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La Basilique de la Macarena (Quartier de la Macarena, Séville, Andalousie, Espagne)
30 images disponibles
Heure locale


Lundi 3 novembre 2014

 

J'entame aujourd'hui la visite du quartier populaire de la Macarena. Ce district donna son nom à la Porte et la Basilique de la Macarena (ci-dessous en photo). L'origine du nom Macarena n'est pas claire. Il pourrait venir du nom arabe acarea ou bien du nom Bab-al-Makrim, sous lequel était connu l'Arc de la Macarena du temps de la domination musulmane. Il pourrait aussi provenir du nom Macarius (nom donné à un patricien romain, autrefois grand propriétaire dans cette région), du nom d'une infante maure qui aurait vécu dans le quartier ou celui de Macaria, une fille d'Hercule. Bref, les jeux sont ouverts.

Relativement dédaigné par les visiteurs (j'en rencontrerai bien moins que dans le reste de la ville), la Macarena présente pourtant une mosaïque chatoyante d'édifices baroques délaissés et d'églises mudéjares, de bars à tapas et de ruelles discrètes. Je décide pour l'heure de visiter la Basilique de la Macarena, appelée également Basilique de Sainte Marie de la Esperanza Macarena, temple catholique situé dans le petit quartier de Saint Gilles, et en face de la Porte de la Macarena, ancienne porte de la muraille qui entourait jadis la cité jusque dans les années 1860. C'est la bulle du Pape Paul VI qui authentifia l'édifice en tant que basilique, le 12 novembre 1966.


 

Sa construction débuta en 1941 lorsque l'archevêque de Séville, Pedro Segura y Saenz, bénit le terrain sur lequel fut posée la première pierre ce 13 avril. C'est l'architecte local Aurelio Gomez Millan qui se vit confier les travaux. L'édifice ne possède qu'une seule nef (ci-dessous) ainsi que des chapelles latérales. Le temple fut achevé le 18 mars 1949. Le retable de l'autel est de style néo-baroque et fut réalisé en 1949 par Juan Pérez Calvo et Rafael Fernandez del Toro. On doit ses décors sculptés au gaditan (habitant de Cadix) Luis Ortega Bru et les dorures, à Antonio Sanchez . L'ensemble mesure douze mètres de haut et se divise en deux corps tandis qu'un attique (partie supérieure venant couronner la construction) abrite les allégories des trois vertus théologales (la foi, l'espérance et la charité). La décoration du camarin (petite chapelle située derrière l'autel) fut exécutée par Lopez Morello. Le retable héberge quant à lui la Vierge de la Macarena (deuxième photo), une icône anonyme de la fin du XVII è ou début XVIII è.

La basilique constitue le siège de la Confrérie de la Esperanza Macarena, qui défile lors de la Semaine Sainte, pour sa procession de pénitence durant la Madruga, dans la nuit de jeudi au vendredi saints avec les icônes de la Vierge de la Esperanza Macarena et celle de Nuestro Padre Jesus de la Sentencia, qui représente le moment où est lue au Christ la sentence qui le condamne.


 

En octobre 2009, ouvrit le nouveau musée de la basilique qui fut inauguré par le Cardinal Carlo Amigo Vallejo, archevêque de Séville, par le frère supérieur de la Confrérie de la Macarena et par le maire de la ville. Sur 800 m2 (trois niveaux), celui-ci est consacré à la Semaine Sainte et offre une vision de la Semaine Sainte de Séville, en présentant des objets processionnels et liturgiques accumulés par la Confrérie en quatre siècles d'existence.

J'ai éprouvé beaucoup de difficultés pour photographier à l'intérieur de ce musée, non pas parce qu'on me l'interdisait (les photos sont autorisées) mais à cause des reflets des vitrines. Vous trouverez l'ensemble de ces photographies en haut à droite de cet article. Mais au fait, qu'est-ce que la Semaine Sainte et quelle est son origine ? C'est le souvenir de la commémoration de la Passion du Christ. Les différentes célébrations de jadis de l'Europe médiévale puis moderne, aboutirent à la création des confréries sévillanes (celles-ci remontent au XIII è siècle, date de la reconquête de la ville). Il faudra attendre les XVI è et XVII è siècles pour que les processions prennent une forme à la fois cultuelle et populaire. La Confrérie de la Esperanza Macarena fut fondée par des paysans au Couvent de San Basilio (disparu depuis) en novembre 1595. En 2011, ses 12000 membres la hissaient au premier rang des confréries de Séville. Elle possède deux autels (pasos) pour la procession de la Semaine Sainte : le Misterio, de Felipe Morales (1654) représente le moment où est lue au Christ la sentence qui le condamne, en présence de Ponce Pilate, et le Palio, qui transporte la Vierge de la Esperanza Macarena, anonyme, et datant du XVII è siècle. Les nazarenos (pénitents, au nombre de 3000 environ chaque année, en photo ci-dessous) sont vêtus d'une tunique et d'une cape blanches, d'une capirote et d'un cordon de ceinture violets pour les nazarenos du Mysterio, verts pour ceux du Palio. En plus des nazarenos, défilent également des centurions romains. Ils défilent durant 13h30, de 00h30 à 14h00 exactement.


 

En 1653, la Confrérie de ND de l'Espérance quittera le couvent de San Basilio pour s'installer dans la paroisse de San Gil. Un lien se créa alors entre cette confrérie et la corporation et le quartier de la Macarena qui abritait à l'époque des vergers. Les textes du XVII è siècle mentionnent la présence dans le cortège de soldats munis de lances et d'insignes, qui ouvrent le passage au paso (chars) de la Sentence. Cette présence de soldats et d'officiels romains lors de la Semaine Sainte est somme toute logique, puisqu'en relation avec la tradition en relation avec la Passion du Christ. A noter que ces processions n'auront pas lieu durant le XVIII è siècle mais ces centurions deviendront curieusement l'un des symboles de la Confrérie de la Esperanza Macarena.

 

La Semaine Sainte est la célébration religieuse la plus importante de Séville et l'une des plus célèbres d'Espagne. Elle rythme le calendrier annuel qui vit pendant sept jours au rythme des processions. Elle débute le dimanche des Rameaux pour s'achever une semaine plus tard, le dimanche de Pâques, pour la commémoration de la Résurrection du Christ. Durant cette semaine dédiée à la Passion du Christ, soixante confréries sortent en procession pour se rendre à la cathédrale, conclure leur station de pénitence avant de revenir à leur point de départ. Chaque congrégation conduit lors de son cheminement ses pasos (ci-dessous en photo), autels portés à dos d'hommes. 54 hommes (costaleros) sont nécessaires pour porter un tel autel qui pèse environ 2500 kilos. Ces hommes sont bien sûr relayés par d'autres au fur et à mesure de la procession. Ces autels, richement décorés, sont démontables. Ils servent de supports à des groupes sculptés en bois représentant des scènes de la Passion. Chaque paso est mené par un capataz (responsable d'équipe) qui dirige l'autel et guide les porteurs par la voix en indiquant la direction à prendre. Il ordonne aussi la levée ou la portée du paso, à l'aide du llamador ou martillo, un heurtoir situé à l'avant de l'autel. Une foule immense de Sévillans, mais également d'Espagnols et d'étrangers, de croyants et de non-croyants, se presse dans les rues pour se recueillir ou juste admirer le passage de ces imposants cortèges de pénitents, dont certains sont accompagnés de musique.


 

Les plus anciennes confréries remontent au Moyen Âge. Toutes ces confréries sont des regroupements de fidèles laïcs. Le siège de ces congrégations est basé dans des chapelles ou des églises abritant les effigies ou les reliques du Christ, de la Vierge ou d'un saint. Rassemblés autour d'idéaux chrétiens, les membres de ces confréries se consacrent tout l'année à diverses œuvres de bienfaisance et au culte catholique. Le point d'orgue étant la Semaine Sainte, pour cette année de foi, l'occasion en quelque sorte de faire pénitence en cette fin de Carême. Chacune des soixante confréries sévillanes ont à leur tête un frère majeur (Hermano Mayor). Ces soixante responsables élisent à leur tour les dirigeants du conseil général des Confréries, organisation chargée de fédérer , de coordonner les activités et d'organiser les processions. Chaque confrérie accompagne leurs précieuses effigies dans les rues de la ville à l'occasion de la Semaine Sainte. Montées sur les pasos (autels), les statues représentent la Vierge et le Christ (lequel est souvent accompagné d'autres personnages appartenant aux Evangiles ou de l'hagiographie chrétienne) dans une mise en scène évoquant la Passion. Marie et Jésus sont généralement représentés par deux pasos différents : le paso du Christ (Misterio) précède celui de la Vierge (Palio). Ces autels, abondamment décorés d'étoffes précieuses , de moulures, dorures, et sculptures en bois sont de véritables œuvres d'art exécutées par de grands maitres du baroque espagnol.

 

INFOS PRATIQUES :

  • Basilique de la Macarena, Calle Bécquer, 1, à Séville. Tèl:(+34) 954 90 18 00. Ouverte du lundi au samedi de 9h00 à 14h00 et de 17h00 à 21 h00. Les dimanches et jours fériés, de 9h30 à 14h00 et de 17h00 à 21h00.
  • Musée de la Basilique, consacré à la semaine sainte. Entrée simple : 5 € (avec audioguide : 6€)

  • Confrérie de la Macarena (en espagnol) : http://www.hermandaddelamacarena.es/











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