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Musées du Meuble Normand, de la Poeslerie et Maison de la Dentellière (Villedieu-les-Poëles, Manche, France)
Heure locale

 

Mardi 10 mai 2011


 

Trois musées méritent de retenir votre attention à Villedieu-les-Poêles: Le Musée du Meuble Normand , le Musée de la Poeslerie et la Maison de la Dentellière. A l'origine, Monsieur Hervy, antiquaire et ébéniste, rassembla au fil des ans une collection de 150 meubles de la région normande: Armoires, buffets,horloges...Monsieur Hervy créa ce musée en 1976 pour le plus grand plaisir des visiteurs. Plus de trente années de recherches furent nécessaires afin de réunir cette collection représentative des cinq départements normands. Le musée a été conçu de façon scientifique en partant d'un inventaire exhaustif du mobilier traditionnel de la région et en effectuant une sélection rigoureuse qui prend en compte la localisation du meuble, son époque, son style, son utilisation, sa structure et sa décoration. Deux pièces reconstituées présentent des intérieurs de la région de Coutances (photo ci-dessous) et du Pays d'Auge en 1750. La prise de photos y est interdite mais je suis merveilleusement accueilli sur place lorsque j'explique ce que je réalise et je pourrai ainsi prendre tous les clichés souhaités. Le Musée du Meuble consiste en une promenade qui s'effectue à l'intérieur d'une vaste maison sur deux niveaux , présentant de nombreux meubles anciens , tous de la région Normandie.

J'admire déjà de nombreux coffres en bois,de la Manche (Avranches, La Haye Pesnel) , des coffres de bateau (Granville) et même des coffres de domestique (au 2è étage).

Je trouve aussi sur place une collection de bancs d'âtre, utilisés à l'époque où la famille se rassemblait autour de la cheminée. Un peu plus loin, je découvre une superbe collection d'horloges provenant de Bayeux, Vire,Tessy sur Vire, Saint Lô ou Bolbec. Des horloges de différents styles: horloges à caisse, de parquet,cercueil,violonée ou en sapin du Cotentin.

Puis viennent les armoires. Il y en a de nombreuses, originaires du Nord Cotentin (XVIIIè à Flers ou du Mont Saint Michel) , armoires de mariage de Cherbourg style Louis XVI. Enfin, les buffets à deux ou trois corps, à quatre volets (de Gavray). La visite est passionnante et remplie d'histoire. Le meuble raconte la vie des gens de l'époque. Ainsi, cette vitrine Pain,beurre et confiture (photo ci-dessous) permet d'imaginer comment on stockait ( et à quel endroit) les nourritures de l'époque. On trouve, dans ce musée, différents styles de meubles: Depuis le gothique XI et XII ème siècle, en passant par le style Renaissance Louis XIII jusqu'à Louis XVI.

On observe ainsi sur la photo (ci-dessus) un moulin à grains datant du XVIII ème siècle fait en orme, des pannetières coutançaises (Louis XIV à Louis XVIII), une armoire garde-manger du Cotentin en chêne qui date du XVIII ème siècle, un confiturier de l'Orne (fait en chêne) et une armoire de laiterie d'Avranches datant de 1830.

La pièce intérieure reconstituant la vie en Pays d'Auge dans les années 1750 (photo ci-dessous) décrit ainsi une chaumière Crève-Coeur en Auge de 1750. Celle-ci a préservé ses colombages et ses briques tomettes au sol. On retrouve la richesse de l'armoire venant de Lisieux. Le lit en alcôve à rideaux de taille réduite et fait de châtaignier et de cerisier. On trouve aussi un coffre à demi-pilastres, Puis une table en chêne avec tirette et tiroir. La cheminée est en briques et en arc de cercle (style typique de la région).

En fin de visite, une autre vitrine retient mon attention: Quand vient la nuit. Il s'agit de la reconstitution d'une chambre avec son lit en sapin, court et haut et en position inclinée ( on dormait alors en position inclinée à l'époque car la position horizontale était réservée aux défunts). Ce lit en alcôve du style de la Manche (XIXème siècle) comporte des rideaux pour préserver l'intimité. Une armoire de Saint Sauveur le Vicomte (datant du début Louis XIII) complète le mobilier assorti d'un coffre Louis XIII, d'une commode à tiroirs (Eure) très répandue alors dans la campagne normande au XVIII ème siècle.

Je me rends maintenant non loin de là au Musée de la Poeslerie. Celui-ci fut fondé en 1969 dans la cour du Foyer, autour d'une pièce remarquable, la Fontaine le Do, du nom des premiers donateurs. La collection, qui s'étoffe d'année en année, compte actuellement environ 500 pièces, classées « Musées de France ».

La visite comporte différentes salles réparties dans différentes maisons. Dans la salle 1, je m'assois dans une salle de projection et regarde un film m'expliquant ce qu'est le Musée de la Poeslerie, le métier de poêlier et la naissance du travail du cuivre. Je découvre ainsi les différentes étapes de transformation de ce métal.

Juste après, le guide me conduit dans la salle 2, qui était autrefois le foyer, endroit où les anciens cuivres étaient brisés ( par des femmes appelées « briseresses ») pour être ensuite refondus. Le cuivre fondu était coulé dans un moule pour en faire des « tables » de 6 millimètres d'épaisseur. A cet endroit, on venait acheter sa table de cuivre pour la travailler ensuite à l'atelier ( photo ci-dessus). On utilisait alors des outils faits en orme et en buis (bois résistants) pour le travail du métal et le fameux marteau brillant (qui donnait du lustre au cuivre). Jusqu'à l'obtention de l'objet final, comme cette fameuse poêle à bouillie dans laquelle les Sourdins préparaient la bouillie de sarrazin, élément de base de l'alimentation. Chacun se servait alors dans ce grand récipient à l'aide de sa cuillère.

La salle 3 est consacrée à l'exposition d'objets anciens en cuivre. L'exposition actuelle est dédiée aux objets culinaires, mais l'exposition est renouvelée chaque année. Vous trouverez sur place d'anciennes recettes de cuisine traditionnelle.

Vient ensuite la Maison de la Dentellière. Vous ne le savez peut être pas mais il existait de la dentelle à Villedieu-les-Poêles. Cette activité était féminine et fut introduite par les femmes de médecins, notaires et pharmaciens. La dentelle aux fuseaux atteignit son apogée entre 1760 et 1880. L'activité était dirigée par les épouses des riches marchands de Villedieu.. Jusqu'en 1830, on exécuta des motifs simples mais l'activité était lucrative. La rue du Docteur Havard était alors l'une des rues les plus actives de la ville avec ses chaudronniers mais aussi ses 500 ouvrières (dont des enfants) qui travaillaient la dentelle dans la rue. On appelait alors ces attroupements des « troupeaux de dentellières ». Une dentellière était alors aussi bien rémunérée qu'un chaudronnier, et elle acquérait une grande autonomie signant seule des actes chez le notaire ou achetant des biens. Après 1850, la situation économique des dentellières se détériora, alors même que le travail gagnait en qualité et que les motifs réalisés devenaient plus complexes. Les salaires baissèrent et cette activité tomba sous la coupe de négociants fortunés qui profitèrent d'une main d'œuvre corvéable à merci. Dans les années 1880, on nota l'abondance et la banalisation de la dentelle de Villedieu-les-Poêles dans les tenues et les coiffes sourdines et ce fut la fin de la dentelle.

La Maison de la Dentellière a avant tout vocation à encourager le grand public à s'inscrire à un club de dentelles et à ainsi perpétrer la tradition de cet art en transmettant le savoir faire. Madame Lebois a ainsi créée une école de la dentelle et peut aider les personnes intéressées. Les motifs réalisés en dentelle à Villedieu sont le trèfle , la rose et la marguerite. Anna Loyer fut la dernière dentellière de la ville et décéda en 1952. Puis Mademoiselle Jeanne Legorgu ( qui nous quitta en 2010 à l'âge de 103 ans) sera celle qui lancera l'idée de créer un musée de la dentelle. Ce musée sourdin sera inauguré en 1985 et ne cessera depuis d'enrichir ses collections. On s'échangeait autrefois souvent les pièces de dentelles entre habitants d'une même région. Il est alors indispensable de rencontrer les habitants sur place , toujours à la recherche de pièces susceptibles de compléter la collection.

Il faut savoir que la dentelle de Villedieu-les-Poêles rivalisait alors avec celles de Bayeux et de Caen au XVIII ème siècle. On trouvait de la dentelle torchon faite de points différents. Les motifs étaient en forme d'araignée, de griffe, de dent, ou de chevron exécutés en point d'esprit. D'autres dentelles étaient réalisées plus finement sur fond Vitré. On travaillait sur un carreau (support comportant un tiroir sur le côté pour y ranger épingles et fils). Au centre se trouvait le rouleau avec la carte perforée de Lyon. On utilisait alors des fuseaux de formes et de tailles différentes pour broder. Les fils étaient faits en lin ou en coton. La Maison de la Dentellière offre de découvrir de nombreuses pièces de dentelle parmi lesquelles coiffes,bonnettes et robes. Vous serez surpris de la beauté des réalisations.


 

Ne manquez pas de vous rendre à la section Médiathèque. Une vidéo vous y attend, qui vous montrera comment on exécute la dentelle de Villedieu-les-Poêles.


 


 

INFOS PRATIQUES:


  • Le Musée du Meuble Normand, 9 rue du Reculé à Villedieu-les-Poêles. Tel:02 33 61 11 78. Durée de la visite: 45 minutes environ.

  • Musée de la Poeslerie et Maison de la Dentellière, 25, rue du Général Huard à Villedieu-les-Poêles. Tel: 02 33 69 33 44. Tarif: 4 € . Billet commun pour les deux sites( Meuble Normand + Musée Poeslerie et Maison dentellière): 5€.

    Ouvert les mercredi,jeudi,vendredi et samedi de 10h à 12h30 toute l'année. De mai à septembre, ouvert l'après-midi de 14 h à 18h30 du mardi au dimanche. Les autres mois, de 14h à 18h mêmes jours.


 


 

     


 


 


 












 



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