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Real Alcazar (Quartier Santa-Cruz, Séville, Andalousie, Espagne)
57 images disponibles
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Vendredi 31 octobre 2014

 

C'est au Palais de l'Alcazar que je vous emmène aujourd'hui. L'alcazar de Séville est un palais fortifié bâti dans la vieille cité, par les Omeyyades d'Espagne à partir de 844 sous le règne de l'émir Abd-al-Rahman II (à la suite de la conquête de la ville par les Arabes, en 712), et permettra d'ailleurs de combattre une invasion viking. Ces Omeyyades , appelés aussi Omeyyades de Cordoue, seront d'abord à la tête d'un émirat en 756 dans al-Andalus (ensemble des terres de la péninsule Ibérique et de la Septimanie), avant de fonder une dynastie califale en 929.

Le monument sera modifié à plusieurs reprises sous la période musulmane, notamment sous les Almohades. Au XIII è siècle, Alphonse X entreprendra la construction d'un premier palais, de style gothique sur ce site de l'Alcazar musulman. Un siècle plus tard, Pierre 1er y rajoutera un splendide palais de style mudéjar. Séville vient alors de subir le tremblement de terre de 1356 et est à moitié détruite. L'ensemble ne conserve que très peu de restes de l'époque d'Al-Andalus et sera modifié une nouvelle fois, par Charles Quint, au XVI è siècle. Ce que nous allons visiter maintenant est vieux de plus de sept siècles, fut et reste encore une résidence royale, dont le premier étage est d'ailleurs occasionnellement utilisé par la famille royale.

Il y a une longue queue au guichet d'entrée de cette magnifique porte du Lion (ci-dessous). C'est l'entrée principale du Palais, appelée aussi Porte de Monteria, qui permettait autrefois d'accéder directement au patio du même nom. Cette porte est de style almohade et porte un panneau d'azulejos (deuxième photo) qui fut conçu en 1894 d'après un projet de l'historien José Gestoso.


 

Une fois franchie les murailles de l'Alcazar, on accède au patio du Lion, à gauche duquel se trouve la salle de Justice et au fond, un mur formé de trois arcs (ci-dessous, avec le patio de la monteria), un vestige d'une ancienne muraille défensive du temps des Almohades. La salle de Justice était aussi surnommée salle des conseils et faisait partie de l'ancien palais musulman. Les vizirs s'y réunissaient. A proximité se trouve le patio de la monteria, qui doit son nom aux chasseurs qui accompagnaient le roi à ses parties de chasse. Ce patio fait face au Palais de Pierre 1er de Castille dont on peut observer immédiatement la façade (deuxième photo). Après sa période musulmane, le palais connut sa période chrétienne lorsque le roi Fernando III enleva Séville à l'occupant arabe, en 1248. L'Alcazar devint alors résidence royale et son fils, Alphonse X, mènera les premières réformes et ordonnera la construction de trois grands salons de style gothique. En 1364, Pierre 1er de Castille décide de construire le palais mudéjar, qui devint le premier palais d'un roi espagnol à ne pas être directement protégé par des murailles, tout en offrant un style architectural remarquable au niveau des ornements que comporte la façade. Ce palais est répertorié comme le plus bel exemple de construction de style mudéjar en Espagne. La construction de ce palais dura deux années, au terme desquelles éclata une guerre civile qui vit s'affronter Pierre 1er de Castille et son demi-frère, Enrique II. Pierre 1er , qui décédaer en 1369, ne profitera donc que très peu de temps de son palais. Plus tard, seront érigés la chapelle gothique et le patio de la monteria.

 

Tout au long de l'histoire espagnole, les palais furent les témoins d'évènements divers en relation avec la couronne. En 1477, les rois catholiques (dont une salle leur est consacrée, ci-dessous) arrivèrent à Séville et utilisèrent l'enceinte comme lieu de repos. Un an plus tard, naissait le Prince Jean. Le même Alcazar fut aussi témoin du mariage du roi Charles V avec Isabelle de Portugal, en 1526. En 1823, Fernando VII y résida pendant deux mois, et, le 17 avril de cette même année, naissait Enrique de Bourbon, lequel reçut de Fernando VII, le titre de duc de Séville, quelques jours seulement après sa naissance. Bien plus tard, un décret du 22 avril 1931 permit au gouvernement espagnol de confier le Palais de l'Alcazar et ses jardins à la municipalité de Séville. Le dernier événement royal qui s'y déroula le 18 mars 1995 lors fut la réception donnée à l'occasion du mariage de l'infante Elena, fille du roi Juan Carlos I, avec Jaime de Marichalar.


 

Je traverserai plusieurs salles tout au long de ma visite, très peu aidé par le plan qu'on m'a remis à l'entrée (et qui ne mentionne que les emplacements des différentes étapes décrites par l'audioguide). Heureusement, un panneau en langues anglaise et espagnole figure dans chacune des salles et permet aux visiteurs d'en apprendre un peu plus sur l'histoire du lieu. La beauté de l'architecture mudéjare me subjugue (ci-dessous, la Suite du Prince). Cette architecture se développa dans la péninsule ibérique du XII è au XVI è siècles dans les régions conquises par les royaumes chrétiens et résulte de l'application aux édifices chrétiens (ou juifs) d'influences, de techniques et de matériaux musulmans. Les Mudéjars sont alors des musulmans qui sont devenus sujets des royaumes chrétiens de Leon, Castille, Aragon, et du Portugal lors de l'expansion de ces royaumes vers le sud pendant la Reconquista. Architectes et artisans mudéjars contribuèrent ainsi à construire un grand nombre d'édifices civils et religieux en se servant de leurs propres matériaux (dont la brique et les azulejos) et en imposant leurs traditions architecturales et ornementales. On distingue sept types d'architecture mudéjare (style roman-mudéjar, gothico-mudéjar, judéo-mudéjar, mudéjar de cour, militaire ou de la Renaissance...) Par exemple le Palais de Pierre 1er de Serbie relève du mudéjar de cour. On retrouve sur sa façade des arc polylobés de tradition omeyyade, des arcs sous sebka de tradition almohade et des arcs en plein cintre surhaussés de tradition nasride. La cour des demoiselles (deuxième photo ci-dessous) permet de retrouver de grands arcs polylobés brisés hérités de l'architecture des royaumes de Taïfa, sebka de tradition almohade, et des arcs à muqarnas de tradition nasride. La cour des poupées (troisième photo) offre quant à elle des arcs en plein cintre de tradition nasride. Les amoureux d'architecture se régaleront !

 

Le style mudéjar constitue le prolongement et succède à l'art mozarabe. L'Alcazar de Séville offre entre autre de magnifiques plafonds à caissons comme dans la salle de Philippe II (ci-dessous). Arabesques, plafonds à caissons avec marqueterie se succèdent donc et produisent un style hybride de grand intérêt lorsqu'ils sont appliqués à des édifices romans, surtout gothiques, et même de la Renaissance. On y retrouve l'arc en fer-à-cheval, l'utilisation de briques, l'utilisation du plâtre ciselé polychrome dans la décoration et la céramique (azulejos).


 

Je pénètre bientôt dans le salon des Ambassadeurs (ci-dessous) qui était autrefois la qubba (la pièce carrée symbolise la Terre, et la coupole, l'Univers). Ce salon constitue un parfait exemple d'architecture mudéjar espagnole. L'endroit servit également de salle du trône du roi Pierre 1er de Castille. Et ce salon demeure aujourd'hui l'un des endroits les plus recherchés du Palais de l'Alcazar. C'est là que se tenait la cérémonie publique du tribunal. L'accès se faisait par la cour des demoiselles voisine. Les balcons ne datent que de 1592, et dans sa partie haute, le salon présente une galerie qui contient les portraits des rois d'Espagne.

La Cour des Poupées (deuxième photo) doit son nom aux petits visages insérés dans l'architecture. On retrouve ici des arabesques en stuc et des azulejos. Les visiteurs observateurs seront surpris du nombre de visages visibles sur la façade.

Autrefois, probablement ancienne chapelle du Palais, la salle de Carlos V offre un plafond remarquable avec écussons impériaux (troisième photo), l'un des plus beaux exemples de style Renaissance de ce palais.


 

Le palais gothique, érigé par le roi Alphonse X, en 1254, subit d'importants travaux suite au grand tremblement de terre de 1755. On y trouve une chapelle (photo ci-dessous) qui offre un retable de la Vierge ancienne, réalisé au XVIII è siècle par Diego de Castillejo. Les murs présentent quant à eux des panneaux d'azulejos (deuxième photo) que l'on doit à Cristobal de Augusta.


 

Je passe ensuite dans la salle des voûtes (ou salle des fêtes), ci-dessous en photo. Durant le XVI è siècle, il était commun d'appeler ce lieu salle des fêtes car des banquets s'y déroulèrent à l'occasion du mariage du roi Charles 1er. Sous le règne de Philippe II, la salle fut remodelée afin de l'adapter au goût de l'époque, avec une touche de Renaissance. Les murs se couvrirent de panneaux de céramiques réalisés par Cristobal de Augusta, entre 1577 et 1583, sur lesquels le céramiste rend hommage à Charles V. La salle des tapisseries (deuxième photo), elle, se trouve en face du patio del crucero. On peut y admirer d'immenses tapisseries qui représentent la conquête de Tunez (en 1535) par l'empereur Carlos. Elles furent tissées à Bruxelles à partir de 1546, par Francisco et Cornelio Van der Gotte. Les tapisseries originales appartiennent au patrimoine national et font partie de la collection du Palais royal de Madrid. Elles furent restaurées en l'an 2000.

 

Terminons cette visite par les superbes jardins de l'Alcazar : ceux-ci n'ont pas grand chose à voir avec les jardins d'origine, tant ils ont été modifiés depuis. S'y mélangent palmiers, orangers, fontaines, jardin des fleurs, jardin anglais... dans une explosion de verdure, offrant au visiteur exténué par la chaleur, quiétude et fraicheur. En sortant du palais, j'aperçois le bassin de Mercure (première photo ci-dessous). Surplombant les jardins, ce plan d'eau est dominé par le visage du dieu Mercure (œuvre de Diego de Pesquera et de Bartolomé Morel), tandis qu'on distingue dans sa partie haute la galerie promenade (galeria de Grutesco) permettant de contempler les jardins. Plusieurs jardins s'entremêlent, Jardin de la danse, Jardin de Troya (deuxième photo), Jardin de la Galera... jusqu'à atteindre bientôt les bains de Dona Maria de Padilla (troisième photo), réserve d'eau de pluie située sous le patio del Crucero. Devenue célèbre pour ses amours avec le roi Pierre 1er de Séville, Marie de Padilla était issue de la noblesse de la région de Burgos et fut la sœur de Diego Garcia de Padilla, Maitre de l'Ordre de Calatrava.

 

INFOS PRATIQUES :

 

  • Real Alcazar, Patio de Banderas, à Séville. Tel:(+34) 954 50 23 24. Ouvert tous les jours de 9h30 à 17h00 (d'octobre à mars) et de 9h30 à 19h00 ( d'avril à septembre). Entrée : 9,50€. Prise de photos autorisée. Site internet : http://www.alcazarsevilla.org
  • L'art mudéjar : http://www.discoverislamicart.org








 



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