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Le Parc naturel régional de la Brenne
(Indre, France)
Heure locale

Lundi 22 mars 2021

 

Ce centre de la France est décidément étonnant et recèle des endroits insoupçonnés. Ainsi le Berry, pays traditionnel de l'Ancien Régime et l'un des plus anciens territoires agricoles de notre bon vieux pays, abrite t-il quelques milliers d'étangs qui servent de terre d'accueil à des centaines d'espèces animalières. Située au sud-ouest du département de l'Indre, cette région naturelle, qui porte le joli nom de Brenne, est irriguée par pas moins de 22 cours d'eau, d'où ces 2757 étangs et 1203 mares participant à l'attrait du Parc naturel régional de la Brenne.

 

La lecture du récit de la vie de Saint-Cyran, fondateur au 7è siècle des deux abbayes brennouses de Méobecq et de Longoret permet d'évoquer l'existence d'une contrée appelée le saltus Brioiae, une zone située aux confins de la Touraine, du Berry et du Poitou que les premiers érudits locaux assimileront à un espace ancestral sauvage et humide. Si le nom de Brenne pourrait s'expliquer par la présence des buttons (buttes de sables et de grès parsemant le territoire), l'origine des terres est plus mystérieuse : les vestiges archéologiques nous aident à imaginer ce à quoi ressemblaient ces paysages avant le Moyen-Âge. Et ces traces du passé de témoigner d'une présence humaine très ancienne. Dès l'Antiquité, on aurait procédé ici à l'extraction et à la production de minerai de fer, impliquant l'existence d'une sidérurgie locale alimentée par le charbon de bois tiré des forêts environnantes. Cette exploitation excessive des ressources forestières, puis l'agro-pastoralisme durant le Moyen-Âge, auraient ainsi accentué l'humidité latente des sols.

Contrairement à ce qui a longtemps été prétendu, les moines qui s'installèrent à cet endroit n'assainirent aucun marais ni ne créèrent aucun étang, mais érigèrent les deux abbayes citées plus haut. Le paysage que nous connaissons aujourd'hui prend forme dès le Moyen-Âge et des étangs de pisciculture sont bâtis en grand nombre entre les 14è et 16è siècle pour probablement accueillir la carpe danubienne, un poisson dont l'élevage s'avère alors très rentable et qui survit à son transport en eau ou à sec sur plusieurs jours vers les lieux de consommation. C'est ainsi que serait née la pisciculture traditionnelle brennouse. Désormais, la Brenne est décrite comme un pays boisé avec prairies, brandes et autres étangs. Un pays qui ne conviendra pas aux paroissiens de Méobecq, lesquels se plaindront en 1789, et de manière disproportionnée, du mauvais état des terres, allant jusqu'à qualifier la Brenne de « mauvais pays ».

Au milieu du 19è siècle, il est question d'assainir la Brenne et l'endroit est pour la première fois désigné comme région naturelle. Une notion nouvelle qui ne sera approuvée par l'Etat qu'un siècle plus tard, tandis que les géologues se penchent attentivement sur l'histoire si particulière de l'endroit. Petit à petit, on parle d'une Brenne composée de trois grandes zones (la Grande-Brenne, la Petite-Brenne et la Queue de Brenne) dont la superficie équivaut à 146687 hectares répartis sur 34 communes. Quant à la pisciculture, un temps délaissée, elle se restructure au début du 20è siècle autour de nouvelles techniques d'élevage, de méthodes innovantes d'alevinage, d'une gestion corrigée des étangs et de l'importation de nouvelles carpes « à croissance rapide » dont les croisements aboutiront à l'apparition de la Carpe Royale.

 

Le 22 décembre 1989 est créé le Parc naturel régional de la Brenne mais l'endroit n'a pas attendu cette date pour nous livrer ses secrets archéologiques. On a ainsi relevé plus de 250 sites et indices de sites inédits (habitats, bâtiments agricoles, fortifications de terres, artisanats, sites industriels, funéraires, d'extraction minérale, aménagements piscicoles, mégalithes...) datés du Paléolithique au début du 20è siècle. A eux seuls, les étangs recèlent dans leur fond plusieurs ateliers de réduction du fer ou des structures maçonnées gallo-romaines. Et les sites archéologiques de la sidérurgie ancienne, aussi appelés « ferriers », sont de loin les plus nombreux (plus d'une centaine dans le parc de la Brenne) et se présentent sous la forme de dépôts de scories de réduction de fer. Quant à l'implantation des ferriers, elle est localisée à proximité immédiate d'un environnement (végétal) forestier, d'où nos ancêtres tiraient le combustible. Le minerai de fer se présentait quant à lui sous la forme de pisolithes (billes ou boulets). Il reste qu'il est difficile d'attribuer une date à ces sites sidérurgiques même si l'on sait que leur exploitation débuta sous l'Antiquité, pour se poursuivre jusqu'à la fin du Moyen-Âge. Deux communes, Azay-le-Ferron et Nuret-le-Ferron rappellent cette ancienne industrie.

Depuis 2006, le Parc s'intéresse également aux étangs anciens et à leurs bondes traditionnelles, dont la grande majorité se situe dans la Grande Brenne (avec plus de 750 étangs historiques et autres pièces d'eau anciennes recensées dans onze communes du centre du parc). Et l'on procède actuellement à la récupération de quatorze bondes à pilon traditionnelles lors de travaux de rénovation d'étangs pour en étudier la datation et l'origine. Les conclusions des analyses révèlent que ces bondes datent de 1407 à 1940, ce qui permet de compléter nos connaissances sur le réseau piscicole brennou.

Les paysages réputés de la Brenne sont eux aussi étudiés car les anciennes tourbières cachent bien des secrets. Six sondages (effectués à partir de l'analyse fine de grains de pollen fossilisés dans les dépôts organiques) laissent entrevoir un éclairage inédit concernant les dynamiques du paysage végétal sur près de 2500 ans, à savoir un paysage de fond de vallée déjà ouvert dès l'Antiquité où la forêt régresse dès le haut Moyen Âge, un milieu très boisé qui subira une régression dans le temps, avec le développement de la célèbre lande brennouse. On pense que ce déboisement, qui débuta dès l'Antiquité avec l'apparition de la sidérurgie (et l'utilisation du bois comme carburant), conforte la volonté des sociétés rurales d'accroitre l'espace agropastoral au détriment de la forêt. Cette déforestation ne sera pas sans conséquences sur les sols de la Brenne puisqu'on assistera à une accentuation de lessivage des sols en hiver et à une forte diminution de l'action de pompage des eaux habituellement assurée par les arbres. Et l'évaporation directe d'augmenter, un phénomène qui entrainera une hausse des contrastes hydriques au sein de sols (sécheresse en été et humidité en hiver) et une remontée de la nappe. D'où la mise à profit des espaces disponibles par l'agriculture et la pisciculture.

 

Le bâti rural a aussi son importance car son architecture accompagne la transition des paysages, du Berry vers ceux de la Creuse ou du Limousin. Harmonie et homogénéité sont les traits marquants du Parc naturel régional de la Brenne, et le visiteur d'entamer un voyage inattendu dans le Berry (l'architecture du parc est nettement berrichone), pour filer ensuite en Touraine puis en Poitou, avant de franchir le cours de la Creuse, porte d'entrée vers le Sud, en direction des départements de la Creuse et du Limousin. Formes et volumes dépendent alors des fonctions essentielles de l'habitat traditionnel et des usages agricoles, et bien sûr des matériaux disponibles localement.

Ces matériaux de construction, qu'il s'agisse de pierre, de bois ou de terre donnent à l'architecture du bâti la nuance particulière selon la texture et la couleur de la matière employée. Dans le Parc de la Brenne, l'architecture de grès rouge des étangs est l'image la plus marquante du lieu, tandis que dans la Creuse, la pierre de la petite Brenne devient blonde (grès ocre et calcaire et plus rarement presque noire). Partout ailleurs, c'est le calcaire qui domine, comme pierre de champ ou de carrière. Une traversée de la commune de Tilly laisse par exemple entrevoir des constructions en terre crue, cette terre omniprésente dans la construction : murs montés à la terre, plafonds réalisés en torchis, coupoles des fours, carreaux de terre cuite des sols et tuiles en terre cuite des couvertures. Il n'y a pas plus terre à terre...Le bois de chêne se marie très bien à la construction traditionnelle et fait de solides charpentes (en peuplier, en orme mais surtout en chêne), des maisons ou granges sur poteaux, des poutraisons, des linteaux et des jambages pour les ouvertures et des cadres de cheminée.

 

Ici, l'architecture rurale traditionnelle est modulaire et se compose de volumes extensibles en longueur et en hauteur, et à usage mixte (habitat et usages ruraux). On trouve encore, ici et là, quelques maisons de journaliers faites d'un seul module, mais aussi des maisons rallongées (longères) et des maisons de bourg à deux niveaux. Selon les périodes, l'architecture du Parc naturel évolue : durant la période médiévale, les bâtiments sont essentiellement des églises, des châteaux et quelques maisons fortes, des constructions civiles rurales et du patrimoine urbain. De la fin du Moyen Âge au début du 17è siècle, les maisons, relativement nombreuses, sont construites de diverses façons: au fil du temps, le bois est remplacé par la pierre tandis que dans la partie sud du Parc liée au Montmorillonnais, la plupart des bâtiments sont faits en terre crue (bauge et torchis), la plus ancienne construction datant de 1576. Certaines anciennes maisons ont en plus la particularité de disposer d'une porte d'entrée (et de celle du grenier) en pignon, avec accès par un escalier extérieur. Le 18è siècle permet d'agrandir un peu les petites ouvertures de façades (avec l'apparition d'une lucarne au grenier et des fenêtres à petits carreaux) et le 19ème fera la part belle au développement des fours à chaux et des briqueteries. Puis la charpente devient mixte (bois et acier) et supporte bientôt des toitures en ardoises.

 

Après cette approche culturelle et historique du Parc naturel régional de la Brenne, intéressons-nous aux activités de loisirs et de découverte : la Brenne en chiffres impressionne souvent le visiteur avec ses centaines d'étangs, 267 espèces d'oiseaux, 51 communes, 33000 habitants, 183000 hectares, 800 tonnes de poissons, 70000 visiteurs au parc chaque année, 80 circuits de rando cyclistes et pédestres et 2ème meilleur parc animalier de France en 2017.

Passer un moment au Parc de la Brenne garantit le retour aux sources, en contact avec la nature. Il est proposé sur place un grand nombre de visites (observation des cerfs, des terres et des étangs, du marais au butor, des oiseaux de la Brenne...) et autres activités de la nature aux touristes qui n'auront que l'embarras du choix. En effet la Brenne figure au quatrième rang des zones humides françaises d'importance internationale et de nombreuses espèces d'oiseaux d'y trouver refuge comme le grèbe à cou noir, le grand butor, le blongios nain, le héron pourpré ou la guifette noire...En hivernage, les étangs retiennent généralement 12000 canards et sarcelles, 900 grèbes,3000 foulques, 900 grands cormorans et 35000 vanneaux. En période de migration, on peut aussi observer de beaux passages de limicoles et de grues cendrées.

 

Le parc abrite également un nombre important de grands mammifères (cerf élaphe, chevreuil et sanglier), soit 27 espèces protégées (sur un total de 68 présentes en France). A chacun son habitat : le castor d'Europe vit sur les berges de la Creuse entre les communes d'Argenton-sur-Creuse et Tournon-Saint-Martin tandis que les étangs accueillent un nombre important de ragondins et de rats musqués, et que la loutre fait ici et là son retour. Enfin, les vallées ont elles aussi leurs espèces animales favorites comme la genette d'Europe, le loir ou le campagnol de Gerbe. Reptiles et amphibiens ont bien sûr élu domicile dans cet immense territoire : onze des 37 espèces de reptiles protégées en France parmi lesquelles la cistude d'Europe, la vipère aspic, la couleuvre verte et jaune et le lézard vert occidental. Du côté des amphibiens, on compte ici près de la moitié des 35 espèces françaises, dont le sonneur à ventre jaune et le triton marbré.

Nous l'avons vu plus haut, les poissons sont largement représentés et carpes communes, gardons, brochets, sandres et lamproies s'épanouissent dans les cours d'eau lents et rapides et dans les étangs. L'eau abrite aussi moules, huitres et gastéropodes (escargots et limaces). Par ailleurs, pas moins de 3000 espèces d'insectes ont à ce jour été référencées dans le Parc de la Brenne. Il y a principalement des coléoptères et des lépidoptères sur une estimation de près de 15000 insectes présents, et 62 espèces de libellules et demoiselles (sur un total de 91 espèces en France).

 

Le Parc de la Brenne a pour mission de protéger, gérer le patrimoine naturel, culturel et paysager, l'aménagement du territoire, le développement économique et social, l'accueil, l'éducation, l'information et enfin l'expérimentation. Le visiteur ne manquera pas de s'arrêter à la Maison du Parc située au cœur du hameau classé du Bouchet. Lieu d'accueil privilégié pour la découverte de la Brenne, cette demeure propose plusieurs espaces : un espace dégustation des produits du terroir et une salle d'exposition temporaire où l'on raconte l'histoire de la Brenne, à travers sa faune et sa flore, et l'existence des populations locales qui y vivent. Enfin,la Maison du Parc sert de point de départ à un sentier de randonnée et à deux circuits cyclistes. La randonnée est une excellente façon de découvrir le parc et un nombre impressionnant de balades, randonnées en itinérance ou randonnées accompagnées vous sont suggérées. La petite reine est, elle aussi, la bienvenue puisqu'on peut aisément la chevaucher pour parcourir un tas de circuits sur les routes et chemins environnants. Les plus aguerris opteront pour le VTT, tandis que d'autres choisiront peut être des randonnées accompagnées, à moins de faire une halte au Château de Bouchet à Rosnay : ancien château fort du 12è siècle, la forteresse, qui a gardé toute sa majesté malgré le poids des siècles, est classée à l'inventaire des Monuments historiques et l'endroit, bien que propriété privée, est ouvert à la visite. De nombreuses salles meublées et une exposition sur « la condition des femmes à la cour de Louis XIV » vous en apprendront beaucoup sur ce château entouré d'un parc de douze hectares.

Quoiqu'il en soit, vous éprouverez forcément un petit creux au retour de vos pérégrinations et une pause gourmande sera alors salutaire. Rien de tel que de goûter aux spécialités locales, comme, par exemple, les frites de carpe (à la Maison du Parc), les tartines de carpe fumée, de Pouligny-Saint-Pierre ou de rillettes de poule. Et pourquoi ne pas achever son repas en dégustant le « Camembrenne », un fromage créé en 2019 par Vincent Meurgue, de « la Vache Brennouse» (ferme du Maupas à Martizay). Notre jeune agriculteur, qui travaille en famille, vend également yaourts, riz au lait, tomme et crème fraiche de sa fabrication, à la ferme et sur les marchés. Il ne s'agit jamais que d'un simple péché de gourmandise.

 

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