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Exposition "Chevaliers & Bombardes, d'Azincourt à Marignan, 1415-1515" (Musée de l'Armée, Paris, France)
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Samedi 10 octobre 2015

 

Il y a 600 ans, plus exactement le 25 octobre 1415, la bataille d'Azincourt met fin à l'armée féodale de France. Un siècle plus tard, l'artillerie de François 1er jouera un rôle décisif dans la victoire contre les piquiers suisses à Marignan, en 1515. Comme quoi rien n'est jamais perdu, en l'espace d'un siècle, armées, tactique et institutions militaires se seront réformées, reflétant ainsi les profonds bouleversements qui affecteront le pouvoir politique, la société et l'économie de notre pays. L'exposition à laquelle le Musée de l'Armée nous convie cette fois à nous plonger au cœur des grandes batailles qui marquèrent notre histoire, du Moyen Âge à la Renaissance, en traversant les règnes, de Charles VI à François 1er, ou en partant à la rencontre d'illustres figures comme Jeanne d'Arc ou le chevalier Bayard.

 

Le parcours chronologique est articulé autour de trois thèmes : archaïsmes tactiques et nouveautés techniques, le temps des réformes et des expériences, les guerres d'Italie et les succès de l'artillerie française. C'est à un regroupement exceptionnel d'objets, à de spectaculaires séquences de reconstitutions et à de nombreuses animations multimédias auxquels j'assisterai en me rendant sur place. Comme moi, vous avez déjà rencontré ce mot de trois lettres, ost, qui symbolise une armée en campagne à l'époque féodale. J'en découvre ainsi une impressionnante représentation, en ordre de bataille, aux côtés d'autres reconstitutions présentant l'image du combattant d'alors, l'organisation militaire et politique, en France, mais également dans les autres nations européennes, alors que nous assistons à la naissance de l'Etat moderne. L'exposition me permet aussi d'admirer des pièces majeures provenant des collections du Musée de l'Armée comme le canon de louis XI, l'épée de Louis XII, l'armure de François 1er ou les étonnants bacinets à bec de passereau. Quant aux animations multimédia, elles offrent de découvrir les deux plans de batailles animés d'Azincourt et de Marignan. Un grand diorama reconstitue aussi un carré de piquiers face aux nouveaux canons de la Renaissance lors de la bataille de Marignan.

 

En 1328, le roi de France Charles IV décède sans héritier. Philippe de Valois, son cousin, lui succède sous le nom de Philippe VI. Celui-ci confisquera, neuf ans plus tard, la Guyenne à Edouard III, réveillant ainsi les prétentions du roi d'Angleterre. La guerre qui va commencer durera 116 années avec de longues trêves. C'est dans ce contexte troublé qu'apparait l'artillerie à poudre en Occident. D'abord utilisée pour la défense des forteresses, elle deviendra arme à distance mais se heurtera à une forte réprobation morale, ce qui expliquera son absence sur les champs de bataille où les valeurs chevaleresques dominaient encore. Que penseraient nos ancêtres des guerres de « boutons » nucléaires auxquelles se livrent aujourd'hui nos contemporains ? C'est cette fameuse poudre noire à canon, découverte en Chine vers le IX è siècle, sous la dynastie des Tang, qui permettra bientôt à l'Europe de découvrir cette artillerie nouvelle dont la première application notable aura lieu à Metz de 1324 à 1326 lors de la guerre des Quatre Seigneurs. Les canons de l'époque étaient alors peu puissants mais permettaient tout de même d'occasionner des dégâts comme à Breteuil, en 1356, lorsque les Anglais assiégés utilisèrent un canon pour détruire une tour d'assaut française. L'usage de tubes en bois laisseront la place aux premiers tubes en métal conçus au début du XIV è siècle par l'Angleterre, mais aussi en Italie, en France, en Allemagne et en Espagne. D'abord rudimentaires (certains canons explosaient sur place après dix coups tirés), ces tubes seront bientôt garantis devant l'acheteur pour 400 coups (d'où l'expression faire ses 400 coups). Cette artillerie à poudre, constituée de bouches à feu (qui utilisent l'énergie fournie par la combustion de la poudre noire pour tirer de gros boulets de pierre) devient pour l'époque redoutable. Souvent réalisées en fer forgé et formées d'éléments assemblés à la manière des tonneaux (procédé de la tonoille), les pièces d'artillerie peuvent parfois atteindre des dimensions considérables. Entre 1409 et 1411, le duc de Brabant Antoine de Bourgogne fit ainsi fabriquer une bombarde (bouche à feu) de plus de 35 tonnes. Au fur et à mesure, cette artillerie-là supplantera l'artillerie névrobalistique (ouvrages de charpenterie, à ressort, à torsion ou à contrepoids, utilisant la force mécanique pour jeter des boulets de pierre) dont les derniers engins disparaitront au cours de la première moitié du XVI è siècle.


 

Français et Anglais se confronteront à Azincourt, mais selon des principes différents. L'ost (armée féodale) français sera majoritairement composé par la noblesse et rassemblera tous les chevaliers vassaux du roi Charles VI. Il s'agit alors de cavaliers qui se battent à la lance et à l'épée. Ceux-ci sont accompagnés de quelques contingents d'infanterie constitués de gens de traits (lanceurs de javelots, tireurs à l'arc), d'archers ou d'arbalétriers. Le roi, alors atteint de folie, sera remplacé par son conseiller militaire, le connétable Charles d'Albret, pour commander les troupes françaises. L'armée anglaise se compose quant à elle de fantassins, rudes soldats issus du peuple. Ils sont engagés pour une campagne militaire et sont placés sous le commandement d'un noble, le capitaine de la compagnie. A Azincourt, le jeune roi d'Angleterre, Henry V, dirigera la bataille tandis que le duc d'Erpyngham commandera les archers. Ces derniers, entrainés au tir à l'arc depuis leur plus jeune âge, sont alors capables de décocher jusqu'à une dizaine de flèches à la minute. Ces archers disposent également d'épées courtes et de maillets en plomb les aidant à se défendre en cas de combat rapproché. Cette bataille d'Azincourt est l'une des batailles de la Guerre de Cent Ans. Les troupes françaises, fortes de quelques 18000 hommes, tenteront de barrer la route à l'armée d'Henry V, alors composée de 6000 hommes. L'armée anglaise tente alors de regagner Calais (devenue anglaise depuis 1347), puis l'Angleterre, mais est rattrapée le 24 octobre 1415, entrainant la bataille du lendemain, bataille qui se soldera par une importante défaite pour le camp français, à cause du mauvais temps (embourbement de la cavalerie), des retranchements anglais et des redoutables archers gallois (disposant de grands arcs à longue portée). Notre chevalerie, mise en déroute, bien que supérieure en nombre face aux Anglais, annoncera l'ère des armes à distance, puis, plus tard, des armes à feu. Pour les Anglais, Azincourt restera l'une de leurs plus célèbres victoires. Mais bientôt, la France prendra sa revanche avec l'épopée de Jeanne d'Arc et investira dans cette nouvelle artillerie dont elle fera sa spécialité. Au lendemain de la bataille d'Azincourt, notre pays dresse un bilan catastrophique : l'ost féodal a montré ses limites et il est temps de réformer l'armée en profondeur. Sur le plan politique, le conseil royal et les principales administrations sont décimés puisque les princes qui siégeaient à leur tête avaient été décimés ou faits prisonniers. Profitant de a situation, le roi d'Angleterre Henry V débarquera en Normandie en 1418. Les places fortes tombent les unes après les autres et seule Rouen résistera jusqu'en janvier 1419 (la ville tombera à l'issue d'un siège éprouvant). S'engagent alors des négociations entre les deux pays pour mettre fin à cette guerre, négociations qui aboutiront à la signature du Traité de Troyes, le 21 mai 1420 : le dauphin Charles est alors déshérité au profit d'Henry V (puis du jeune Henry VI). Quant au futur Charles VII, il n'a pas renoncé au trône, et ce sont deux monarques qui régneront simultanément dans notre pays, d'où la double monarchie.


 

Le temps des réformes est arrivé. Et Charles VII d'engager les réformes militaires en créant l'armée moderne. Au Moyen Âge, le roi de France était à la tête d'une armée constituée de vassaux. Pour financer ses campagnes militaires, il devait réunir les Etats généraux et les convaincre de lever un impôt extraordinaire, la taille. Charles VII réformera ce système, en obtenant de ces Etats généraux que cette taille devienne permanente. Il est ainsi décidé, le 2 novembre 1439, à Orléans, d'entretenir une armée permanente pour pouvoir bouter une fois pour toutes les Anglais hors de France. Cette décision déclenchera la Praguerie (révolte des nobles) en 1440, car elle n'était pas du goût des nobles qui avaient pour habitude d'utiliser ces troupes de soldats sans solde, lesquels se vendaient généralement au plus offrant. De plus, un nouvel impôt royal devra être levé pour financer ces nouvelles dépenses. La taille sera ainsi prélevée dans chaque famille du royaume, excepté chez les nobles et les clercs. Les délégués accorderont ainsi à Charles VII la permission de relever chaque année la « taille des lances », impôt permettant d'être exempté de l'engagement dans l'armée royale. Et le roi, bénéficiant désormais de cette nouvelles manne financière, de promulguer le 26 mai 1445 la Grande Ordonnance de Louppy-le-Château qui pose les bases d'une armée permanente constituée de quinze compagnies au service exclusif du roi. Quinze capitaines, sélectionnés en fonction de leurs naissances et de leurs qualités, seront chargés de constituer chacun une compagnie de cent lances. La lance, unité tactique, comprenait quatre combattants (un chef de lance, deux archers et un coutilier) et deux auxiliaires tous montés. Ce furent 9000 hommes qui se tinrent ainsi au service du roi, payés en temps de guerre comme en temps de paix.

C'est lors de la bataille de Formigny, en 1450, que prendra fin la Guerre de Cent Ans, dans la partie nord du royaume. Et trois ans plus tard, le 17 juillet 1453, la bataille de Castillon de mettre un terme définitif à ce très long conflit. L'artillerie française y jouera un rôle très important : le camp français, alors défendu par un fossé assez profond pour dissimuler l'artillerie laissa l'armée anglaise attaquer, sous l'autorité du chef militaire John Talbot, avec ses 6000 hommes. L'armée anglaise sera décimée par l'artillerie française dissimulée dans le fossé. Au terme de cette bataille, les principales places fortes de Guyenne tomberont aux mains des Français et Bordeaux ouvrira ses portes en octobre de la même année. Charles VII devient alors le roi victorieux.

 

Notre roi n'aura de cesse d'étendre encore et encore son autorité sur ces territoires autrefois détenus par les Anglais, puis tente d'unifier son royaume en maitrisant les grands princes qui tentent de s'affranchir de l'autorité royale. En 1477, la mort de Charles le Téméraire débarrasse Louis XI d'un puissant rival. Et les comtés d'Artois, de Bourgogne, de Charolais, de Mâcon et d’Auxerre d'entrer dans le giron du roi de France. Pendant ce temps, la « Guerre Folle » qui se déroule entre la France et la Bretagne, aura lieu de 1485 à 1488 et conduira à l'annexion au royaume, à la suite du mariage, en 1491, de Charles VIII avec la Duchesse Anne. A la fin du XV è siècle, le royaume de France est devenu un immense pays s'étendant sur 450 000 kilomètres carrés, soit les quatre cinquièmes de notre pays actuel.

Notre voisine, l'Italie est au Moyen Âge un territoire morcelé sur le plan politique mais d'une richesse culturelle et scientifique qui fait bien des envieux. Les rois de France y entreprendront onze campagnes militaires, de 1494 à 1559. Cette aventure italienne, riche en péripéties se résumera toujours au même scénario : une phase de départ de succès rapides, suivie d'une série de revers. A partir de 1492, Charles VIII fera valoir ses droits sur le royaume de Naples, légué par René d'Anjou à son père en 1480. Il franchira les Alpes durant l'été 1494 puis rejoindra Naples après quelques mois. Cette conquête restera éphémère car, à sa mort, en 1498, il n'en restera rien. Son cousin et héritier, Louis XII, fera de même en revendiquant Naples et Milan en 1499, mais devra se replier dès 1503, puis signer une paix coûteuse avec l'Italie. A son décès, son successeur, François 1er, reprendra à son compte les revendications de son prédécesseur.

 

Sacré roi de France le 25 janvier 1515 ( 24 jours après la mort de Louis XII), ce roi sera considéré comme le roi emblématique de la période de la Renaissance française. Son règne permettra en effet un développement important des arts et des lettres dans notre pays. Mais, sur le plan militaire, il aura fort à faire entre guerres et faits diplomatiques. Sa politique extérieure s'inscrira dans la continuité des guerres d'Italie menées jusqu'ici. François 1er n'aura de cesse de revendiquer ses droits sur le duché de Milan reçu en héritage de son arrière-grand-mère. Ce qui le conduira tout droit à la bataille de Marignan, les 13 et 14 septembre 1515. Celle-ci opposera le roi de France et ses alliés vénitiens aux mercenaires suisses qui défendaient le duché de Milan. La première victoire du jeune roi, acquise dès la première année de son règne, fera environ 16 000 morts à l'issue de seize heures de combat. Dès le printemps 1515, François 1er avait ordonné la concentration de ses troupes à Grenoble, troupes qui feront mouvement sur Gênes en mai. La Suisse enverra alors 8500 hommes pour occuper les cols des Alpes du Piémont où l'on attendait l'armée française. Mais nos soldats, au nombre de 63 000 (avec chevaux et artillerie) contourneront ces troupes suisses en perçant à l'explosif une autre route dans la montagne, par le col de l'Argentière. Et les Suisses de se replier alors sur Milan, avec bientôt 45 000 hommes. Une campagne française est ensuite menée afin de dissuader les Suisses de poursuivre les hostilités, puis une série de pourparlers (pourparlers de Gallarate) lors desquels le roi de France offrira davantage de concessions aux Suisses (dont une partie d'entre eux renonceront d'ailleurs à combattre). Mais devant l'échec des ultimes négociations et la division du reste des troupes suisses, François 1er fera mouvement vers Milan et établira son camp près de la petite ville de Marignan. La bataille qui allait se dérouler allait mettre en présence quelques 20 000 Suisses avec 8 canons et mille arquebusiers, face à plus de 30 000 soldats français équipés de la plus belle artillerie de l'époque. François 1er en personne se mit à la tête de la cavalerie et des lansquenets allemands, puis lança l'attaque contre les Suisses. L'obscurité croissante ne permettant plus de distinguer amis et ennemis, les combats cessèrent à l'issue de la première journée. Le combat reprit au matin du 14 septembre et l'artillerie française, commandée par le sénéchal d'Armagnac fit des ravages, sans pour autant parvenir à stopper la progression des Suisses. La France ne devra son salut qu'à l'arrivée de ses alliés vénitiens, menés par Bartolomeo d'Alviano, qui écrasèrent le gros des troupes suisses, jusqu'à ce que l'ennemi ne batte en retraite à 11 heures. Le bilan humain de cette bataille fut effroyable puisqu’on compta environ 10 000 Suisses et près de 8000 morts gisant sur le champ de bataille. Cette victoire française remportée, François 1er occupera le Milanais, agrandi de Parme et de Plaisance. Et l'intégralité de l’Italie du nord de basculer sous influence française puisque le duché de Savoie, le marquisat de Saluces et Gênes étaient désormais acquis au royaume de France. François 1er signera l'année suivante le concordat de Bologne avec le pape, puis la « paix perpétuelle » avec les cantons suisses. Ces changements bouleverseront le rapport de force dans la péninsule aux dépens de l'Empire, annonçant déjà les conflits à venir entre le roi de France et Charles Quint.

 

INFOS PRATIQUES :


  • Exposition « Chevaliers et Bombardes, d'Azincourt à Marignan,1415-1515 », jusqu'au 24 janvier 2016, au Musée de l'Armée, Hôtel des Invalides, 129, rue de Grenelle à Paris (7è). T él : 01 44 42 38 77. Accès par métro : La Tour-Maubourg, Varenne, Invalides. Accès H, par le 6 boulevard des Invalides. Ouvert tous les jours, de 10h à 18h (jusqu'au 31 octobre) et de 10h à 17h (à partir du 1er novembre). Entrée : 8,5€. Site internet : http://www.musee-armee.fr/expo-chevaliers-bombardes

    Catalogue de l'exposition : d'Azincourt à Marignan (éditions Gallimard), 304 pages, 300 illustrations, 35€.
  • L'application musée de l'Armée (à partir de l'AppStore ou de Google Play), disponible en français et en anglais permet au public de découvrir sous un angle nouveau le musée, ses collections et sa programmation.






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