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Saint Jean de Luz (Pyrénées Atlantiques, France)
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Lundi 18 mai 2015

 

Blottie au cœur d'une vaste baie, entre océan et montagnes, Saint Jean de Luz est une station balnéaire de caractère, prisée sur la côte atlantique. Jadis cité des corsaires (ce que j'ignorais!), elle s'est développée tout en gardant ses traditions, à tel point que j'ai l'impression de déambuler dans un village, tant la ville est belle et respire le bien être. Je me penche un peu plus sur l'histoire de cette ville qui retient l'attention du visiteur pour plusieurs raisons. Déjà, Saint Jean de Luz fait résonner le nom du fameux roi Soleil, Louis XIV. On trouve ici une Place Louis XIV, et la Maison Louis XIV, l'une des plus belles demeures de la cité basque, qui fut érigée entre 1643 et 1645, et qui est désormais inscrite sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 2003. Cette demeure abritera le roi Louis XIV qui logera au deuxième étage, d'où le nom donné depuis à la maison. Je n'en saurai pas plus puisque cette maison n'était pas ouverte à la visite lors de mon passage. Pas plus d'ailleurs que celle de l'Infante Marie-Thérèse, face au port. Cette dernière demeure date du XVI ème siècle et aurait été offerte par la ville à Joannot de Haraneder, capitaine de navires et riche armateur, en reconnaissance de ses libéralités envers la communauté luzienne. Elle offre des doubles arcs de galeries à la Vénitienne avec des fenêtres régulièrement espacées, des colonnades et des frontons, et un porche altier. Elle accueillit aussi en 1660 Anne d'Autriche, Reine Mère pour le mariage de son fils Louis XIV avec l'Infante d'Espagne, future Reine de France. Désormais, des expositions s'y tiennent périodiquement.


 

Juste à côté, se dressent deux maisons : une maison de couleur rouge, réplique d'une ferme traditionnelle de la province du Labourd, appelée Alexandrenia, et une maison bourgeoise, la maison aux trois canons, comportant sur sa façade trois canons décoratifs, sorte de gargouilles en terre cuite, fixées sur la corniche pour écarter les eaux de pluie du mur, d'où son nom. Ces maisons ont leurs façades orientées à l'est afin de tourner le dos aux intempéries venant de l'océan. La première comporte une façade constituée de pans de bois ou colombages de couleur rouge « sang de boeuf », tandis que la deuxième possède une façade en pierre de taille. Cette dernière est une maison typique d'armateur, ou de riche négociant soucieux d'afficher son statut social.


 

L'Hôtel de ville (ci-dessous) fut quant à lui érigé en 1656, lorsque le bayle (le maire), Jean de Casabielhe, décida de bâtir une maison commune afin d'abriter la Justice, les archives de la communauté, la prison et les magasins d'armes. Cette grande bâtisse comportait également deux avancées réservées à des logements indépendants. La maison commune accueillera les divertissements organisés pour la Cour, lors du mariage de Louis XIV et de l'Infante, et à l'occasion du passage du duc d'Anjou, Philippe V, futur roi d'Espagne. L'Hôtel de ville sera rénové en 1960 et sera doté de nouvelles ouvertures avec balcons et d'une grille en fer forgé. L'intérieur n'a conservé aucun élément d'origine. Dans la petite cour, une jolie statue en bronze représente Louis XIV en costume d'empereur romain, qui fut acquise en 1932. C'est une reproduction d'une œuvre de François Girardon réalisée vers 1680.

Les armoiries de la ville ci-dessous (deuxième photo)ne sont pas les plus anciennes, mais celles qui furent enregistrées le 26 septembre 1698 par le maire de l'époque, Jean de Haraneder-Putil. On y retrouve trois éléments : le lion d'or, la crosse épiscopale et le trois-mâts. Le lion d'or couronné témoigne de l'appartenance de la cité à la province de Labourd. La paroisse, pour la première fois mentionnée dans des écrits du XI ème siècle, appartint à la Vicomté du Labourd créée en 1032 par le roi de Navarre. A l'époque, les vicomtes exerçaient leurs droits seigneuriaux comme la moyenne et basse justice, les droits de péage, de pâturage, et les rentes sur les eaux et les forêts. A l'exception du Vicomte Bertrand, qui fera don, lors de son mariage en 1137, de ses droits sur la ville à la cathédrale Sainte Marie de Bayonne. La crosse épiscopale symbolise le chapitre de la cathédrale qui devint seigneur-baron de la ville. Et le trois-mâts est synonyme de l'importance et de la richesse du port de Saint Jean de Luz depuis le XV ème siècle. Ce port était en effet le seul port actif au sud de Bordeaux à cette époque, compte tenu de l'ensablement régulier de l'Adour. La ville bénéficiait alors du statut de port franc et de l'exemption du droit d'entrée des marchandises arrivées par terre ou par mer. C'est Louis XI qui octroya ce statut aux Luziens en 1473, statut qui sera confirmé ensuite par tous les rois de France, faisant ainsi de Saint Jean de Luz, avec la pêche et la guerre de course, l'une des villes les plus prospères du Labourd jusqu'au XVII ème siècle.


 

Une promenade par la rue de la Baleine permet de mieux comprendre l'importance de la mer pour cette petite ville : les Basques profitaient jadis de l'échouage régulier des baleine franches (baleines de Biscaye), nombreuses dans le Golfe de Gascogne. Ils se résolurent aussi à chasser l'animal en chaloupe car, pour risquer qu'elle fut, la chasse à la baleine était fort lucrative. Le gras servait à faire du savon et de l'huile (pour l 'éclairage, la préparation des cuirs, l'apprêt des étoffes et le calfatage des bateaux), le squelette était utilisé comme pièces de charpenterie, les fanons, comme manches de couteaux, vertugadins ou éventails, et l'ambre gris pour la parfumerie. Quant à la langue du cétacé (qui pouvait peser jusqu'à ...une tonne), elle était réservée à l'élite. Sa chair, une fois salée, était surnommée « le lard de Carême » et était destiné aux gens du peuple qui jeûnaient alors 140 jours par an. A partir du XV ème siècle, l'invention de la boussole incitera les marins basques à pêcher la baleine et la morue dans le grand Nord et vers les îles de Terre-Neuve. Le XVI ème siècle verra l'apogée de la pêche, et Saint Jean de Luz de devenir l'un des principaux ports de déchargement de produits baleiniers et morutiers. En 1578, on comptait la construction de 80 navires et 3000 marins, qui embarquaient au printemps pour une pêche qui durait jusqu'à l'automne. Avec l'invention d'un procédé permettant de faire fondre la graisse de baleine à bord des navires, invention que l'on doit au capitaine Martin Sopite, en 1635, les Basques vont se forger une belle réputation dans le domaine maritime, à tel point qu'harponneurs, dépeceurs, maitres de chaloupe et coupeurs de lard seront bientôt directement recrutés par des compagnies anglaises, hollandaises et anglo-russes, conduisant ainsi le monopole basque de cette pêche à sa perte. La signature des Traités d'Utrecht en 1713 dépossédera aussi la France des territoires de pêche canadiens et des îles de Terre-Neuve, au profit de la Grande-Bretagne.


 

Cette pêche faisait vivre beaucoup de monde des plus riches aux plus miséreux : les kascarots (terme signifiant « peu de valeur ») étaient de simples marchands de poissons, jusqu'à la fin du XX ème siècle. Leur origine est mal connue. On pense qu'ils descendent des cagots, fils de Goths établis dans la région dès l'an mil, ou de Bohémiens, d'Arabes errant après la défaite de Poitiers, ou de Morisques expulsés d'Espagne. Dès le Moyen-Âge, ces cagots étaient exclus de la société, car soupçonnés d'apporter la lèpre. On les repoussait alors en dehors des villages et on leur interdisait de boire aux fontaines et de toucher aux aliments. Une communauté s'installera à Saint Jean de Luz, dans le quartier de « La Barre », face à la rue de la République, dans des maisons en ruine, régulièrement inondées. Les hommes étant absents pendant plusieurs mois, partis à la guerre ou à la pêche, et ce sont les femmes qui occupent les durs métiers, notamment la préparation et la revente du poisson. Jusqu'en 1778, la pêche est directement débarquée sur la plage car les marchands de morue interdisent l'accès au port des sardiniers. Les kascarots négociaient alors le poisson directement au bateau, puis couraient le vendre, le panier sur la tête, au marché de Bayonne. La nuit, ces mêmes femmes étaient filetières, raccommodant les filets des pêcheurs. Quelques années plus tard naissait une industrie de la pêche, industrie dont une partie de la main d'oeuvre des presseries sera fournie par les kascarots, pour apprêter et saler la sardine. La rue de la République, à Saint Jean de Luz, fur le dernier bastion des kascarots, ces femmes hautes en couleurs.


 

La mer n'a jamais fait de cadeau à Saint Jean de Luz. Certes, cette ville était relativement protégée par les falaises de Socoa et de Saint Barbe (dont on aperçoit la digue sur la deuxième photo ci-dessus) et devint prospère grâce à la pêche mais, à partir de 1670, le quartier de La Barre sera souvent dévasté. Les ingénieurs du roi multiplièrent bien les projets de travaux mais il manquait l'argent et tout restera en l'état. On édifia plusieurs murs sur la plage et on construisit une digue de 175 mètres de long à Socoa sous le règne de Louis XVI. Après deux siècles de lutte, au milieu du XIX ème siècle, la ville courait à sa perte car un quart de Saint Jean de Luz était régulièrement balayée par les flots et le littoral reculait de un à trois mètres par an. C'est Napoléon III, alors en villégiature, qui prit à cœur d'aider la ville en autorisant des travaux de fermeture de la baie en 1854. Trois grandes digues furent projetées et les travaux débutèrent dix ans plus tard : la digue de Socoa, d'une longueur de 325 mètres fut achevée en douze ans. Celle de l'Artha nécessita presque trente années pour être complétée, tandis que la digue de Sainte Barbe, commencée en 1873, sera achevée dix ans après, sur une longueur de 180 mètres de long (au lieu des 225 mètres prévus). En 1895, la ville fut enfin protégée. De nos jours, les digues sont entretenues annuellement et 50 blocs de 50 tonnes de béton chacun sont coulés comme il y a un siècle.


 

Une autre richesse qui fit les beaux jours de la ville fut la guerre de course, guerre qui reste l'un des points historiques les plus spectaculaires, puisqu'elle fit de Saint Jean de Luz la ville des corsaires. A partir du XVI ème siècle, le commerce maritime fut entravé par des guerres européennes durant deux siècles. Les Basques, qui possédaient des bateaux bien armés, bateaux à l'origine destinés à protéger les flottilles de pêche, se portèrent vite volontaires pour « courir sus aux ennemis de l'Etat », d'où cette guerre de course. Les prises furent très nombreuses et des familles entières de la ville se distinguèrent dans le commandement des navires corsaires. Parmi elles, les familles Dargainaratz, Ducasse, Larralde, Harismendy, Larreguy, Dufourcq, Cépé, Sopite, Etchebaster, Dolabaratz....Certains seront récompensés comme par exemple Jean d'Albarade, qui sera nommé ministre de la Marine en 1793. Le dernier corsaire, Etienne Pellot Monvieux, dit le Renard basque, mourra en 1856, année de l'abolition de la course. Aujourd'hui, plusieurs rues portent le nom de ces grands marins.

A la fin du XVIII ème, Saint Jean de Luz vit l'apparition des bains de mer. La beauté et le calme de cette station était déjà réputée et le conseil municipal de la ville vota, en 1843, la création d'un établissement de bains afin d'attirer les étrangers et augmenter ainsi les revenus de l'octroi, seule ressource de la commune. Le premier établissement fut créé cette même année. Il s'agissait d'une construction en bois, bâtie au pied des dunes de Sainte Barbe, avec des cabines de bains chauds et froids, des salons de lecture, de musique et de conversation. Quelques temps plus tard, les travaux de fermeture de la baie ayant modifié les courants, cette construction fut minée par la mer puis fermée en 1879. Elle sera remplacée par un bâtiment en dur, installé sur la grande plage (à l'emplacement de la Pergola actuelle) et inauguré le 1er juillet 1880. Ce nouvel établissement offrait 60 cabines de bain et la fréquentation atteignit les 25000 bains dès la première année. On rénova l'endroit en 1910, avec édification de constructions légères prolongées par une pergola qui accueillit le plus célèbre des dancings de la côte basque. Et Saint Jean de Luz d'attirer la plus huppée des clientèles dont Alphonse XIII d'Espagne, le prince de Bavière, le prince de Galles, le maharadjah de Kapurtala et les grands ducs Boris et Paul de Russie....En 1912, la ville fut classée station thermale et climatique. Quant à la pergola, elle resta ouverte jusqu'en 1928.


 

Parlons maintenant de l'union de Louis XIV et de l'Infante Marie-Thérèse. Le 7 novembre 1659, le Traité des Pyrénées , négocié par le Cardinal Mazarin, mit fin à l'interminable guerre entre l'Espagne et la France. Cent vingt-quatre points de ce traité concernaient des concessions territoriales, mais aussi le mariage du roi de France avec l'Infante, fille ainée du roi d'Espagne d'alors, Philippe IV. A cette époque, Saint Jean de Luz connait la prospérité et est choisie pour ce mariage. L'église Saint Jean-Baptiste est alors en travaux. Dédiée au saint patron de la cité, cette église est mentionnée pour la première fois en 1186. Ses parties les plus anciennes, c'est à dire le clocher-porche et quelques fenêtres donnant sur la rue Gambetta datent des XIV-XV ème siècles. Avec le développement de la pêche au XVI ème siècle, le lieu de culte devient vite trop étroit pour accueillir tous les pèlerins et on envisage donc d'équiper l'église de galeries en bois et de repousser le mur nord. Ce chantier sera masqué par des grandes tentures lors du mariage. Le 8 mai 1660, le roi, sa famille et la Cour entrent triomphalement dans Saint Jean de Luz. Et le 9 juin de la même année, à midi, le couple royal se rend, à pied, de la maison de l'Infante à l'église. L'église ne pouvant contenir toute la Cour, les ducs et maréchaux, les corps diplomatiques, les grands seigneurs et les évêques, des conflits éclatèrent pour non-respect du protocole. La messe de bénédiction sera célébrée par Monseigneur Jean d'Olce, évêque de Bayonne. Après la cérémonie, le roi Louis XIV confirmera par lettres patentes, les privilèges de la noblesse accordés à la ville et à son bayle. Quant aux travaux, ils seront achevé en 1680, avec la construction des absides et des chapelles latérales. Cette église Saint Jean-Baptiste est une bâtisse en décrochements, de 50 mètres de long, 17 mètres de large et de 20 mètres de haut. L'imposant clocher-porche culmine à 35 mètres. Côté rue Gambetta, le grand portail est orné de la statue de Saint Jean-Baptiste, un bâton de berger à la main, et fut percé entre 1664 et 1666. L'escalier extérieur et la balustrade permettant l'accès aux tribunes aménagées à l'intérieur datent de 1755. L'église sera inscrite comme monument historique en 1931.


 

INFOS PRATIQUES :


  • Office de tourisme, 20 boulevard Victor Hugo, Saint Jean de Luz. Tél : 05 59 26 03 16. Ouvert du lundi au samedi, d'octobre à mars, de 9h00 à 12h30 et de 14h à 18h. D'avril à juin et septembre, de 9h00 à 12h30 et de 14h à 19h, En juillet et août, de 9h00 à 19h30. Le dimanche, en septembre, octobre, et d'avril à juin, de 10h à 13h, en juillet et août, de 10h à 13h et de 15h à 19h. Site internet : http://www.saint-jean-de-luz.com/fr

  • Maison Louis XIV, Place Louis XIV, Saint Jean de Luz. Tél : 05 59 26 27 58. Du 1er au 30 juin, et du 1er septembre au 15 octobre, visites à 11h, 15h, 16h et 17h. En juillet et août, la maison est ouverte de 10h30 à 12h30 et de 14h30 à 18h30. Fermée le mardi. Site internet : http://www.maison-louis-xiv.fr

  • Pour les amateurs de cures thermales, deux adresses : http://www.luzgrandhotel.fr et http://www.saint-jean-de-luz.thalazur.fr

  • Quelques spécialités gourmandes de Saint Jean de Luz : le gâteau basque à la crème ou à la confiture de cerises noires, les macarons de la Maison Adam, les Kanougas et les Mouchous de la Maison Pariès, le Mamia (caillé au pur lait de brebis), l'Ardi Gasna (fromage de brebis accompagné de confiture de cerises noires), le Ttoro (soupe de poisson traditionnelle), l'Axoa (émincé de veau avec épices et piments), le Txakoli (vin blanc pétillant), le sagarno (cidre basque) et l'Irouleguy (vin basque d'appellation contrôlée de l'un des plus petits vignobles français)

  • Activité insolite : pêche aux chipirons en pirogue hawaïenne, au 05 59 47 21 67. Contact@atlantic-pirogue.com

  • Restaurant Le Kaïku, 17, rue de la République, Saint Jean de Luz. Plus ancienne maison de la rue. Tél : 05 59 26 13 20. http://www.kaiku.fr

  • Petit train, avec visite commentée en plusieurs langues : 05 59 41 96 94

  • Eco-Musée des traditions basques Jean Vier, ) Saint Jean de Luz. Tél : 05 59 51 06 06. Ouvert sans interruption 7 jours/7 de 10h à 18h30. Entrée : 7,5 €. Site internet : http://www.ecomusee-basque.com

     

 










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