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La Vienne Baroque (Vienne, Autriche)
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Vendredi 16 janvier 2015

 

Vienne possède plusieurs facettes et c'est la ville de style baroque que je me propose de vous faire découvrir aujourd'hui à travers quelques-uns des lieux baroques de la capitale. La défaite de l'armée de Kara Mustapha en 1683, marque la fin de la menace ottomane et ouvre des horizons nouveaux à l'Autriche. Vienne va pouvoir alors se parer des édifices dignes d'une capitale impériale. Charles VI fonde la Karlskirche (en photo ci-dessous) car il en avait fait le vœu d'élever, dès que le fléau de la peste (qui ravagea la capitale autrichienne en 1713) cesserait, une église à Saint Charles Borromée. Cet archevêque milanais avait en effet fait preuve d'un immense dévouement lors d'une épidémie de son diocèse en 1576. Un an plus tard, l'architecte Johann Bernhard Fischer von Erlach gagnait le concours organisé par l'empereur en vue d'obtenir le chantier, mais c'est son fils, qui achèvera, vingt-cinq ans plus tard, la construction de l'église Saint Charles, plus beau sanctuaire baroque de Vienne. Il faut admirer l'immense coupole ainsi que le portique, qui, tous deux, mélangent influences grecque et romaine, tandis que les deux colonnes qui les entourent évoquent des minarets. Les toits des pavillons latéraux font quant à eux penser à des pagodes chinoises. N'oublions pas que de grands artistes de cette époque, comme par exemple Daniel Gran, contribuèrent à la décoration intérieure de cet édifice. Salué comme l'artiste en qui s'incarnait la renaissance de l'art allemand, Fischer von Erlach demeure le grand architecte de la Vienne triomphante au tournant des XVIIè et XVIIIè siècles. Après la victoire autrichienne sur les Turcs, les commandes affluent et notre homme est rapidement anobli. Sa préoccupation ? Une articulation rigoureuse des volumes et l'établissement de rapports dynamiques entre eux, en utilisant notamment les formes elliptiques permettant d'instaurer une tension dans l'espace intérieur tout en sculptant fortement les volumes extérieurs. Il ira puisé ses modèles anciens jusqu'en Orient, n'hésitant pas à utiliser les motifs les plus surprenants comme justement ces deux colonnes trajanes qui flanquent le portique de l'église Saint-Charles.


 

De leurs côtés, les familles nobles commandent de somptueux palais à des architectes comme Johann Bernhard Fischer von Erlach, ou J.L von Hildebrandt (qui servira le Comte Eugène car ingénieur militaire d'origine, avant de devenir architecte). Le Palais d'hiver du Prince Eugène (ci-dessus, deuxième photo) sera dessiné par ces deux architectes à partir de 1697. Cette luxueuse résidence sera désormais la demeure du héros des campagnes contre les Ottomans : Eugène de Savoie, prince de Savoie-Carignan, fut un général et homme d'Etat du Saint-Empire romain et de l'Empire d'Autriche. Il est considéré comme l'un des plus grands commandants militaires de l'histoire de l'Europe moderne. Il naitra à Paris de parents faisant partie de l'aristocratie savoyarde, et grandira au contact de la cour de Louis XIV. Il décidera d'embrasser le métier des armes dès l'âge de 19 ans, et, devant le refus du roi de le laisser servir dans l'armée française, partira en Autriche où il offrira ses services à la monarchie des Habsbourg. Il restera, six décennies durant, au service de cette dynastie et fera ses premières armes contres les Turcs-ottomans lors du siège de Vienne en 1683. Puis à la guerre de la Saint Ligue, et à la guerre de la Ligue d'Augsbourg aussi. A la fin des années 1720, l'influence d'Eugène ainsi que son habile diplomatie permettront à l'empereur de conserver ses puissants alliés au cours des luttes dynastiques contre les Bourbons. La guerre de succession de Pologne sera le dernier conflit auquel il prendra part. Adulé et respecté, couvert de d'honneurs, Eugène mourra paisiblement dans son sommeil, chez lui, le 21 avril 1736, à l'âge de 72 ans.

Ce Palais d'hiver fut achevé entre 1702 et 1724, grâce au talent des deux architectes et est, depuis lors, l'un des plus beaux édifices baroques de la capitale. L'impératrice Marie-Thérèse le rachètera en 1752.

Je pénètre maintenant dans ce qui est désormais devenu un musée par l'antichambre officielle, dans laquelle des tapisseries d'art guerrier furent installées entre 1724 et 1729. Plus loin, la salle de conférence servait aux réunions. On peut aujourd'hui y découvrir la vie du peintre Martin van Meytens et les relations de ce dernier avec l'impératrice Marie-Thérèse. La pièce suivante appelée pièce jaune (sans doute à cause de ses nombreuses dorures) offre d'admirer des œuvres d'Anthony van Dyck et de Peter Paul Rubens. Plus loin, dans une autre salle, on observera des portraits d'enfants. C'est la chambre rouge, autrefois utilisée comme salle d'audience. La fresque du plafond, est d'origine, et fut peinte par Andrea Lanzani. Elle décrit l'ascension d'Hercule vers l'Olympe. Une autre pièce, la chambre bleue, reste la plus célèbre pièce de cet ensemble en enfilade : c'est là que se trouvait un lit d'apparat qui n'était pas utilisé pour dormir, mais pour le cérémoniel. Au plafond, se trouve une fresque de Louis Dorigny, représentant le mariage d'Hercule et d'Hebe. Sur le côté, une petite chapelle, discrète, date de la restauration du palais, qui fut effectuée en 1752. Le cabinet doré, voisin, sans doute la plus belle pièce de l'ensemble, possède un plafond sculpté, d'origine. Dans la pièce voisine, on découvre d'immenses toiles représentant des champs de batailles dans les moindres détails. Il s'agit de la salle des peintures des batailles. La pièce voisine servait autrefois de bibliothèque car le Prince Eugène avait accumulé un très grand nombre d'ouvrages. Ces livres se trouvent désormais à la Bibliothèque nationale.


 

L'Europe centrale, des Alpes jusqu'à la vallée du Danube et au Main,, en Souabe, en Bavière, en Saxe, en Hongrie, en Bohême et en...Autriche constituera un vaste et original secteur du baroque. On y trouve pléthore d'oeuvres architecturales (cathédrales, abbatiales, monastères, palais et châteaux) sans oublier sculptures, peintures, fresques et peintures de chevalet. Cette grande période d'art se déroulera entre 1690 et 1720. Et fut contemporaine de la montée de l'Autriche au rang de grande puissance. Ainsi la Bibliothèque nationale fut-elle dessinée dès 1719 par J.B von Erlach, à la demande de Charles VI. Ce bâtiment était destiné à regrouper les ouvrages de la bibliothèque de la cour, jusqu'ici éparpillés dans la Hofburg. Là encore, c'est le fils de l'architecte (décédé en 1723) qui achèvera l'oeuvre de son père. La salle d'apparat baroque (ci-dessus) est d'exception, avec ses éditions rares et ses boiseries sculptées qui recouvrent les murs. Longue de 77 mètres, cette salle possède aussi des colonnes de marbre qui soutiennent la voûte de son plafond ornée de fresques peintes par Daniel Gran en 1730 puis restaurées par Franz Anton Maulbertsch trente-neuf années plus tard. Au centre se dresse la statue de Charles VI, de Paul et Peter Strudel. Charles VI, aussi surnommé Charles de Habsbourg, fut Empereur des Romains sous ce nom, mais aussi roi de Hongrie sous le nom de Charles III, roi titulaire d'Espagne, de Sardaigne, de Naples et de Sicile. Quant à Paul Strudel, sculpteur autrichien, il s'exerça au baroque (influencé par le sculpteur italien Gian Lorenzo Bernini) après être arrivé à la cour de Vienne entre 1676 et 1686, accompagné de son frère cadet, Peter. Les deux frères furent bientôt nommés peintres officiels à la Cour impériale d'Autriche. On trouve encore de nos jours de nombreuses sculptures réalisées par Paul dans les rues de Vienne.

Après s'être enrichie des livres du Prince Eugène et de ceux des monastères fermés par Joseph II, cette bibliothèque devint nationale en 1920. Et possède désormais un peu moins de 3 millions d'ouvrages.


 

A cinq minutes à pied de la Bibliothèque nationale se trouve le Manège espagnol (ci-dessus) : à la fin du XVIè siècle, en 1580, l'Archiduc Charles, frère de Maximilien II, fonda un haras à Lipizza (près de Trieste) où des pur-sang, de mélange espagnol, arabe et berbère, donnèrent naissance à une race nouvelle, les lipizzans. Ces chevaux originaires de Slovénie, se signalent par leur robe, d'abord baie ou noire à la naissance, qui s'éclaircit peu à peu pour devenir d'un gris très clair souvent perçu à tort comme blanc, une fois atteint l 'âge de 6 à 10 ans. Doués pour le dressage, ces animaux sont culturellement liés à l'école espagnole de Vienne. Démonstrations et entrainements ont lieu dans le manège d'hiver qui fut bâti entre 1729 et 1735 par J.E.von Erlach, à la demande de Charles VI, ou bien dans le manège d'été de la cour attenante. Le Palais des écuries, lui, fut construit pour l'archiduc Maximilien vers 1558 et fut jadis une résidence royale avant d'être transformé plus tard en écuries de la Hofburg. Celles-ci s'ouvrent autour de la cour intérieure sous les arcades que surplombent les étages. Il est bien sûr possible d'assister quotidiennement à l'entrainement des chevaux (voir les informations pratiques en fin d'article).


 

La majorité des rues du centre de la capitale autrichienne possèdent au moins une église ou une maison baroque. C'est le cas de la Naglergasse, rue qui doit son nom aux fabricants d'aiguilles qui y officiaient au Moyen-Âge. Son parcours est certes celui d'un mur datant de l'époque romaine mais on y trouve aussi quelques maisons baroques comme le N°13 qui fut élevée au XVIè siècle et porte en façade un bas-relief représentant le couronnement de la Vierge (première photo ci-dessus). Quelques pas plus loin, au N°19, on découvre en façade de gracieux angelots (deuxième photo ci-dessus).


 

Je termine ce tour d'horizon non exhaustif des constructions de style baroque de la capitale autrichienne avec la Chancellerie de Bohême (ci-dessus) qu'il n'est malheureusement plus possible de visiter. Le Palais de l'ancienne Chancellerie tchéco-autrichienne est pourtant considérée comme l'une des œuvres les plus remarquables de l'architecte Johann Bernhard Fischer von Erlach. Le bâtiment central fut érigé dans les années 1710-1714 sur l'ordre du comte Johann Wenzel Wratislav de Mitrowitz. Matthias Gerl le fit agrandir entre 1751 et 1754 pour abriter le ministère de l'Intérieur. Lorenzo Mattieli y sculpta les statues et les atlantes qui habillent sa façade (deuxième photo ci-dessus).

 

 

INFOS PRATIQUES :


  • Eglise Saint-Charles, KarlsPlatz, à Vienne. Tèl : + 43 1 505 62 94. Métro : KarlsPlatz. Ouvert du lundi au samedi, de 9h00 à 18h00 et le dimanche de 12h00 à 17h45. Site internet : http://www.karlskirche.at/

  • Palais d'Hiver du Prince Eugène, Himmelpfortgasse 8, à Vienne. Métro : StephansPlatz. Ouvert tous les jours de 10h00 à 18h00. Prise de photos interdite dans le musée. Entrée 9€. Consigne : 0,50€. Durée de la visite : 60 minutes. Site internet : http://www.belvedere.at/en/schloss-und-museum/winterpalais

  • Bibliothèque nationale, JoseftPlatz 1, à Vienne. Tèl : +43 1 534 10 394. Métro : Herrengasse. Ouverte tous les jours de 10h00 à 18h00. Entrée : 7€. Photos interdites. Site internet : http://www.onb.ac.at/ev/index.php

  • Manège espagnol, Michaelerplatz 1, à Vienne. Tèl : +43 1 533 90 31. Metro : Herrengasse. Entrainement des chevaux avec musique du mardi au vendredi entre 10h00 et 12h30 (entrée : 14€). Visites guidées tous les jours à 14h, 15h et 16h. Durée : une heure environ. En anglais et en allemand. Prix : 16€ (renseignements au +43 1 533 90 31). Site internet : http://www.srs.at/en

  • Chancellerie de Bohême, Judenplatz 11, à Vienne. Métro : StephansPlatz.

     










 



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