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Le Musée vivant d'Al-Andalus (Cordoue, Andalousie, Espagne)
34 images disponibles
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Mardi 18 novembre 2014

 

Située sur le Guadalquivir, Cordoue compte un patrimoine historique impressionnant, désormais classé depuis 1994 au patrimoine mondial de l'UNESCO. Mes premiers pas dans cette ville me conduisent tout naturellement au bord de ce fleuve, long de 657 kilomètres et qui occupe le 5è rang des cours d'eau d'Espagne. Prenant sa source dans la Sierra de Carzola, il traverse Cordoue. C'est là, encore nonchalant et non navigable qu'il croisera des moutons chargés de nettoyer ses berges tout au long de l'année. A ce niveau-là, le Guadalquivir est occupé par la végétation. Il se fraie un chemin entre des petits îlots et les arbres mais alimentait encore autrefois des moulins à eau. On le franchissait par le pont romain (deuxième photo) de 247 mètres, datant du 1er siècle avant J.C. Celui-ci sera édifié par les Romains après la bataille de Munda (en 45 avant J.C). L'ouvrage sera profondément rénové par les Califes maures, puis plus tard, lors de la Reconquista. Il est toujours là de nos jours pour le plus grand bonheur des habitants et des groupes de touristes qui le franchissent quotidiennement. Au bout de ce pont, se trouve la Tour de Calahorra (troisième photo), fortification d'origine islamique conçue comme porte pour protéger la cité. Son apparence actuelle date du XIV ème siècle. L'étymologie du mot Calahorra signifie forteresse libre. Déclarée Monument historique et artistique, cette tour est, elle aussi, inscrite sur la liste du Patrimoine mondial. Elle abrite de nos jours le Musée vivant d'Al Andalus.


 

Le Musée d'Al-Andalous va m'offrir d'effectuer un voyage à travers l'histoire et la culture d'Al-Andalous, en me plongeant dans les personnages, la science, la technique et la musique de cette époque qui fut d'une grande splendeur. Huit salles sont installées dans cette tour, la première correspondant à l'entrée du musée. Je file directement à la seconde salle pour en savoir plus sur cette époque. Al-Andalus désigne l'ensemble des terres de la péninsule ibérique et de la Septimanie qui furent sous domination musulmane au Moyen-âge (de 711 à 1492). L'Andalousie actuelle en tire son nom mais n'en constitua qu'une petite partie. La conquête et la colonisation du pays par les Maures furent aussi rapides qu'imprévues et correspondirent à l'essor du monde musulman. Al-Andalus deviendra alors un foyer de haute culture au sein de l'Europe médiévale, attirant un grand nombre de savants. Je fais ainsi connaissance avec Averroès, philosophe, théologien rationaliste islamique, juriste, mathématicien et médecin musulman cordouan. Son ouverture d'esprit et sa modernité déplaisaient aux autorités musulmanes d'alors qui l'exilèrent comme hérétique et brulèrent ses livres. Je rencontre également Maimonides, rabbin andalou du XII ème siècle, médecin, philosophe juif, dirigeant de la communauté juive d'Egypte et considéré comme le second Moïse du judaïsme. J'en apprendrai plus sur Alphonse X, surnommé le Sage ou le Savant, roi de Castille et Leon, et roi des Romains. Fils de Ferdinand III, il fit travailler à Tolède des savants traducteurs juifs, chrétiens et musulmans sur des sujets divers (législation, astronomie, histoire, jeux d'échecs, poésie et musique, fables). Enfin, Ibn Arabi (en photo ci-dessous), espagnol musulman d'origine arabe, théologien, juriste, poète,métaphysicien,maitre arabe-andalous du taçawuff islamique, il fut l'auteur de...846 ouvrages. Dans l'ésotérisme islamique, on le considère comme le sceau de la Sainteté.


 

La troisième salle expose l'oeuvre d'Aboulcassis, l'un des plus grands chirurgiens du monde musulman, considéré comme le père fondateur de la chirurgie moderne. Né tout près de Cordoue, vers 940, il deviendra l'un des médecins à la cour du calife Al-Hakam II. Et dévouera sa vie entière à l'art de la médecine, et tout particulièrement à la chirurgie. Il rédigera Al-Tasrif , une encyclopédie médicale de trente volumes faisant le bilan des connaissances médicales de son époque.

Cette période musulmane demeure un véritable âge d'or de la civilisation islamique qui donnera naissance à de nouveaux savoirs dans la péninsule. Averroès décrira ainsi la médecin des humeurs. Et Ibn Arabi développera la mystique. Le système d'irrigation, déjà très développé en Andalousie grâce aux Romains, sera amélioré par les Maures par leurs innovations techniques comme cet usage de la noria (roue à godets, en photo ci-dessous). La gestion du précieux liquide était alors assurée par le Tribunal des eaux de Séville. On creusa aussi des citernes souterraines à Grenade. La coutume des ablutions nous vient aussi des Maures, tout comme l'art de la céramique, la technique de la faïence hispano-mauresque. Cette période connut enfin l'essor de la géographie, de la cartographie et de l'astronomie. Idrissi, natif de Ceuta, et étudiant à Cordoue, créa pour le roi Roger II de Sicile les cartes où il utilise, pour passer de la sphéricité de la Terre à la planisphère, des méthodes de projection semblables à celles de Mercator, quatre siècles plus tard, lesquelles permirent de grandes découvertes. La découverte de l'astrolabe, instrument servant à mesurer la hauteur des astres au-dessus de l'horizon, permettra à l'homme de déterminer sa position dans l'espace et les heures du jour, en permettant au navigateur de s'orienter et rappelant au croyant le temps de la prière.


 

Je grimpe au premier étage et découvre, dans la quatrième salle, l'apogée de cette période islamique avec le Palais et la Mosquée. Cordoue est alors à son apogée. On assiste alors à la réception organisée au palais de Medina Al-Zahara, par le Calife Abderrahman III pour recevoir, des mains d'un moine chrétien un cadeau envoyé par l'Empereur de Byzance : les livres de Botanique des Grecs (ci-dessous). A côté, j'admire le Mihrab de la Mosquée de Cordoue (deuxième photo). Cette niche sans image désigne aux croyants la direction de la Mecque vers laquelle ils se tournent dans leurs prières. Cette arche semble être une apparition. La pierre se transforme en lumière dans cette mosaïque d'éclairs. Dans la spiritualité musulmane la plus haute, la beauté est l'un des signes évoquant la présence divine. La courbe de l'arc immense semble se dilater comme une poitrine aspirant l'air à l'infini. L'inscription au-dessus de la symphonie de couleurs proclame l'unité de Dieu.


 

La salle 5 me conduit tout naturellement à l'Alhambra de Grenade (ci-dessous), prestigieux témoin de la présence musulmane en Espagne du VIII ème au XV ème siècle, avec la Grande Mosquée de Cordoue. Les caractères des deux édifices sont d'ailleurs opposés : à la sobriété grandiose de la mosquée, s 'oppose l'exubérance de la dernière œuvre hispano-mauresque s'exprimant au travers de l’architecture des palais nasrides. Ensemble fortifié situé sur la colline de la Sabika, l'Alhambra (c'est à dire le château rouge) s'élève et domine toute la ville de Grenade (voir mon article sur l'Alhambra). Toujours là après tous ces siècles, l'édifice suscite l'admiration mais aussi l'interrogation des visiteurs. Le poète Victor Hugo, dans l'Orientale XXXI du livre III, de 1828, en fera la description suivante : « L'Alhambra ! l'Alhambra ! Palais que les génies ont doré comme un rêve et rempli d'harmonies. Forteresse aux créneaux festonnés et croulants Où l'on entend la nuit de magiques syllabes, Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes, Sème les murs de trèfles blancs. ». Dans la salle voisine, une vitrine présente quelques instruments de musique andalous (deuxième photo). L'occasion pour moi d'écouter quelques extraits de musique arabo-andalouse.


 

La septième salle me transporte à la Grande Mosquée de Cordoue (ci-dessous) : une maquette la représente telle qu'est était déjà, en 1260. Là où le roi catholique Alphone X le Sage rêva d'y avoir son tombeau. Il chargera quatre ouvriers musulmans de veiller à ce qu'en cette mosquée, nulle chose ne fut soustraite ou détruite. Cette maquette recrée ce grand moment de l'épopée spirituelle de l'Andalous, avec les 900 colonnes de l'édifice. Cette mosquée n'était pas uniquement un lieu de prière, mais un espace de vie ou chaque décision concernant la guerre ou la paix, la culture, les échanges, les lois, y naissaient sous le regard de Dieu. Du premier sermon musulman du vendredi, prononcé dans la mosquée en l'an 788 à la première messe catholique qui y fut célébrée le 29 juin 1236, avec diverses liturgies, ce monument est habité par le même Dieu.


 

J'achève cette passionnante visite par un voyage féérique à travers la Cordoue califale :onze vitrines pour onze séquences qui permettent au visiteur que je suis d'en apprendre davantage sur ce que fut Cordoue sous le règne des califes. Je découvre d'abord la porte d'Almodovar, puis l'église chrétienne, le souk, la synagogue, une maquette de maison de style Al-Andalous, les Jardins de l'Alcazar, l'université, le fleuve Guadalquivir, la mosquée et son appel, le palais du Calife Abd Al-Rahman III et les bains arabes.


 

 

INFOS PRATIQUES :


  • Musée vivant d'Al-Andalus, Pont Romain, Tour de la Calahorra, à Cordoue. Tél:(+34)957 293929. Ouvert tous les jours de l'année, de 10h00 à 18h00 (du 1er octobre au 30 avril) et de 10h00 à 14h00 puis de 16h30 à 20h30 (du 1er mai au 30 septembre). Entrée : 4,5€. Des casques audio sont disponibles pour la visite (en espagnol, allemand, anglais et français). Durée de la visite :une heure. Le sommet de la tour offre une terrasse de laquelle on peut admirer la ville de Cordoue et les environs. Site internet : http://torrecalahorra.com/

  • Merci à toute l'équipe du musée pour son chaleureux accueil !










 



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