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Cathédrale et Giralda ( Quartier de Santa Cruz, Séville, Andalousie, Espagne)
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Vendredi 31 octobre 2014

 

Le quartier de Santa-Cruz, à Séville, possède de nombreuses curiosités dont la Cathédrale et la Giralda. Les deux bâtiments ne forment qu'un tout. Au même endroit se dressait jadis la grande mosquée de Séville, érigée par les Almohades, dynastie musulmane d'origine berbère. Celle-ci fut bâtie au XII è siècle. A l'origine, les Maures furent appelés pour régler un différend entre Wisigoth en 710, puis revinrent un an plus tard pour conquérir l'Espagne. C'est ballot!Comme quoi, il faut savoir qui on invite chez soi. Dix ans plus tard, seul le nord du pays était encore sous contrôle chrétien. Les Maures baptisèrent leur nouveau territoire Al-Andalus, puis créèrent un califat indépendant en 929. Ils choisirent Cordoue comme capitale de ce territoire qui devint bientôt l'une des principales villes d'Europe pour las sciences, les arts et les lettres. Au XI è siècle, le califat se morcela en 30 taïfas (petits royaumes). Les Almoravides, une tribu de l'Afrique du nord, envahirent la région de Séville en 1086, avant d'en être chassés par les Almohades au XII è siècle. Ces derniers étaient venus du Maroc et firent bientôt de Séville leur capitale, y bâtissant une grande mosquée. Au départ des Arabes, certains vestiges musulmans seront conservés et détournés à la gloire de la chrétienté. Les bâtisseurs utiliseront donc des éléments et des colonnes de cette mosquée puis transformeront en campanile son minaret, donnant naissance à la fameuse Giralda.


 

L'emplacement actuel de la cathédrale de Séville sera même autrefois occupé par des temples successifs: les Wisigoths y établiront une première église, qui sera détruite lors de l'arrivée des Musulmans dans la péninsule ibérique. C'est sous le règne de l'émir Abd al-Rahman, que sera érigée la grande mosquée de Séville, au IX è siècle, à l'emplacement actuel de l'église du Divin Sauveur, non loin de l'actuelle cathédrale. Au XII è siècle, les Almohades, fraichement débarqués du Maghreb, décideront d'ériger une autre mosquée, plus grande et plus belle sur le terrain qu'occupe désormais la cathédrale. On devra celle-ci au calife Abu Yaqub Yusuf.

C'est l'architecte Ahmed Ibn Baso qui mènera les travaux, lesquels débuteront en 1172 pour se terminer quatre ans plus tard, tout au moins pour le gros œuvre. L'édifice sera inauguré dix ans plus tard. Il avait été conçu sur un plan rectangulaire à dix-sept vaisseaux orientés nord-sud et supportés par des arcs outrepassés brisés. Une cour intérieure bordait la salle de prière (les restes de cette cour intègrent l'actuelle Cour des orangers (ci-dessous). Deux ans plus tard, le même Calife chargera le même architecte d'accoler à la mosquée un gigantesque minaret, bâti sur le modèle des édifices almohades. L'oeuvre fut achevée en 1198, par Ali de Gomara (le neveu du précédent architecte). Le minaret mesurait alors 94 mètres de haut et était couronné par quatre sphères de cuivre superposées de diamètre décroissant de bas en haut. L'édifice était alors l'endroit le plus admiré d'Al-Andalus, compte tenu de sa splendeur, au point d'impressionner Ferdinand III et ses troupes chrétiennes lors de leur entrée dans la ville en novembre 1248. En 1356, un tremblement de terre secoua la ville, décoiffant la Giralda (qui signifie girouette, en photo ci-dessous) de ses ornements et endommageant gravement la mosquée, qui sera détruite en 1401, par décision du chapitre. En 1558, l'architecte Hernan Ruiz II se vit confier le soin de concevoir un clocher au sommet de l'ancien minaret. Ce projet nécessitera dix ans de travaux, des travaux qui se termineront par la pose, en 1568, de la statue de la Foi, coulée en bronze par Bartolomé Morel, d'après un dessin original du peintre Luis de Vargas. Cette statue, tournant sur son socle au gré des vents telle une girouette (giralda) lui valut son nom jusqu'à aujourd'hui. Cette tour servira de défense à la cathédrale pendant le Moyen-âge, puis de logement pour les carillonneurs. Elle constitue toujours de nos jours un symbole fort pour Séville. Le bâtiment sera classé au Patrimoine national espagnol en 1928, avant d'intégrer, en 1987, la liste du Patrimoine Mondial de l'Humanité. Techniquement, la Giralda mesure 13 mètres de côté. C'est une tour carrée qui repose sur des pierres issues de monuments romains. Le reste fut bâti en briques comme c'était souvent le cas dans l'architecture almohade. En réalité, il s'agit de deux tours (une petite tour qui se trouve à l'intérieur d'une deuxième tour plus grande). L'espace entre ces deux tours est occupé non pas par un escalier mais par une rampe (troisième photo), servant à gravir les 34 étages du minaret de l'époque. En effet, cette rampe devait permettre au vieux muezzin, trop âgé pour monter des marches, de grimper en haut de la tour à dos de mule. La petite tour intérieure est occupée quant à elle de plusieurs pièces réparties sur cinq niveaux, dont une montrant le mécanisme de l'horloge de cette tour (quatrième photo).

 

L'architecture de l'ancien minaret avait été conçue simplement, comme cela se faisait à l'époque de l'islam puritain défendu par les Almohades. Les décorations sont sobres et discrètes et sont compensées par une maitrise totale des lignes et des proportions, offrant à l'édifice une silhouette majestueuse. Elles se concentrent dans la partie supérieure de la tour. Sommet qui fut par la suite entièrement réaménagé dans le style Renaissance espagnol au XVI è siècle. La partie basse du sommet est alors réorganisée en campanile en terrasse où furent installées 24 cloches (ci-dessous). Une autre terrasse de même dimension surmonte la première, sur laquelle repose un clocher de plan plus réduit. L'ensemble étant coiffé par la statue de la Foi déjà mentionnée. Au total, la tour mesure 104,10 mètres. Quant aux cloches, les six plus grosses sont fixes et invisibles depuis l'extérieur. Les 18 autres cloches, elles, sont fixées dans les fenêtres d'ouvertures de la terrasse et sont prévues pour sonner en volée tournante (c'est à dire qu'elles font un tour complet, comme c'est d'ailleurs l'usage en Espagne). La sonnerie de ces 24 cloches, appelé le plenum, a lieu lors des grandes fêtes religieuses et est impressionnant.


 

Revenons maintenant à cette cathédrale (ci-dessous) dont l'un des chanoines prononça cette phrase le 8 juillet 1401, lors de la réunion du chapitre devant décider de sa construction : Construisons un temple si grand que ceux qui le verront terminé nous prendront pour des fous ! Et les Espagnols de bâtir un an plus tard la troisième cathédrale la plus vaste après celles de Saint Pierre de Rome et Saint Paul de Londres. C'est aussi la plus grande du pays et ses dimensions en font le plus grand édifice gothique entièrement construit au Moyen âge mais également la plus grande cathédrale gothique de la planète, avec ses 126 mètres de long, ses 83 mètres de large et ses 23500 m2 au sol. Les voûtes de sa nef centrale s'élèvent à 37 mètres au-dessus du sol, ce qui est comparable aux cathédrales de Cologne ou d'Amiens. Chacune des chapelles latérales pourrait même contenir une église ordinaire. La Mosquée sera consacrée comme Cathédrale en 1248. Jusqu'en 1517, la cathédrale gothique poursuit les travaux débutés dans la partie ouest. Puis entame, de 1528 à 1601, des travaux d'architecture Renaissance dans la Chapelle royale, la Grande Sacristie (deuxième photo ci-dessous), la Salle Capitulaire (troisième photo) et ses annexes. La période 1618-1758 laisse apparaître la période baroque de l'édifice religieux avec la construction de la Paroisse du Sagrario et deux petites chapelles du même côté. Les derniers travaux significatifs de la cathédrale auront lieu sur les trois grands portails et l'angle sud-ouest, entre 1825 et 1928. A l'intérieur, la nef la plus longue d'Espagne est décorée fastueusement. On y retrouve notamment le mausolée de Christophe Colomb (quatrième photo), premier homme de l'histoire moderne à traverser l'Atlantique. Alors qu'il cherchait une nouvelle route vers les Indes orientales, il tombera sur le continent américain. Très diminué physiquement à son retour de son quatrième voyage, il s'installe à Séville et envoie son fils Ferdinand et son frère Barthélémy auprès de la cour royale afin qu'ils s'occupent de ses affaires. Il mourra le 20 mai 1506 à Valladolid, entouré des siens. Il y sera d'abord enterré, avant d'être transféré, quelques années plus tard, au monastère de Cartuja, à Séville (conformément à ses dernières volontés). Sa dépouille sera plus tard inhumée dans la cathédrale Notre-Dame de l'Incarnation de Saint-Domingue. Ce n'est qu'en 1898, alors que Cuba devint indépendante suite à la guerre hispano-américaine, que les restes de Christophe Colomb regagnèrent l' Espagne et qu'un tombeau monumental fut construit dans la cathédrale de Séville. Juste retour des choses.


 

Dans le corps principal de l'édifice, je peux admirer le choeur (ci-dessous), qui se trouve en face du Maitre-autel (deuxième photo). Selon le temps dont on dispose, la visite peut durer de 45 minutes à...deux heures. La visite rapide prévoit d'admirer outre le tombeau de Christophe Colomb, le choeur, le maitre-autel, la sacristie des Calices, la Grande sacristie, la salle Capitulaire, le Trésor, la Giralda, la Cour des orangers (ci-dessous, troisième photo) et le Lézard. Le Trésor permet d'admirer dans une même salle de nombreux objets religieux comme ce reliquaire de Saint Pierre du XVI è siècle que l'on doit à un inconnu (quatrième photo). Au cours de ma visite, je ne manquerai pas non plus les orgues (près du choeur), puis l'autel d'argent, avant de me rendre dans la cour des orangers agrémentée de sa fontaine.


 

INFOS PRATIQUES :


  • Cathédrale de Séville et Giralda, Avenue de la Constitucion, à Séville. Tèl:(+34) 954 214 971. Ouverte de 11h00 à 17h00 l'hiver (et de 9h30 à 16h00 l'été) du lundi au samedi et le dimanche de 14h30 à 18h00. Prévoir de faire la queue 45 minutes avant l'horaire d'ouverture pour éviter les désagréments. Entrée : 8 € ( les tickets d'entrée peuvent aussi être achetés à l'église de Salvador, non loin de là, à partir de 11h00). Prise de photos autorisée, avec et sans flash. Site internet : http://www.catedraldesevilla.es/

     









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