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Tulle (Corrèze, France)
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Heure locale


Vendredi 14 octobre 2016

 

C'est sous la pluie que je m'installe aujourd'hui à Tulle et que je découvre la ville. Les Tullistes sont des gens charmants et me guideront parfois lors de ma promenade dans cette cité surnommée la « ville aux sept collines » et célèbre pour sa dentelle, ses armes, et ses accordéons. Etirée sur plus de trois kilomètres dans l'étroite et tortueuse vallée de la Corrèze, Tulle étage ses vieux quartiers au flanc des collines dominant la rivière. Malgré le temps maussade, je succombe au parcours proposé par l'office du tourisme, qui propose un tour d'horizon de l'essentiel du patrimoine local. Je quitte la Place Jean Tavé (où se trouve précisément l'office du tourisme) pour marcher le long du quai de la République afin de rejoindre la rue Jean-Jaurès, puis atteindre l'église Saint Jean (ci-dessous). Connue autrefois sous le nom d'église de la pauvreté, celle-ci fut le siège de la confrérie des Pénitents Blancs vers la fin du XV ème siècle. La petite église appartient au quartier de la Barrière qui servait jadis d'entrée méridionale (route de Toulouse). Cet ancien faubourg commerçant présente un bel ensemble de demeures construites aux XVI et XVII ème siècles, ayant souvent appartenu à de riches négociants.


 

J'emprunte l'avenue Charles de Gaulle pour atteindre en quelques minutes l'église abbatiale promue au rang de cathédrale au XIV ème siècle, qui possède aussi l'un des plus vertigineux clochers de notre pays. Une visite s'impose car l'intérieur de l'édifice contient des œuvres remarquables, dont un vitrail sur l'histoire de la ville, des orgues monumentales, une crypte archéologique, une statue du Sauveur Saint Jean-Baptiste, un choeur décoré d'un mobilier contemporain réalisé avec des matériaux nobles issus de la région Limousin, et un bas-relief (ci-dessous) en bois polychrome représentant les Saints corréziens, qui fut offert en 1996 par les Chrétiens de Schorndorf (Allemagne), ville jumelée avec Tulle, ainsi que les Amis de l'orgue de la cathédrale et la banque Tarneaud.


 

Le cloitre voisin de la cathédrale date quant à lui du XIII ème siècle et présente un jardin entouré de superbes arcades gothiques (ci-dessous). Ce cloitre reste, avec la cathédrale, le seul vestige de l'abbaye Saint-Martin de Tulle dont la fondation remonte au VII ème siècle. C'est autour de cette abbaye que naquit un premier noyau urbain, abbaye qui connaitra son véritable rayonnement à partir des X-XI ème siècles, autour du culte des reliques de Saint Clair et de Saint-Martin, dont les statues ornent le clocher de l'église. Et la création d'un évêché, en 1317, de transformer l'église abbatiale en cathédrale. La période révolutionnaire, elle, entrainera de profonds bouleversements sur le site, avec l'implantation d'un atelier de métallurgie dans la cathédrale, la démolition du chevet et du transept de celle-ci, avant d'être inscrit sur la liste des Monuments historiques en 1840 et en 1862. La salle capitulaire (deuxième photo), autrefois lieu important dans la vie liturgique, administrative et politique de l'abbaye offre encore de nos jours ses voûtes d'origine ainsi que deux peintures exceptionnelles du XIV ème siècle, avec, à gauche l'Entrée du Christ à Jérusalem.


 

Un musée a depuis été installé dans l'enceinte du cloitre, qui regroupe depuis sa création des collections diverses des découvertes et de l'histoire du Bas-Limousin. Il rassemble une importante collection d'art religieux en relation avec l'histoire de Tulle, cité abbatiale puis épiscopale. On peut y admirer des pièces de dentelles à l'aiguille, des peintures, dessins et aquarelles évoquant la vie et les coutumes des hommes sur ce territoire. Actuellement, le musée présente une intéressante exposition temporaire consacrée aux bals clandestins sous l'Occupation en Corrèze.

Dos à la cathédrale, je rejoins la rue Riche, et m'arrête un instant devant l'Hôtel Lauthonie qui possède une magnifique porte Renaissance, au N°13. Cette dernière date du milieu du XVI ème siècle pour la partie supérieure et est faite en bois de noyer, que l'on trouve abondamment dans la région. Je pénètre ensuite dans la rue des Portes Chanac (ci-dessous), puis emprunte les escaliers de la rue du Capitaine Jehan, pour redescendre ensuite vers la Cathédrale et trouver la Maison Loyac (deuxième photo). Datant de la fin du XVI ème, début XVII ème, cette maison présente une incroyable architecture qui sera décrite élogieusement par Prosper Mérimée en 1838. Elle porte un riche décor sculpté de motifs végétaux, de personnages aux postures parfois grivoises et d'animaux comme le porc-épic, qui est représenté au premier étage de la demeure et qui correspond à l'emblème du roi Louis XII dont on disait alors : Qui s'y frotte s'y pique !


 

Au bout du quai Baluze se dresse l'église Saint Pierre, construite en 1734, et longtemps associée au couvent des Carmes de Tulle. Cette église octogonale comporte six petites chapelles disposées autour d'une abside. Ses deux façades sont de style baroque et, au-dessus de la porte d'entrée, se trouve une grande baie flanquée de deux niches dont l'une abrite la statue de Saint Pierre.

Plus bas, le long du quai et non loin du pont de la Mairie s'affiche une superbe façade, celle du Théâtre municipal (ci-dessous), désormais Théâtre des sept collines (en référence au site géographique de la ville). L'édifice, fut bâti en 1899, sous la direction de l'architecte Anatole de Baudot qui décida d'utiliser une technique nouvelle pour l'époque, celle du ciment armé. La façade présente un joli décor de grès émaillés, de bustes et de médaillons en plâtre verni.

 

Il est une tradition incontournable à Tulle : la fabrication d'armes. Un musée a été créé en 1979 par la Manufacture d'Armes de la ville, musée d'abord intra-entreprise et réservé aux clients et aux coopérants industriels, puis devenu municipal vint ans plus tard. L'endroit propose un panorama de l'armement français, produit en partie localement, par des Tullistes, mais également étranger à travers deux collections : un fonds de 376 armes provenant du Musée de l'Armée aux Invalides et un fonds tulliste constitué de plus de 4000 références. Les armes que je découvre accompagné de mon guide sont des armes à feu du XVIII ème au XX ème siècle, et la présence d'une telle collection n'est pas le fruit du hasard.


 

C'est en 1690 que Félix de Lacombe, procureur du roi, et Michel Pauphile, maître canonnier se mettent ensemble pour créer une manufacture de canons et de fusils dans les moulins de Fès et Souilhac, le long de la Céronne. La manufacture est alors formée de petits ateliers qui se répartiront au cours des siècles suivants dans toute la ville. Cette manufacture ne deviendra royale qu'en 1777, avec l'obtention des Lettres Patentes du roi Louis XVI. Dès 1886, celle qu'on appelle ici familièrement « la Manu » se concentre sur le site actuel du quartier de Souilhac et prendra peu à peu de l'ampleur. Malheureusement, les deux conflits mondiaux européens saigneront les effectifs de la fabrique avec près de 5000 ouvriers partis à la guerre. Les années 1990, elles, ouvriront la réduction des budgets défense, des effectifs et ...la porte à la concurrence ! Seule 200 personnes continuent désormais de travailler à Tulle dans le domaine de l'armement.


 

Une exposition temporaire est actuellement visible au Musée des Armes de Tulle. Elle est consacrée à ce qui fut un des plus beaux fleurons de notre marine française : le cuirassé Richelieu. Située au rez-de-chaussée du musée, cette exposition met en lumière la maquette du navire, réalisée par Paul Mialet, ancien ouvrier de la Manufacture d'Armes, et donnée par sa famille au Musée des Armes. C'est à une école de la patience que notre maquettiste s'est livré avec, à la clef, des milliers d'heures de travail pour mener à bien son œuvre. Sur place, le parcours historique de ce navire de guerre est retracé étape par étape, depuis sa construction en 1935 jusqu'à son démantèlement, à l'arsenal de Brest, en 1967.


 

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