi les jouets préférés des enfants des générations entre la guerre de 1870 et celle de 1914. C'est un certain Ferdinand Sustrac qui déposa un brevet en 1877 pour la fabrication de poupées articulées de quatorze centimètres dont les coudes et même parfois les genoux disposaient d'une une articulation à boules.

Deux ans plus tard, des poupées de poche figuraient déjà sur les catalogues des grands magasins parisiens et provenaient le plus souvent de chez Gaultier, Jullien ou Schmitt. En août 1878, la Poupée modèle lancera une poupée de poche bientôt baptisée (en février 1880) « Mignonnette » . Et cette poupée miniature d'être distribuée par la revue enfantine jusqu'en 1917 atteignant un pic de popularité au début du XX è siècle. En 1912, on trouve dans le catalogue de la Société Française de fabrication de bébés et de jouets une collection remarquable de « Lilliputiens », des poupées tout en biscuit, hautes de 6 cm et vêtues de costumes historiques, folkloriques ou de carnaval.


 

L'Allemagne, elle, fournissaient les « Minuscules », des poupées de 3 à 3,5 cm fabriquées par Carl Horn, et facilement reconnaissables grâce à leurs costumes entièrement réalisé en tricot. En France, le principal fabricant de poupées miniatures était le porcelainier François Gaultier, qui demeurera en activité jusqu'à la fin du XIXè siècle. Notre homme créera sa société de poupées en 1860, à Saint-Maurice et Charenton. Il sera le fournisseur de têtes de poupées en biscuit pour 54 créateurs français. En 1882, le fils ainé de François, Eugène Gaultier, rejoint l'entreprise. Celle-ci est alors baptisée Gaultier & Fils ainé. Trois ans plus tard, un autre fils, Emile-Jules, remplacera le père à la tête de la société. François, lui, deviendra le maire de Saint-Maurice entre 1886 et 1892. L'entreprise Gaultier adhèrera à la Société Française de fabrication de bébés et de poupées en 1899, et poursuivra son activité jusqu'en 1916. Le principal concurrent allemand du Français était la firme Simon & Halbig qui dominera de loin le marché après l'arrêt de la production Gaultier. Les mignonnettes de facture Simon & Halbig connaitront une plus large diffusion que les poupées françaises, ce qui explique qu'on en trouve souvent dans notre pays.


 

L'exposition « Minuscules » met en évidence le mode de divertissement qui caractérise ce type de jouet. Les créatures des poupées miniatures ont créé tout autour une multitude d'objets à l'échelle des petites figurines, comme des garde-robes, des meubles, des accessoires, des décors, des pièces ou des maisons....Il ne s'agit donc pas de simple « minuscules » mais de tout un univers miniaturisé, qui reflète d'ailleurs l'époque victorienne. Les différentes salles permanentes vous permettront d'admirer ces très nombreux objets ainsi que des mignonnettes et leur environnement tout droit sortis des réserves pour l'occasion. Vous apprécierez sans aucun doute le raffinement extrême de ces jouets qu'on pouvait acquérir dans des boutiques spécialisées comme Au Nain Bleu, ou Au Paradis des Enfants...Il était aussi possible de les commander à des revues spécialisées comme La Poupée Modèle. Cette revue enfantine publia durant 61 ans, de 1863 à 1924 (avec une suspension des parutions lors de la Première guerre mondiale). Elle sera concurrencée par « Le Journal des Demoiselles » et « Le Magasin des Demoiselles » qui verront le jour vers 1833. La revue, destinée aux petites filles de 6 à 12 ans vulgarisera le terme « mignonnette » jusqu'à devenir de nos jours un terme générique qui définit cette catégorie de poupée de petite taille. On observe par ailleurs deux catégories de collectionneurs de « minuscules » : les puristes, qui ne s'intéressent qu'aux mignonnettes anciennes entourées d'objets anciens, et les bricoleurs, qui aiment construire des univers à l'échelle des poupées, mélangeant à la fois objets récents et anciens. Parmi eux, on trouve les amateurs de couture, qui confectionnent des trousseaux pour leurs poupées anciennes ou pour des mignonnettes en reproduction. Cet univers des poupées miniatures fascine encore aujourd'hui petits et grands. Et ces univers reconstitués avec tant de finesse, et à une échelle si réduite, permettent de rêver devant des maisons de poupées de l'époque victorienne et d'admirer la richesse des trousseaux de ces petites demoiselles.


 

Cerise sur le gâteau, le musée de la Poupée propose parallèlement à cet événement des animations pour les enfants et les adultes, mais également une offre ciblée d'articles anciens et modernes ainsi que de la documentation, des fournitures et des patrons destinés aux amateurs de poupées de très petite taille. Une publication (en photo ci-dessous) sur les mignonnettes de facture Simon & Halbig présentées dans cette exposition paraitra enfin à cette occasion.


 

Le Musée de la Poupée vous convie au même moment à une autre exposition : les Boules à neige (ci-dessous). Sujet à la fois féérique, coloré, enfantin et kitsch, la boule à neige (qu'on appelle aussi boule neigeuse, boule à eau ou boule de neige) reste un objet populaire parfois décrié, poétique ou dérisoire, mais connu de tous. Le principe consiste à agiter la boule de manière à reproduire une tempête de neige illuminant le décor contenu à l'intérieur. Descendantes des ludions, ces boules de neige sont des objets de cabinets de curiosités durant les XVIIè et XVIIIè siècles réunissant alors dans un contenant en verre soufflé des objets souvent d'inspiration religieuse, suspendu dans de l'eau et reliés par de fins filaments aux deux extrémités du réceptacle. C'est à Venise, au XIX è siècle, que la technique de la fabrication des presse-papiers en sulfure sera améliorée au point d'inclure dans ces boules de verre des camées, des baguettes millefiori ou des substances animales ou végétales.


 

Les premières boules de neige dateraient de l'exposition de Paris de 1878 et seront décrites à l'époque comme des presse-papiers en forme de boules creuses remplies d'eau et contenant un homme avec un parapluie. Celles-ci contenaient une poudre blanche qui reproduisait une chute de neige lorsqu'on les retournait. Leur socle était en céramique, en laiton ou en marbre. Au début du XX è siècle, les fabricants de souvenirs français, autrichiens, tchécoslovaques et allemands produisaient des boules à neige dont le thème principal était les lieux de pèlerinage religieux (ci-dessous), comme Sainte Bernadette de Lourdes, Sainte Thérèse de Lisieux, le Petit Jésus de Prague, ou Saint Antoine de Padoue... Curieusement, ces dernières ne figuraient pas dans les catalogues d'alors contrairement aux presse-papiers et autres objets décoratifs. Il faudra attendre la fin des années 1940 pour voir apparaître le véritable essor des boules à neige : le développement des matières plastiques offrit une plus grande liberté de création et permit de produire moins cher des produits de grande consommation. Les congés payés contribuèrent également à l'explosion du marché de cette boule, qu'on rapportait volontiers aux amis ou à la famille comme souvenir de vacances. Au fil du temps, la boule de neige devint plus légère, plus colorée et perdra peu à peu sa fonction de presse-papiers pour incarner celle d'objet souvenir.


 

Deux marques allemandes contribuèrent tout particulièrement au développement de la boule à neige : Koziol et Walter & Prediger. Ces deux sociétés s'opposèrent en justice quant à l'invention de la boule en forme de dôme. C'est Walter & Prediger qui remportera le procès, et obligera son concurrent Koziol à ne produire que des boules...rondes ! Un des rares brevets de boules à neige fut déposé aux Etats-Unis par Joseph Garaja mais il faudra attendre la fin de la Seconde guerre mondiale pour que ne débute réellement le boom des boules à neige là-bas. Au cours des années 1960, la Chine et Hong-Kong se lanceront aussi dans la production de modèles à l'image d'articles déjà existants ou pour le compte de marques occidentales. En France, Convert, qui fabriquait des poupées depuis 1911 se lancera à son tour sur ce marché en 1969. Cette entreprise sera rachetée par JLK en 1994. Cette dernière fabrique toujours aujourd'hui des boules à neige, tout comme l'entreprise Bruot, créée en 1961 et encore active dans la région d'Oyonnax. Les globes de luxe (ci-dessous) sont, par ailleurs, la spécialité de Royal River Paris.

La fin des années 1970 verra l'apparition des collectionneurs de boules neigeuses. L'exposition présentée par le Musée de la Poupée vous offre d'admirer près de 300 boules à neige provenant de la célèbre collection de Mireille Sueur. Cette dame, parisienne passionnée, a réuni dans son intérieur près de 3000 boules neigeuses classées par thèmes ainsi qu'une multitude d'objets insolites. L'exposition permettra d'aborder les thèmes historiques, religieux, touristiques, animaliers, mais aussi les anges, Noël, les jouets, les héros de dessins animés et de films, les elfes et les sirènes, les gothiques et Halloween, les publicitaires et...les inclassables !


 

 

INFOS PRATIQUES :

 


  • Exposition «Minuscules et Boules à neige »», du 23 septembre 2014 au 24 janvier 2015, au Musée de la Poupée, Impasse Berthaud à Paris (3è). Tel : 01 42 72 73 11 . Métro : Rambuteau. Ouvert du mardi au samedi de 13h00 à 18h00. Entrée : 8 € .Site internet : http://www.museedelapoupeeparis.com/?lang=fr

  • Les photos qui illustrent cette article m'ont été prêtées pour l'occasion par le Musée de la Poupée. Merci à Claire Favot pour son aide précieuse.

  • Ateliers créatifs de l'exposition « Boules à neige » : « Boule à neige à suspendre », le mercredi à 14h30 (14€). Rencontre avec Mireille Sueur, collectionneuse de boules à neige, le samedi 13 décembre 2014, à 11h00 (11€).

  • Activités autonomes de l'exposition « Minuscules » : « Ma poupée souci » et « Ma poupée de papier », tous les jours (10€), sous la surveillance des parents. Visite guidée de l'exposition le samedi 25 octobre 2014 à 11h00 (11€). Séminaires sur les poupées de poche proposés durant l'exposition (programme sur demande).

  • Brocante d'hiver à la boutique du musée de la Poupée, les 12 et 13 décembre 2014, de 13h00 à 17h00.

  • Livre « Mesdemoiselles Mignonnettes d'hier et d'aujourd'hui », par Agathe Philip (40 pages) en vente à la boutique et par correspondance dès l'ouverture de l'exposition.


 


 










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