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Saint Jean Pied de Port (Pyrénées Atlantiques, France)
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Heure locale


Dimanche 17 mai 2015

 

C'est la première vraie journée ensoleillée dans la région depuis mon arrivée au Pays basque. Je décide de partir à la découverte de Saint Jean Pied de Port, dont le nom m'intrigue. De quel port s'agit-il, la mer étant bien éloignée du pays de Cize où se trouve la cité ? A moins que port s'écrive avec un c à la fin ? Dans ce cas on parlerait de pieds de cochon car il y a aussi des cochons au Pays basque . Une habitante des lieux me confirme l'écriture du nom (avec un t) et m'apprend que port signifie col (pied de montagne). On parle donc de Saint Jean situé au pied du col (de Roncevaux), le long de la Nive, la rivière locale. Il y a très longtemps, la ville porta le nom « d'itinéraire d'Antonin ». Un dictionnaire topographique Béarn-Pays basque mentionne également le terme de Ansa en 1863 pour parler de ce lieu en tant que fief vassal du royaume de Navarre. En basque, la ville porte le nom de Donibane Garazi (Saint Jean de Garazi).

Saint Jean Pied de Port fut à l'origine une nouvelle ville érigée au XII ème siècle, laquelle, en se développant, ravit sa primauté à Saint Jean le Vieux et déplaça le trafic, de la route romaine passant par Urcullu par le tracé passant par Roncevaux. L'un des premiers édifices de la cité fut l'église Sainte Eulalie, élevée au XII ème siècle tout près de la Nive, dont il ne subsiste aujourd'hui que le portail roman, bien conservé. Sur la colline qui domine la ville s'élevait aussi le château de Mendiguren. Au pied de ce château, Sanche le Fort, alors roi de Navarre fera bâtir une ville fortifiée au début du XIII ème siècle, ville entourée de rempart aux portes ogivales, toujours visibles de nos jours, ainsi qu'une église incluse dans le système défensif de la place. Le même personnage sera l'un des principaux acteurs de la victoire remportée sur les Almohades (Musulmans) en 1212, à Las Navas de Tolosa. Les chaines représentées sur les armes de la Navarre évoquent la fameuse capture du trésor de l'émir (ci-dessous)

En 1329, Philippe III de Navarre accorde ses fors à la ville, une sorte de chartes régissant le système administratif dont la Navarre se dotera au XI ème siècle. Saint Jean Pied de Port pourra ainsi organiser dans ses murs ses foires et marchés, devenant ainsi un important centre commercial, et par là même une étape obligée pour les pèlerins se rendant à Saint Jacques de Compostelle. De leur côté, les rois de Navarre y séjourneront fréquemment.

En 1512, Ferdinand le Catholique enlèvera la Navarre à ses souverains légitimes, Jean et Catherine d'Albret, lesquels se réfugieront en Béarn. L'armée espagnole franchit alors les Pyrénées puis s'empare de Saint Jean en août 1512. Et le duc d'Albe de faire renforcer les défenses du château un mois plus tard. C'est une armée de secours envoyée par la France qui permettra à Jean III de Navarre de partir à la reconquête de sa région. Saint Jean Pied de Port deviendra alors un important enjeu dans ce conflit, puisque la cité passera d'une main à l'autre, avec de gros dommages à la clé. Jean d'Albret assiège la ville avec 20000 hommes dès novembre 1512 mais ne réussit pas à la prendre. Sur place, la garnison est doublée, de mille à deux mille hommes et la ville jure fidélité au roi d'Aragon. Quatre ans plus tard, le même Jean d'Albret parviendra à reprendre la ville mais pas la Citadelle. Battu dans les défilés de Roncevaux, il mourra le 17 juin 1516. Nouveau siège et nouveau défi pour Saint Jean Pied de Port en 1521 : Henri II de Navarre prend la ville et le château le 15 mai à l'aide d'une armée française. Cette même armée, battue le 30 juin, le duc d'Albe fait reprendre la ville et la garnison périt après un siège de trois semaines. Les Espagnols évacueront la garnison en 1522, avant de reprendre Saint Jean Pied de Port en janvier 1524 lors de l'invasion du sud de la France.

 

En 1530, Charles Quint abandonne la ville aux Foix-Albret-Navarre, car celle-ci lui semble trop coûteuse à conserver, et il détruit le château. La cité se retrouvera engluée dans les guerres de religions et des incidents éclateront entre protestants et catholiques. Jeanne d'Albret interdit le culte catholique en 1567, ce qui provoque la formation d'une ligue en septembre, puis un soulèvement en mars 1568. Refuge des catholiques, Saint Jean Pied de Port est prise par Montgomery le jeudi des Cendres 1570. Deux églises de la cité sont incendiées. Lors d'un autre soulèvement des catholiques, Henri III (qui n'était alors âgé que de quinze ans) les bat et les refoule en Espagne mais promet à Saint Jean de ne pas imposer le culte protestant.

En Mars 1789, les Etats de Navarre sont réunis à Saint Jean Pied de Port. Ils considèrent que la Navarre n'étant pas une simple province française, il n'est nul besoin d'envoyer des députés aux Etats généraux. Quatre députés finiront tout de même par être dépêchés avec des mandats très stricts, dont le respect de leurs chartes. En vain, car les privilèges seront abolis dans la nuit du 4 août 1789, et la Basse-Navarre d'être rattachée (avec deux autres provinces basques) au Béarn pour former le département des Basses-Pyrénées. Les guerres de la Révolution et de l'Empire épargneront toutefois Saint Jean Pied de Port. Cependant, en 1793, aura lieu un début de conflit entre la Convention et l'Espagne et la ville jouera un rôle important dans la défense du territoire, notamment avec les chasseurs basques.

En 1813, c'est de Saint Jean Pied de Port que partira la contre-attaque des armées napoléoniennes chargée de délivrer Pampelune alors assiégée par Wellington et ses amis. Mais l'opération échouera et la France sera envahie. Le général espagnol Mina sera chargé de faire le siège de la ville à distance , ville qui ne se rendra qu'à Louis XVIII, après l'abdication de Napoléon 1er.

Autre date historique pour la ville : l'arrivée du chemin de fer en 1889, qui permettra le désenclavement, sans pouvoir toutefois enrayer le déclin démographique des XIX ème et XX ème siècles.


 

A mon arrivée à Saint Jean Pied de Port, en ce jeudi de l'Ascension, je me dis que j'ai bien de la chance de ne pas débarquer au milieu d'une guerre. La ville paraît calme et la douceur de vivre de l'endroit reprend ses droits. La ville n'est pas très grande mais j'observe de nombreux pèlerins, le sac au dos, qui arpentent les ruelles de la ville, peut être à la recherche d'un gîte pour la nuit. Saint Jean se trouve en effet sur l'une des routes du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, chemin qui file ensuite en direction du col de Roncevaux, avant de s'achever à Saint Jacques de Compostelle. Les pèlerins avaient autrefois pour coutume de pénétrer dans la ville haute par la porte Saint Jacques (ci-dessus), puis suivaient la rue d'Espagne jusqu'au pont enjambant la Nive. Deux itinéraires s'offraient alors à eux pour gagner Roncevaux. Je m'arrête quelques instants à la Maison des Amis de Saint Jacques (voisine de la prison dite des évêques), qui ne désemplit pas. Cette association s'est donnée pour but de guider les pèlerins en les aidant à s'orienter à à trouver gite et couvert sur place. Quelques dizaines de mètres plus loin, toujours dans la rue de la Citadelle, se trouve donc la prison dite des évêques (ci-dessous). Inscrite aux Monuments historiques depuis 1941, cette bâtisse est un lieu emblématique pour Saint Jean. Dans les années 1920, un érudit local associa opportunément la présence d'évêques du diocèse de Bayonne durant le Grand Schisme d'Occident et la fonction carcérale de l'édifice dès le XVIII ème siècle. Lors du Grand Schisme d'Occident (fin XIVème, début XV ème), la chrétienté était représentée par deux papes nommés par deux conclaves rivaux : l'un siégeait à Avignon, soutenu par le roi de France et le roi de Navarre, et l'autre à Rome, soutenu par le roi d'Angleterre. Et le pape d'Avignon de nommer un évêque pour la partie navarraise du diocèse, évêque qui séjournera à Saint Jean Pied de Port. La ville devint don cité épiscopale pour trois évêques, de 1383 à 1417. Pour l'anecdote, la bâtisse ne servit jamais de prison pour les évêques, la salle voutée ayant probablement servi d'entrepôt pour les marchandises. Par contre, elle fut utilisée comme prison civile à partir de la fin du XVIII ème siècle. L'entrée au pavage de galets s'ouvre sur un corps de garde suivi de cellules disciplinaires assez spacieuses et bien éclairées. Durant le XIX ème siècle, l'endroit fut également utilisé comme locaux disciplinaires pour les soldats de la garnison de la Citadelle. Leurs occupants ont d'ailleurs gravé quelques noms et dates sur les portes des cellules. Cette prison servit à nouveau au siècle suivant, lorsqu'à partir de 1940, les Allemands enfermèrent ici tous les hommes qui tentaient de fuir pour rejoindre l'Espagne ou l'Afrique du nord, à cause de l'instauration du Service du Travail obligatoire. Désormais, la bâtisse abrite une exposition permanente sur le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. On y trouve des panneaux didactiques, des reproductions de costumes et des objets anciens.


 

Je remonte ensuite en direction de la Citadelle (ci-dessous), qui domine la ville de plus de 70 mètres. Rappelons nous, au début du XVI ème siècle, lorsque les Espagnols ravagèrent le château de Mendiguren érigé alors au sommet de la colline, au terme d'un siège de 21 jours. Les conflits étaient alors fréquents entre la France et l'Espagne et Saint Jean Pied de Port était devenue la place forte incontournable sur la route entre Bayonne et Pampelune. Au cours des années 1620, cette Citadelle renforcera ses remparts avec quatre bastions d'angle et l'édification du bâtiment de la porte royale. La ville devient alors une fois pour toutes une place militaire stratégique pour les troupes françaises. C'est de cet endroit que partiront les troupes pour prendre à revers les troupes espagnoles postées entre San Sebastian et la Bidassoa, mais aussi pour protéger Bayonne et Orthez. Sous le règne de Louis XIV, Sébastien Le Prestre de Vauban est chargé, en tant que Commissaire des Fortifications, de renforcer la protection du royaume. Il viendra par conséquent inspecter la Citadelle de Saint Jean Pied le Port et y suggérera quelques modifications dans son rapport de 1685 : construire de nouveaux casernements ainsi que des souterrains, et percer une porte de secours à l'Est. Les années 1728-1730 seront marquées par une vague d'importants travaux avec la construction d'une demi-lune sur le front Est, d'une citerne à l'intérieur de la place, et le prolongement des murailles de la vieille ville jusqu'aux bastions. Ainsi équipée, Saint Jean Pied de Port jouera un rôle de premier plan lors des guerres de la Révolution et de l'Empire. Elle pourra aussi faire face au siège de 1814. Et de devenir, à partir du XVIII ème siècle, une ville de garnison, où se déroulaient quotidiennement des exercices militaires, avec arrivées et départs de convois et présence continue de soldats. En 1750, la Citadelle comptait déjà 500 hommes. L'endroit fut déclassé dès 1920 en tant qu'ouvrage militaire, puis classé comme monument historique en 1963, avant de servir aujourd'hui d'établissement scolaire.


 

Je ne résiste pas au plaisir d'emprunter le chemin de ronde (ci-dessous). Grâce à la récente mise en valeur de celui-ci, il est maintenant possible de longer la muraille médiévale, depuis la porte de Navarre jusqu'à la porte Saint Jacques, et de suivre ainsi le pas des soldats de la garnison jadis chargée de protéger la place forte qu'était Saint Jean Pied de Port. Meurtrières, échauguettes, bretèches ou mâchicoulis sont autant d'invitations à une immersion dans le passé à la découverte d'un patrimoine fortifié et de l'histoire militaire de la cité. Les portes qui permettent de pénétrer dans la ville haute ont toutes une signification. Ainsi la porte de France est ainsi appelée car elle est orientée vers la France. La porte Saint Jacques est quant à elle classée au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1998. Elle est l'entrée historique des pèlerins en route vers Compostelle, qui venaient autrefois de Saint Jean le Vieux. Depuis cette porte, on peut admirer la colline de l'Arradoy, autrefois carrière de pierres et aujourd'hui plantée en vignes sous l'appellation Irouléguy. La porte d'Eyheraberry fut pour sa part percée dans la muraille du XIX ème siècle, et permet l'accès au quartier de la rue d'Espagne et notamment son fronton où se jouent d'intenses parties de pelote basque. La porte d'Espagne fut intégrée dans l’enceinte fortifiée construite dans les années 1840 et ouvre sur la grande voie médiévale de franchissement des Pyrénées, qui deviendra plus tard la route Napoléon, puis rebaptisée route du Maréchal Harispe. C'est cette route qu'empruntent de nos jours les pèlerins de Compostelle pour franchir les Pyrénées et faire étape à Roncevaux, après sept heures de marche. La Porte de Navarre fut, elle, percée dans la muraille médiévale. Elle a depuis conservé un bel arc et un passage en voûte ogival. Cette porte ouvrait sur la petite place située face à l'église, là où se tenait le marché médiéval. On pouvait jadis y croiser carrioles, charrettes et attelages. La Porte Notre-Dame fait quant à elle face au vieux pont enjambant la Nive. Elle comporte aussi les statues de Saint Jean Baptiste et de la Vierge et l'Enfant. Enfin, la porte de Cize est située près d'un ancien moulin. On l'appelle aussi Porte de Bayonne ou Porte de Baïgory, et elle marque la sortie de Saint Jean Pied le Port.

 

L'église Notre Dame du bout du Pont est, après la cathédrale de Bayonne, l'édifice gothique le plus important du Pays basque français. C'est le roi de Navarre, Sanche le Fort qui l'aurait fait bâtir en commémoration de la victoire sur les Maures en 1212. La belle façade de grès rose est décorée d'un portail gothique à colonnettes et chapiteaux sculptés. L'intérieur offre une large nef, deux bas-côtés et deux étages de tribunes aménagés au XIX ème siècle, avec piliers et colonnes. De chaque côté du choeur polygonal, on observe des vitraux aux armes de la ville et de la Navarre. Un orgue Cavaillé Coll (ci-dessous) a récemment été restauré et accompagne les offices religieux.


 

INFOS PRATIQUES :


  • Prison des Evêques, 41, rue de la Citadelle, Saint Jean Pied de Port. Tél : 05 59 37 00 92. Ouverte d'avril à octobre, tous les jours sauf le mardi, de 11h00 à 12h30 et de 14h30 à 18h30. En juillet et août, ouverture quotidienne de 10h30 à 19h00. Entrée : 3 € (pour les personnes âgées de quinze ans ou plus).

  • Office de tourisme, 14, Place Charles de Gaulle, Saint Jean Pied de Port. Tél : 05 59 37 03 57. Ouvert du lundi au samedi, de 9h à 12h et de 14h à 18h. Site internet : http://www.pyrenees-basques.com

  • Mairie, 13, Place du Général de Gaulle, Saint Jean Pied de Port. Tél : 05 59 37 00 92. Site internet : http://www.st-jean-pied-de-port.fr

  • Maison Garaziko, 9 rue d'Espagne, Saint Jean Pied de Port. Tél : 05 59 49 10 49. Gâteau basque traditionnel, pour les gourmands !

  • Olivier Carriquiry, potier, 36, rue d'Espagne, Saint Jean Pied de Port. Tél : 05 59 37 34 46. Jolie poterie navarraise en grès à la cendre de bois.

  • Association des Amis de Saint Jacques de Compostelle, 39 rue de la Citadelle, Saint Jean Pied de Port. Tél : 05 59 37 05 09. Site internet : http://www.aucoeurduchemin.org/spip/








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