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Un Kiwi parmi tant d'autres (Paengaroa, Baie de l'Abondance, Nouvelle-Zélande)
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Dimanche 12 mai 2019

 

Il existe ici, en Nouvelle-Zélande, des kiwis en veux-tu en voilà : il y a le surnom donné à l'habitant de Nouvelle-Zélande, l'oiseau « austral » terrestre incapable de voler, le surnom du dollar néo-zélandais, le surnom donné à l'équipe néo-zélandaise de rugby à XIII, la rivière coulant dans l'île sud...et le fruit, originaire de Chine. Je rends aujourd'hui visite à la famille Fleming, qui vit à Paengaroa et qui possède 55 hectares de terres sur lesquels ils produisent le fameux fruit. Simon m'emmènera faire le tour de l'exploitation en petit train, histoire d'en apprendre davantage sur le sujet, et de mettre un terme à certaines idées reçues.

 

Même si Mademoiselle Isabel Fraser sera la première à introduire en Nouvelle-Zélande la graine de « groseille chinoise » en 1904, c'est bel et bien Alexandre Allison, un fermier de Wanganui qui aura été le premier à cultiver ce fruit en Nouvelle-Zélande. En fait, Isabel Fraser qui revenait d'un voyage dans l'Empire du milieu confiera cette graine à son avocat Thomas Allison, qui la remettra à son frère Alexander. Le frère en question ayant la main verte, fera pousser plusieurs plants de cette plante dans sa propriété de « Letham » (au sud de Wanganui) et parviendra même à obtenir des fruits. Nous sommes alors en 1910 et Alexander revendra bientôt à d'autres personnes graines et plants. Il faudra attendre dix-huit années supplémentaires pour qu'un certain Hayward Wright, pépiniériste à Auckland, ne mette au point le fruit « Hayward » portant depuis son nom. Notre pépiniériste Hayward Wright avait déjà inscrit la groseille chinoise à son catalogue depuis 1922. Et d'acheter une boite de ce fruit trois ans plus tard afin d'en planter les graines. Il s'avéra que des plants de 30 centimètres poussèrent et reçurent aussitôt les surnoms amusants de « Gracie » et de « gros ovules de Wright » pour marquer l'évènement. Au cours des années 1920, Bruno Just, lui aussi pépiniériste à Palmerston North (sur l'Île du Nord) parvint à produire des semis, jusqu'à sélectionner certains d'entre eux qu'il appellera tout simplement « Bruno » et qu'il perpétuera par greffage à partir de 1932. Et d'aller vendre à Te Puke des stocks de greffons avec son camion. L'affaire était lancée et Jim McLoughlin, qui cultivait déjà citrons et fruits de la passion, sera le premier à acheter sept acres de terres pour y cultiver les kiwis dès 1933. D'autres, comme Grahame Baylisse, planteront des surfaces plus vastes de culture de kiwis « Hayward » en 1947. Notre homme reste celui qui développera avec succès l’élagage des lianes, donnée essentielle au développement actuel de la production industrielle du kiwi.

 

La première expédition de kiwis sera composée de 20 caisses de fruits en partance pour le Royaume-Uni en 1952. L'année suivante, on atteignait les 14 tonnes de fruits, exportées au Royaume-Uni et en Australie. Et en 1955, les principaux producteurs de kiwis de porter les noms de Jim MacLoughlin, Grahame Bayliss, Doug Curtis, Walter Bayliss et Arthur Wright, Te Puke, Enid Thompson (de Tauranga) et Ken Proctor (de Kerikeri). La longue grève observée par les ports britanniques en 1960 bloquera des cargaisons entières de fruits mais nos producteurs néo-zélandais en profiteront pour s'attaquer aux marchés nord-américain, allemand et japonais dès 1966. Et les exportations d'atteindre cette année-là pour la première fois les 51000 plateaux.

D'abord appelé « groseille de Chine », le fruit ne prendra son nom actuel qu'en 1959 grâce à la maison néo-zélandaise Turners & Growers. Et le plateau en bois à simple couche de s'imposer comme unique emballage un an plus tard. L'essor de la production, la confiance des marchés envers le kiwi, sa facilité d'entreposage et sa longue conservation entraineront la création du comité d'export néo-zélandais du kiwi en 1970. Et des recherches scientifiques d'être parallèlement menées à Te Puke, sous la houlette de Russell Lowe. Quant au marché, il se structurera peu à peu autour de dates-clés : exportation du premier kiwi organique en 1979, utilisation de navires réfrigérés pour le transport des kiwis en 1984, la récolte de kiwis atteint les 28,5 millions de plateaux en 1986, création du label « NZ KiwiFruit Marketing Board » en 1988 et adoption de ce label par 4500 producteurs dès l'année suivante, nouvelle récolte record à presque 73 millions de plateaux de fruits en 1989. De nos jours, la Nouvelle-Zélande est troisième producteur mondial de kiwis derrière la Chine et l'Italie.


 

Depuis la saga du kiwi se poursuit. Et la famille Fleming à qui je rends aujourd'hui visite, de s'apprêter à récolter des millions de kiwis lourdement accrochés aux lianes (ci-dessus). L'entreprise familiale a choisi cette fois de porter le nom de KiwiFruit Country (ci-dessous) pour développer la production du célèbre fruit tout en faisant connaitre aux visiteurs de passage leur activité. Gavin débutera en travaillant durant ses vacances scolaires dans l'entreprise Kiwifruit Orchards. Il n'a alors que seize ans et vient de s'installer avec sa famille dans la Baie d'Abondance, en 1984. Tous les membres de cette famille aborderont à tour de rôle les différentes étapes de culture du fruit, dont l'élagage et la cueillette du kiwi et feront naturellement du kiwi leur principale activité.

C'est Simon (deuxième photo) qui sera mon guide pour ces 45 minutes de découverte de cette exploitation conséquente qui comporte 55 hectares de terres (dont 30 hectares de canopée du précieux kiwi). Simon aborde rapidement les idées reçues : non, le kiwi ne pousse pas sur un arbre mais sur une liane. Non, il n'est pas néo-zélandais d'origine mais chinois, d'où son nom « groseille de Chine ». Oui, les Néo-zélandais ont obtenu par sélection des variétés produisant des fruits de gros calibre (plus de 100 grammes). Oui, on peut manger la peau des kiwis à peau lisse, c'est même très bon pour la santé.

Simon m'explique que le printemps (octobre à novembre) est la saison de la pollinisation. Celle-ci est rendue difficile par la piètre apparence des fleurs de kiwi, à tel point que certains producteurs choisissent d'installer des ruches dans leurs champs afin d'augmenter les chances de pollinisation. D'autres pollinisent artificiellement avec du pollen récolté. Pour obtenir un fruit, il faut disposer d'un plan mâle (qui ne produit que du pollen) et d'un plan femelle (qui produit les fruits). Quant à l'étape de la pollinisation, elle est d'une dizaine de jours et dépend essentiellement des abeilles.


 

L'automne (période actuelle) correspond au moment de la récolte. Les Fleming récolteront par exemple 80% de leur récolte annuelle en seulement deux mois et demi. D'où des besoins supplémentaires de main d'oeuvre durant cette période primordiale (on évalue alors dans ce pays les besoins en main-d'oeuvre à 20000 postes de saisonniers pour récolter le kiwi). L'an passé, la Nouvelle-Zélande a ainsi exporté 450000 tonnes de ce fruit. Quant à l'hiver, il est important car il permet à la plante d'hiberner et les gelées sont alors essentielles.

J'aborde le sujet du kiwi rouge, que j'avais déjà gouté il y a quatorze lors d'un précédent voyage. Simon admet que ce fruit est toujours à l'état d'expérimentation et que l'affaire n'est pas simple. Il faut observer le développement du fruit, juger de son état de conservation, de sa résistance lors du transport, et de l'accueil qui lui est réservé par les consommateurs avant de le lancer définitivement sur le marché. Puis il rajoute qu'une cargaison unique de kiwi rouge a été vendue récemment sur le marché national et que l'accueil fut plutôt favorable malgré le prix plus élevé de ce fruit (7NZ$ le kilo au lieu de 3NZ$ le kilo de kiwi doré). A suivre !

En ce qui me concerne, un petit tour à la boutique maison achèvera de me convaincre des multiples usages auquel ce fruit se prête : confitures de kiwis, kiwis séchés, chocolat au kiwi....un paradis pour les gourmands. A ce sujet, et avant de débarquer chez les Fleming, je me suis arrêté en cours de route pour demander mon chemin, auprès d'un producteur de kiwis. Et la dame de m'offrir...un cageot entier de ce fruit si tentant. Une proposition que je pouvais pas refuser et à laquelle je ne pouvais répondre « kiwi » (que oui!). Bon appétit bien sûr !

 

INFOS PRATIQUES :

  • Kiwifruit Country, 316 State Highway 33, à Paengaroa. Tél : 07 573 6340, 21944592 ou 21944511. Ouvert en principe tous les jours, mais contactez l'entreprise avant de vous déplacer. Visite guidée (de 45 minutes) : 20NZ$.
  • Site internet : https://www.kiwifruitcountry.com/

  • Si la cueillette de fruits en Nouvelle-Zélande vous tente : https://www.picknz.co.nz/







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